Archives de catégorie : Homélies

Dieu lui confia la garde de ses trésors les plus précieux

Solennité de Saint Joseph

Le pape Paul VI disait : « Saint Joseph est le modèle des humbles que le christianisme élève vers de grands destins ; il est la preuve que, pour être de bons et authentiques disciples du Christ, il n’y a pas besoin de ‘grandes choses’: il faut seulement des vertus communes, humaines, simples, mais vraies et authentiques ».

Pour être authentiques disciples de Christ il faut seulement de vertus simples mais vraies et authentiques. C’est un très bon enseignement pour nous tous, chacun dans la vocation à laquelle Dieu l’a appelé. Il nous faut regarder saint Joseph comme modèle, dans la vie simple, on dit « simple » parce qu’on n’accomplit pas de grands projets missionnaires, ou bien des œuvres charité à niveau international au regard humain. Mais si nous observons avec les yeux de la foi, Dieu nous a donné une grande mission, celle de sauver notre âme, et pas seulement la nôtre, mais l’âme aussi de beaucoup d’autres que Lui-même a mis sur nos chemins. Pensons seulement à la mission des parents, ils vont répondre devant Dieu pour leurs enfants : comment ils les ont aidés pour leur sainteté ; pensons à notre mission de prêtres : nous aussi, nous répondrons pour les âmes que Dieu a mises dans notre ministère.

Saint Joseph vivait entouré de plus grands mystères, Il est celui à qui Dieu « confia la garde de ses trésors les plus précieux » selon les belles paroles de Bx. Pie IX.

Nous pouvons aussi à notre tour, vivre en quelque sorte et en comparaison ce que saint Joseph a vécu d’une façon sublime. On pourrait dire : « Mais, il a eu la chance de vivre avec Marie et Jésus » ; et nous aussi, nous pouvons et nous devons voir dans nos vie la présence réelle de la Vierge Marie et de Jésus, et notre contemplation doit se porter vers eux, apprendre d’eux.  C’est Jésus, Celui que nous contemplons réellement présent dans l’Eucharistie, c’est la Vierge Marie qui est toujours avec nous lorsque notre âme se dirige vers Elle dans la prière.

Nous devons demander aussi la grâce d’imiter son attitude contemplative, qui va ensemble avec le mystère de Dieu que saint Joseph dans sa vie a vécu comme immergé. Cette  attitude contemplative devant Dieu est accompagnée et elle exige le silence. Cette attitude contemplative nous aide à vivre cherchant toujours faire la Volonté de Dieu, surtout dans les moments difficiles. Comme cela fut juste après la naissance de Jésus, lorsque Joseph, prévenu en songe par l’Ange, prend l’Enfant et sa Mère et pendant la nuit fuit en Egypte.

Mais cette fête de saint Joseph nous invite à regarder le grand  Patriarche comme époux de Marie.

Devant les attaques contre les familles, contre l’authentique famille, celle qui a été voulu par Dieu dans l’origine de notre histoire, saint Joseph nous aide à regarder ce qui est essentiel. Dieu nous donne la grâce de ce que notre communauté de moines essaie de vivre comme une famille, mais aussi que nous soyons entourés par beaucoup de familles qui s’efforcent pour accomplir leur devoir en toute fidélité à Dieu.

Le Bienheureux pape Jean Paul II nous a laissé une très belle exhortation apostolique, appelée Redemptoris Custos ( le gardien du Rédempteur) sur la mission que Saint Joseph avait accompli sur la terre et comme cette mission continue toujours au Ciel.

Dans ce document, le pape donnait ce qui était essentiel dans une famille :  « en définitive, l’essence de la famille et ses devoirs sont définis par l’amour … la famille reçoit la mission de garder, de révéler et de communiquer l’amour, reflet vivant et participation réelle de l’amour de Dieu pour l’humanité et de l’amour du Christ Seigneur pour l’Eglise son Epouse ;  c’est dans la sainte Famille, cette  Eglise en miniature par excellence, que toutes les familles chrétiennes doivent trouver leur reflet. En elle, en effet, par un mystérieux dessein de Dieu, le Fils de Dieu a vécu caché durant de longues années. Elle est donc le prototype et l’exemple de toutes les familles chrétiennes» (Redemptoris Custos 8). C’est-à-dire que si nous voulons vivre comme une vraie famille chrétienne, nous n’avons qu’à regarder la sainte Famille, à la contempler comme l’exemple plus parfait de famille.

