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Cet héritage vous est réservé dans les cieux!

Lire l’évangile du dimanche XXV du temps ordinaire  (Mt 20, 1-16)

« Mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins » Nous l’avons entendu dans la première lecture, la prophétie d’Isaïe. Et c’est une aide pour commencer à méditer sur la parabole de ce dimanche.

En fait, elle a été toujours difficile à comprendre et même à prêcher, comme disait un écrivain commentateur, quand les prêtres doivent parler d’elle, il leur arrive comme les animaux sauvages, lorsqu’ils se voient entourés par les chasseurs, ils échappent par où ils peuvent.

Le premier élément à remarquer c’est que cette parabole est introduite et elle finit avec presque la même phrase : la première ne vient pas insérée dans le passage évangélique qu’on a lu ce dimanche (Mt. 19,30) : Beaucoup de premiers seront derniers, beaucoup de derniers seront premiers, le chapitre 20, d’où est pris le texte de ce dimanche, commence   « En effet, le royaume des Cieux est comparable au maître. Et la parabole finit avec cette phrase identique : Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers ». On peut dire que toute la parabole vient donc comme enfermée par le même enseignement.

Qu’est-ce que le Seigneur veut dire avec cela ? Il veut dire que le Royaume des Cieux, les choses de Dieu sont assez différentes que celles de l’homme, la façon dont l’homme interprète parfois les choses, surtout lorsque nous voudrions comprendre les choses de Dieu avec nos catégories et notre intelligence, mais le Seigneur nous dit : Mes pensées ne sont pas vos pensées.

On peut dire donc que les projets de Dieu sont tellement différents qu’ils sont pratiquement à l’inverse des projets des hommes : mes chemins ne sont pas vos chemins.

Et pour cela les dernières paroles du patron de la parabole méritent une explication, c’est la réponse à celui qui reproche son attitude:

On commence par les dernières paroles :

Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ? Un premier aspect à souligner c’est que le mot en grec fait référence à un œil « tordu », à la place de mauvais ; c’est-à-dire un œil qui est incapable de voir les choses comme elles sont en réalité. Cela veut dire : tu ne peux pas voir comment (la manière dont) je suis bon.

N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? A la place de penser qu’il est injuste selon notre justice humaine, il faut plutôt penser que sa justice dépasse largement notre justice.

Je veux donner à ce dernier une pièce d’argent comme à toi : alors cette pièce d’argent ce sont les biens « ordinaires » de ce monde. Dieu donne à tous pareil, Il ne fait pas de différence.

Mais il faut que ceux qui travaillent sachent que même s’ils sont les derniers, ils seront les premiers, parce que les « injustices » de la Providence sont finalement apparentes dans ce monde ; l’autre vie est là pour tout équilibrer. Face à l’éternité, le temps de ce monde n’est rien.  Mais l’autre vie est déjà commencée, l’Eternité est greffée dans le temps, et cela nous l’appelons « la vie de la grâce et de la foi». Elle nous donne de façon presque visible la possibilité de voir que les derniers commencent à devenirs les premiers, comme une douce consolation, une assurance et une tranquillité de pouvoir nous réjouir des créatures de ce monde d’une joie pure et sainte et qu’elles nous aident aussi pour nous élever vers le Ciel.

C’est la grande vérité que nous apprend aussi Saint Pierre apôtre (1 Pierre 1,3-7) : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ : dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître pour une vivante espérance grâce à la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts, pour un héritage qui ne connaîtra ni corruption, ni souillure, ni flétrissure. Cet héritage vous est réservé dans les cieux, à vous que la puissance de Dieu garde par la foi, pour un salut prêt à se révéler dans les derniers temps. Aussi vous exultez de joie, même s’il faut que vous soyez affligés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves ; elles vérifieront la valeur de votre foi qui a bien plus de prix que l’or. »

Alors, comment concilier la vérité de la Providence de Dieu avec celle de l’existence du mal dans ce monde ? Pour un grand nombre de personnes, cela est une grande difficulté, qui devient même radicale, lorsqu’ils arrivent à accuser Dieu du mal et de la souffrance, jusqu’à nier parfois l’existence de Dieu.

