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Il sera un signe de contradiction

Fête de la Présentation du Seigneur (Lc. 2, 22-37)

Nous venons d’accomplir un beau geste répété par l’Eglise depuis longtemps, c’est la procession des cierges, qui a donné son origine à la « chandeleur ». On célébrait déjà cette fête au IV siècle à Jérusalem, mais on croit qu’elle était aussi présente dans d’autres églises.

L’évangile qui l’inspire c’est celui de la présentation du Seigneur au temple de Jérusalem, on vient de l’entendre. C’est pour cela que les grecs appelaient à cette fête, la Hypapante, fête de la rencontre, elle fait référence au moment où le grand prêtre Syméon et la prophétesse Anne rencontrent l’enfant Jésus ; mais il faut savoir que nous aussi, nous sommes venus à l’Eglise rencontrer le Seigneur ; ou plutôt c’est lui qui vient à notre rencontre et nous sortons avec nos lampes allumées comme le dit la parabole.

Alors pour nous cette fête a encore d’autres significations dont il est beau de se souvenir : comme nous le savons, elle se trouve à mi-chemin entre Noël et la fête de la Pâque, avec la procession des cierges prépare l’esprit pour la Pâque et pour ce grand temps de préparation, qui est le carême.

Selon la tradition juive, quarante jours après la naissance, un enfant garçon devait être présenté à Dieu, il devait être offert à Dieu, consacré : selon la loi, le tout premier né mâle appartenait à Dieu, les animaux devaient être offerts en sacrifice et les enfants étaient rachetés. Les parents devaient offrir un mouton en holocauste et une tourterelle pour la purification de la mère (selon la loi, elle restait impure tout ce temps après la naissance) ;  mais s’il s’agissait d’une famille pauvre, à la place d’un mouton, elle pouvait offrir une autre tourterelle, comme nous le voyons, c’est le cas pour la sainte Famille. La Mère qui portait l’Agneau de Dieu venu sauver ce monde n’avait pas d’agneau à offrir, en dehors de l’Agneau de Dieu. Marie accepte aussi l’humiliation du rite de purification, elle qui avait été conçue sans tâche.

Alors, l’évangile nous enseigne que Syméon bénit les parents, mais qu’il ne bénit pas l’Enfant, et il est évident, car sur Lui reposaient déjà toutes les bénédictions. Le prêtre s’adresse à la Mère, c’est elle qui portera l’épée des douleurs et pas saint Joseph :

« Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction… » L’enfant suscitera une terrible contradiction entre le bien et le mal, arrachant le masque de chacun et provocant ainsi une haine implacable envers lui. Il allait être maintenant une pierre d’achoppement, un glaive qui séparerait le bien du mal, une pierre de touche qui allait révéler les secrètes dispositions des cœurs.

Mais il ne faut pas comprendre que le Seigneur serait « la cause de chute », plutôt ce mot est plutôt mis en juxtaposition avec le deuxième, ensemble ces mots veulent signifier que « ceux qui n’accepteront pas Notre Seigneur ne pourront pas se relever de l’état déchu, et ceux qui veulent l’accueillir dans leur cœur pourront se relever de l’état auquel le péché les avait condamnés ». En fait, la mission de l’Enfant ne serait pas de juger mais de racheter les hommes, et malgré cela beaucoup, à cause de leurs péchés, détesteraient Sa Venue.

L’on parlait de la Pâque et de la relation avec cette fête ; et Marie, à partir de ce moment, a compris que si l’Enfant était consacré pour la souffrance, elle l’était elle aussi.

« A peine cette jeune vie avait-elle pris son départ que Syméon, tel un vieux marin, parlait de son naufrage. La coupe d’amertume n’avait pas encore été présentée par le Père aux lèvres de l’Enfant, que déjà un glaive était montré à sa Mère. »

Pratiquement Syméon désigne Jésus comme le « divin agitateur» qui invitera les cœurs humains à choisir entre le bien et le mal, une fois mis en sa présence, ils devront opter pour la lumière ou pour les ténèbres, chacun est obligé de découvrir ses pensées intimes sur la bonté aussi bien que sur Dieu.

