Un Céleste Sourire

Monsieur Youf m’a dit encore : « Etes-vous résignée à mourir ? » Je lui ai répondu : « Ah ! mon Père, je trouve qu’il n’y a besoin de résignation que pour vivre. Pour mourir, c’est de la joie que j’éprouve. »

Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus 6 juin 1897

Le 30 septembre

A un moment, elle semblait avoir la bouche si desséchée que sœur Geneviève, pensant la soulager, lui mit sur les lèvres, un petit morceau de glace. Elle l’accepta en lui faisant un sourire que je n’oublierai jamais. C’était comme un suprême adieu.
A 6 heures, quand l’Angélus sonna, elle regarda longuement la statue de la Sainte Vierge.
Pendant ce temps si plein d’angoisse pour nous, on entendait par la fenêtre -et j’en souffrais beaucoup- tout un ramage de rouges-gorges et d’autres petits oiseaux, mais si fort, si près et si longtemps !…
Je priais le bon Dieu de les faire taire : ce concert me perçait le cœur…
Enfin, à 7 heures et quelques minutes, elle soupira :
– Ma Mère ! N’est-ce pas encore l’agonie ?… Ne vais-je pas mourir?…
Et regardant son crucifix :
– Oh ! je l’aime…
Mon Dieu… je vous aime !…

Après avoir prononcé ces paroles, elle tomba doucement en arrière, la tête penchée à droite…
– « Ouvrez toutes les portes » disait-elle. Cette parole avait quelque chose de solennel et me fit penser qu’au Ciel, le bon Dieu la disait aussi à ses anges.
Son visage avait repris le teint de lys qu’il avait en pleine santé ; ses yeux étaient fixés en haut, brillants de paix et de joie. Elle faisait certains beaux mouvements de tête et elle rendit le dernier soupir.
Après sa mort, elle conserva un céleste sourire… et le crucifix très fort serré dans ses mains.
Thérèse fut inhumée le lundi 4 octobre 1897.

Extrait de : le “Carnet jaune” de Mère Agnès.
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