Sans la foi, on ne pourrait jamais donner une véritable réponse. Encore plus, on ne pourrait jamais accepter l’existence du mal dans nos vies sans croire d’abord dans le mystère pascal de Notre Seigneur Jésus-Christ. Il le confirme de sa propre vie (dans sa pauvreté, son humiliation, la fatigue et sa souffrance), encore plus, Il prend sur lui la souffrance « multiforme » de l’existence de l’homme dans ce monde.

Alors, c’est par notre foi en Jésus-Christ nourrie dans la prière, que peu à peu et graduellement nous découvrons le vrai sens de la souffrance que chacun expérimente dans sa propre vie.

Il s’agit d’une découverte qui dépend seulement de cette parole révélée par Dieu et de la Parole de la Croix du Christ, comme dit saint Paul (Cfr. 1 Cor 1, 18), du Christ qui est le pouvoir et la sagesse de Dieu.

Si nous découvrons à travers la foi ce pouvoir et cette sagesse, nous nous retrouvons donc sur les chemins de la Providence. C’est là que prennent sens les paroles du Psaume  22 : Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal,  car tu es avec moi : ton bâton me guide et me rassure.

La Providence se révèle donc comme le chemin que Dieu fait à côté de chacun de nous, Dieu marche avec nous les chemins de nos vies.

De façon belle et synthétique le Concile Vatican II a proclamé cela dans la constitution « Gaudium et Spes » (22): C’est donc par le Christ et dans le Christ que s’éclaire l’énigme de la douleur et de la mort qui, hors de son Évangile, nous écrase. Impossible de découvrir le sens de la souffrance, de la douleur sans la foi en Jésus-Christ, impossible de donner une réponse sans contempler d’abord le mystère de la Passion et de la Croix et sa Résurrection.

C’est dans la résurrection de Jésus, que nous comprenons la vie nouvelle, le Royaume de Cieux qui nous attend après cette vie, la vie de ce monde n’est qu’une préparation pour celle qui viendra, là où nous verrons clairement les pourquoi de Dieu, ce que parfois dans ce monde nous est impossible d’arriver à comprendre avec notre seule intelligence. Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face (1 Co 13,12).

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

Prends patience envers moi!

L’Evangile est la révélation, en Jésus Christ, de la miséricorde de Dieu pour les pécheurs (cf. Lc 15).  L’ange l’annonce à Joseph : ” Tu lui donneras le nom de Jésus : car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés ” (Mt 1, 21). Il en va de même de l’Eucharistie, sacrement de la Rédemption : ” Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, qui va être répandu pour une multitude en rémission des péchés ” (Mt 26, 28). [1]

Mais la miséricorde, on pourrait dire, a des conditions ” Dieu nous a créés sans nous, il n’a pas voulu nous sauver sans nous “[2]. Nous ne parlerons pas du sacrement de la miséricorde, la confession, mais nous remarquerons trois actes qui ouvrent nos cœurs à la miséricorde de Dieu : la reconnaissance de nos péchés, la contrition, la miséricorde, c’est-à-dire fait d’être miséricordieux.

I) Reconnaître nos péchés.

L’accueil de sa miséricorde réclame de nous l’aveu de nos fautes. ” Si nous disons : ‘Nous n’avons pas de péché’, nous nous abusons, la vérité n’est pas en nous. Si nous confessons nos péchés, Il est assez fidèle et juste pour remettre nos péchés et nous purifier de toute injustice ” (1 Jn 1, 8-9).

Comme l’affirme saint Paul : ” Où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé “

II) La partie essentielle de la confession est la contrition :

La contrition est « la Douleur vive et sincère d’avoir offensé Dieu »[3] En parlant du sacrifice, le catéchisme nous dit « le sacrifice extérieur doit être l’expression du sacrifice spirituel : ” Mon sacrifice, c’est un esprit brisé … ” (Ps 51, 19). Les prophètes de l’Ancienne Alliance ont souvent dénoncé les sacrifices faits sans participation intérieure (cf. Am 5, 21-25) ou sans lien avec l’amour du prochain (cf. Is 1, 10-20).

Jésus rappelle la parole du prophète Osée : ” C’est la miséricorde que je désire, et non le sacrifice ” (Mt 9, 13 ; 12, 7 ; cf. Os 6, 6). Le seul sacrifice parfait est celui que le Christ a offert sur la croix en totale offrande à l’amour du Père et pour notre salut (cf. He 9, 13-14). En nous unissant à son sacrifice nous pouvons faire de notre vie un sacrifice à Dieu.