De même que le Soleil avec ses rayons peut amollir la cire et au même temps durcir la boue, de même la présence du Seigneur peut transformer la vie des uns ou démasquer les désirs pleins de haine et d’orgueil des autres, comme nous le voyons dans la vie du Seigneur.

Dans ce simple moment qui n’a dû durer que quelques minutes, la vie du Christ était encore une fois exposée en prophétie.  A 40 jours de sa naissance, l’enfant touchait sa croix, encore plus la passion se signait sur son front, cette lumière que l’ancien avait chantée, illuminait déjà une croix qui sera placée non loin de ce temple.

P. Luis Martinez IVE.

Marchons dans la lumière!

Homélie pour le premier Dimanche du temps de l’Avent, année A (Mt 24, 37-44)

Chaque année ce temps liturgique de l’Avent commence avec l’évangile des fins dernières et l’exhortation de Notre Seigneur à veiller.

Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. « Celui-là veille, dit saint Grégoire, celui qui tient les yeux ouverts à la véritable lumière ; celui-là veille, qui traduit sa foi dans ses œuvres; celui-là veille qui repousse loin de lui les ténèbres de la langueur et de la négligence. »

L’image utilisée par le Seigneur est très réaliste, deux hommes seront aux champs : l’un sera pris, l’autre laissé. Le champ, commente saint Jérôme, représente l’égalité d’occupations et de profession et la différence qu’il y aura entre eux par rapport au sort définitif. Tandis que les uns se sanctifient et gagnent le ciel avec un labeur, les autres accumulent dans le même travail la colère de Dieu qui un jour les condamnera. Tous les états sont bons, et tous peuvent être un chemin au Ciel, si nous l’embrassons avec vocation, mais tous les états peuvent être occasion de ruine si nous n’accomplissons pas les devoirs qu’ils nous imposent.

Alors, comme le père de la parabole de l’évangile, nous devons veiller en attendant la grande visite, en effet le mot Avent était utilisé pour la visite d’un roi. Comment nous préparons nous pour la visite de notre Roi ? Non seulement pendant ce temps, mais dans notre vie ; on peut dire que la vie est un grand Avent, un temps d’attente.

Il est vrai aussi que dans ce mois qui précède les solennités de Noël, la liturgie de l’Eglise oriente notre regard vers le but définitif de notre existence : la rencontre avec le Seigneur qui viendra dans la splendeur de la gloire. Pour nous, qui à chaque messe « annonçons la mort et la résurrection du Seigneur, attendant sa venue dans Gloire », nous devons rester en veille de prière. La liturgie le répète sans cesse pendant ce temps, mettant sur nos lèvres, dans ces jours d’Avent, le cri avec lequel se clôt toute Bible, dans la dernière page de l’Apocalypse de saint Jean (22, 20) : « Viens, Seigneur Jésus ».

Les autres lectures de ce dimanche, ainsi que le psaume, nous donnent aussi les éléments nécessaires pour vivre de la meilleur façon ce temps spirituel de l’Avent :

L’avent est d’abord, la découverte de la grande aspiration des hommes et des peuples vers la maison du Seigneur, de la vie éternelle où il n’y aura plus la souffrance ni la douleur. C’est une marche non vers la mort et la destruction, mais vers la rencontre avec Lui. Et pour cette raison, dans la liturgie d’aujourd’hui, nous entendons cette invitation : “Quelle joie quand on m’a dit : nous allons à la maison du Seigneur.”

Il y a aussi dans la deuxième lecture l’invitation pressante de l’apôtre : “Revêtez le Seigneur Jésus-Christ” (Rom 13:14). Cette expression est en quelque sorte la définition du chrétien. Etre chrétien signifie “revêtir le Christ”. L’Avent est le nouvel appel à se revêtir du Seigneur Jésus Christ, revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ. Dieu s’est fait homme pour nous donner la possibilité de l’imiter dans la personne de Notre Seigneur Jésus-Christ.

C’est donc l’esprit de l’Avent, un temps de préparation pour nous revêtir du Seigneur. Et comment devons-nous le faire?  L’apôtre le dit encore dans sa lettre: « Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour, sans orgies ni beuveries, sans luxure ni débauches, sans rivalité ni jalousie ».