Voyons comment le même mariage de Marie et Joseph est aussi un modèle pour ceux qui sont unis par le sacrement du mariage : Saint Augustin comme saint Thomas, quand ils analysent la nature du mariage,  considèrent constamment qu’elle réside dans l’ « union indivisible des esprits », dans l’ « union des cœurs », dans le « consentement », tous éléments qui se sont manifestés d’une manière exemplaire dans le mariage  de Marie et Joseph, qui nous révèle aussi la valeur de la liberté et de ce don de soi, nécessaire pour la vie de la famille (Redemptoris Custos 7).

Et le pape Jean Paul II reprend une très belle comparaison faite par le pape Paul VI, digne d’être méditée : « Dans cette grande entreprise du renouvellement de toutes choses dans le Christ, le mariage, lui aussi purifié et renouvelé, devient une réalité nouvelle, un sacrement de la Nouvelle Alliance. Et voici qu’au seuil du Nouveau Testament comme à l’entrée de l’Ancien se dresse un couple. Mais, tandis que celui d’Adam et Eve fut la source du mal qui a déferlé sur le monde, celui de Joseph et de Marie est le sommet d’où la sainteté se répand sur toute la terre. Le Sauveur a commencé l’œuvre du salut par cette union virginale et sainte où se manifeste sa toute-puissante volonté de purifier et sanctifier la famille, ce sanctuaire de l’amour et ce berceau de vie. » (Ibid. 7).

Dans la nouvelle alliance, il y a une nouvelle famille, la Vierge Marie et Saint Joseph ont vécu cet amour chaste et profond étant l’Enfant Jésus, mais aussi le Jeune Jésus le centre de leur attention, la raison de leur vie. Jésus est aussi cela évidement pour nous, pour chaque famille chrétienne.

Prenons exemple de la Paternité de Joseph et la maternité de Marie pour nos vies, nous avons en eux, des modèles très concrets.

La paternité du saint Patriarche s’est exprimée concrètement dans le fait d’avoir fait de sa vie un service, un sacrifice au mystère de l’Incarnation et à la mission rédemptrice qui lui est liée. Il a fait un don total de lui-même, de sa vie, de son travail; Il a converti sa vocation humaine à l’amour familial en une oblation surnaturelle de lui-même, de son cœur et de toutes ses forces à l’amour mis au service du Messie qui est né dans sa maison.

Combien peut-il nous être utile – de regarder cet exemple, de voir que notre mission ici sur la terre est plus haute que celle que les hommes de ce monde voient. Dieu nous a donné une famille, envers laquelle nous avons une grande responsabilité, nous formons des saints et saintes, nous préparons des citoyens du Ciel. Regardons plus haut, laissons travailler l’Esprit Saint dans le cœur de ceux que Dieu a mis entre nos mains. Illuminons le chemin de leur vie, nous aidons l’œuvre de salut. D’un bon arbre sortent les meilleurs fruits : saintes religieuses, saints religieux, saints prêtres, saintes épouses et mères, saints époux et pères.

« Aidons » l’Esprit Saint à faire de grandes choses pour Dieu, à l’exemple de Marie et de Joseph.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

Si tu es dans les ténèbres, Il est la lumière…

Lire l’évangile du premier dimanche du temps de Carême (Mt 17, 1-9)

La liturgie de la Parole de ce deuxième dimanche de carême est vraiment riche en images, surtout dans les personnages emblématiques de l’histoire Sainte qui interviennent dans chacune des trois lectures.

D’abord, c’est le patriarche Abraham qui nous est présenté dans la première lecture. Si vous vous souvenez, la semaine dernière le livre de la Genèse nous parlait des premiers parents et de leur premier péché. Aujourd’hui, il s’agit d’Abraham, qui est par contre appelé, et là nous voyons la miséricorde de Dieu qui fait l’humanité, il commence à revenir vers Dieu.

Comme nous le disons à la messe et c’est une vérité révélée par l’Ecriture, Abraham est notre père dans la foi. L’appel de Dieu exigera dans la vie du patriarche beaucoup de renoncements, celui d’aujourd’hui constitue le premier de toute sa vie « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. » Comme le mentionnera plus tard la lettre aux Hébreux, Abraham partait sans savoir où il allait, mais abandonné dans la Parole de Dieu, appuyé sur la foi. Il était convaincu de cette belle vérité que nous avons chantée dans le psaume d’aujourd’hui : le Seigneur est fidèle en tout ce qu’il fait.

Saint Paul nous rappelle aussi cette vérité, dans la lettre à son disciple saint Timothée : lorsque Dieu nous appelle à une vocation, il ne le fait pas à cause de nos propres actes (nos mérites), mais à cause de son projet à lui et de sa grâce. Dieu avait appelé Abraham pour accomplir par lui la promesse d’un Messie et c’est aidé par la grâce divine qu’il allait répondre à cet appel.