Dans la parabole :   « tombant à ses pieds, le serviteur demeurait prosterné et disait : ‘Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout. »

III) Que nous-mêmes nous soyons miséricordieux.

L’Amour, comme le Corps du Christ, est indivisible : nous ne pouvons pas aimer le Dieu que nous ne voyons pas si nous n’aimons pas le frère, la sœur, que nous voyons (cf. 1 Jn 4, 20). Dans le refus de pardonner à nos frères et sœurs, notre cœur se referme et sa dureté le rend imperméable à l’amour miséricordieux du Père.

Dans la prière de Notre-Père nous disons : « pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous  ont offensés »

Cette demande est si importante qu’elle est la seule sur laquelle le Seigneur revient et qu’il développe dans le sermon sur la montagne (cf. Mt 6, 14-15 ; 5, 23-24 ; Mc 11, 25).

IV) Le pardon

C.Eg.C. 2843 « Pardonne du fond du cœur   C’est là, en effet, ” au fond du cœur ” que tout se noue et se dénoue. Il n’est pas en notre pouvoir de ne plus sentir et d’oublier l’offense ; mais le cœur qui s’offre à l’Esprit Saint retourne la blessure en compassion et purifie la mémoire en transformant l’offense en intercession » ou en autre bien surnaturel.

Le Pape Jean Paul II disait : il faut une sorte de « purification de la mémoire », Il ne s’agit pas d’oublier ce qui est arrivé mais d’en faire une relecture avec des sentiments nouveaux et d’apprendre, par les expériences subies, que seul l’amour construit tandis que la haine engendre dévastations et ruines. A la vengeance mortifère répétée, il faut substituer la nouveauté libératrice du pardon.[4]

Voir les événements à la lumière de la foi : « La foi non seulement regarde vers Jésus, mais regarde du point de vue de Jésus, avec ses yeux : elle est une participation à sa façon de voir. Voire la création comme Jésus Christ voit la création ».[5]

Les Saintes Ecritures nous donnent plusieurs exemples de comment pardonner, nous voudrons citer l’exemple de Joseph, fils de Jacob. Il a été vendu comme esclave à une caravane qui marche vers l’Egypte. En Egypte, il a vécu comme un esclave, a subi la prison et le danger de mort. Jusqu’après avoir interprété les rêves du pharaon, celui-ci accorde sa faveur et lui donne tout le pouvoir pour dirige son peuple.

Quand la famine est arrivée dans la terre d’Israël, ses frères sont descendus en Égypte pour acheter de la nourriture et ils rencontrent leur frère, qui les accueille, leur donne à manger et une terre pour vivre. Ses frères ont eu peur, parce qu’ils avaient fait du mal à leur frère et maintenant il se tient devant eux plein de pouvoir et peut se venger.

Voyons comment il réagit et ce que dit ce patriarche : Joseph dit à ses frères (Gn. 45, 1-5) : « Approchez-vous de moi ». Ils s’approchèrent, et il leur dit : « Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu pour qu’il soit emmené en Égypte. Mais maintenant ne vous affligez pas, et ne soyez pas tourmentés de m’avoir vendu, car c’est pour vous conserver la vie que Dieu m’a envoyé ici avant vous… Dieu m’a envoyé ici avant vous, afin de vous assurer un reste dans le pays et ainsi vous maintenir en vie en prévision d’une grande délivrance.  Non, ce n’est pas vous qui m’avez envoyé ici, mais c’est Dieu.

Pour finir : Marie Mère de miséricorde, elle qui nous aime comme ses enfants, malgré ce que nous avons fait à son fils, que par son intersession Dieu nous donne la grâce d’être miséricordieux.

P. Andrés Nowakowski V. E.

Monastère « Bx. Charles de Foucauld »

[1] CIC 1846

[2] (S. Augustin, serm. 169, 11, 13 : PL 38, 923).

[3] Grand Robert.

[4] Message pour la célébration de la journée mondiale pour la paix 1997. Jean Paul II.

[5] Lumen Fidei. Pape Francois.