Et, comme autre élément que nous trouvons dans l’évangile de ce dimanche et qui devient l’esprit de tout ce temps, c’est l’Attente, l’espérance de la venue de notre Seigneur le jour de Noel, mais aussi au dernier jour de l’histoire.

L’attente, le fait d’attendre, est une dimension qui traverse toute notre existence personnelle, familiale et sociale. L’attente est présente dans mille situations, des plus petites et banales, aux plus importantes, qui nous touchent totalement et au plus profond de nous-mêmes. Nous pensons entre autres à l’attente d’un enfant par des époux ; à l’attente d’un parent ou d’un ami qui vient de loin pour nous rendre visite; nous pensons, pour un jeune, à l’attente du résultat d’un examen décisif, ou d’un entretien d’embauche ; dans les relations affectives, l’attente de la rencontre d’une personne aimée, de la réponse à une lettre, ou de l’accueil d’un pardon… On pourrait dire que l’homme est vivant tant qu’il attend, tant que l’espérance est vivante en son cœur. C’est à ses attentes que l’on reconnaît l’homme : notre « stature » morale et spirituelle peut être mesurée à partir de ce que nous attendons, de ce que nous espérons. (Benoît XVI. Angelus. 28/11/2010)

Chacun de nous peut donc, spécialement en ce temps qui nous prépare à Noël, se demander : « Moi, qu’est-ce que j’attends ? À quoi, en ce moment de ma vie, mon cœur aspire-t-il ? ». On peut se poser la même question au niveau familial, communautaire, national. Qu’attendons nous , tous ensemble ?

C’est cette véritable attente, l’attente du retour de Dieu qui fait briller dans notre âme la lumière de l’espérance. Selon saint Jean Chrysostome : « De même que dans les ténèbres nous ne connaissons ni l’ami ni l’ennemi. Dans la nuit, faute de lumière pour distinguer les objets: le bois, le plomb, le fer, l’argent, l’or, les pierres précieuses, tout paraît semblable à nos yeux; de même celui qui vit dans l’impureté ne connaît point l’excellence de la sagesse ni la beauté de la vertu.

Mais ce n’est point là le seul malheur qui accable celui qui vit dans le péché (l’obscurité du péché): il est dans une crainte perpétuelle, et de même que ceux qui se trouvent en chemin dans une nuit obscure, où la lune ne brille point, tremblent toujours, bien qu’il n’y ait là personne pour les alarmes; ainsi les pécheurs sont-ils dans une méfiance continuelle, quand bien même personne ne leur ferait de reproches. Mais les remords de leur conscience font que tout les effraie, que tout leur est suspect, que tout est plein pour eux de crainte et de terreur, et qu’ils ne voient rien qui ne les inquiète.

Fuyons donc une vie si tourmentée, car après ces inquiétudes la mort viendra.

Voilà pourquoi saint Paul veut que nous soyons tous sobres et vigilants, et Jésus-Christ nous le commande aussi. Celui qui est sobre et qui veille, si le péché le surprend, aussitôt il le chasse; mais l’insensé ou celui qui dort ne sait pas comment le péché s’empare de lui. Ne nous endormons donc point, car la nuit est passée, nous sommes dans le jour. ” Marchons donc avec décence et avec honnêteté, comme ” marchant durant le jour “, (Rom. XIII, 13) » . Marchons dans la lumière.

Parmi tous ceux qui attendait en veillant le Messie, il y avait Marie ; elle attendait plus que tous les autres hommes et femmes la venue du Messie, sans savoir pourtant que Dieu voulait qu’elle devienne sa Mère.

Il y a une correspondance mystérieuse entre l’attente de Dieu et celle de Marie, la créature « pleine de grâce », totalement transparente au dessein d’amour du Très Haut. Apprenons d’elle, la Femme de l’Avent, à vivre les gestes quotidiens avec un esprit nouveau, avec le sentiment d’une profonde attente, que seule la venue de Dieu peut combler.

P. Luis Martinez IVE.