Alors cette grâce divine, celle qui nous donne la possibilité de connaître Dieu et d’accéder au Ciel, ne nous vient que par Jésus-Christ (l’unique médiateur entre Dieu et les hommes), et elle -nous dit toujours saint Paul- s’est faite visible en Lui, notre Sauveur ; le Christ Jésus s’est manifesté, il a détruit la mort, et il a fait resplendir la vie et l’immortalité.

Et dans l’évangile, avec l’évènement de la Transfiguration l’Eglise nous invite aussi à contempler le Christ plein de Gloire, qui découvre une étincelle de sa nature divine à ces trois apôtres. Notre Seigneur nous révèle ainsi qu’Il est le centre de l’histoire et de l’humanité tout entière dans la vision de Moïse (image de la Loi) et d’Elie (représentant les prophètes). Comme nous dit Saint Jean Paul II, Notre Seigneur Jésus-Christ est le Centre de l’histoire, en Lui se résume et se concentre toute l’histoire du salut.

Saint Mathieu décrit aussi dans cet évangile que les trois apôtres manifestaient leur joie devant une telle vision, comme saint Pierre l’exprime avec ces paroles : Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Mais notre Seigneur leur fait savoir que le mont Tabor, le lieu de la Transfiguration ne constitue qu’un moment de passage vers un autre mont, le mont du Calvaire. Comme Abraham, autre fois, ils doivent se mettre en chemin là où Dieu le Père les appelle ; pour Jésus et ses disciples c’est vers la Pâques qu’ils marchent : En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »

Alors, la révélation la plus haute de la Transfiguration se fait à travers la Voix de Dieu le Père : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! ».

Cette voix du Père ne s’adresse pas uniquement aux trois apôtres, parce que par le pouvoir qu’Il a donné à la Parole de Dieu, ce message est destiné à chacun de nous, en tant que chrétiens, disciples du Christ, apôtres aussi dans le sens qu’Il nous envoie toujours proclamer la vérité de l’Evangile.

Comme nous avons dit plus haut, Notre Seigneur constitue le centre de l’histoire et de toute l’humanité ; Fils de Dieu par nature, Il s’est incarné pour se faire notre chemin vers le Père. Et comme chrétiens catholique que nous sommes, nous devons croire et affirmer toujours cette vérité : Notre Seigneur Jésus-Christ est l’unique Sauveur de l’humanité. Et Il donne le salut à travers son Eglise, le chemin vers le Ciel est à travers le Christ et son Eglise, qui est son Corps Mystique. Dans l’évangile de saint Jean (14, 5-6) au moment de la dernière cène, Thomas demande au Seigneur : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? » et Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. L’apôtre saint Paul nous rappelle aussi cette vérité (Rm. 10,9) : si de ta bouche, tu affirmes que Jésus est Seigneur, si, dans ton cœur, tu crois que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé.

Alors, dans la communication du salut aux hommes, et pour cela le Christ et l’Eglise ne font qu’une seule chose, ne pas suivre l’Eglise équivaut donc à ne pas vouloir aussi suivre le Christ, de la même manière que refuser le Christ signifie refuser le Père (Lc. 10, 16) : Celui qui vous écoute m’écoute ; celui qui vous rejette me rejette ; et celui qui me rejette, rejette celui qui m’a envoyé.

Celle-là est une vérité toujours répétée par l’Eglise dans son magistère et qui est aussi exprimée d’une manière admirable par ces paroles du Deuxième Concile du Vatican dans la Constitution Dogmatique Lumen Gentium (14) :

« Appuyé sur la Sainte Écriture et sur la Tradition, le Saint Concile enseigne que l’Église en marche sur la terre est nécessaire au salut. Seul, en effet, le Christ est médiateur et voie de salut : or, il nous devient présent en son Corps qui est l’Église ; et en nous enseignant expressément la nécessité de la foi et du baptême (cf. Mc 16, 16 ; Jn 3, 5), c’est la nécessité de l’Église elle-même, dans laquelle les hommes entrent par la porte du baptême, qu’il nous a confirmée en même temps. C’est pourquoi ceux qui refuseraient soit d’entrer dans l’Église catholique, soit d’y persévérer, alors qu’ils la sauraient fondée de Dieu par Jésus Christ comme nécessaire, ceux-là ne pourraient pas être sauvés ».

Alors, il est très important de rappeler que cela ne veut pas dire que par le seul fait d’appartenir à l’Eglise nous allons déjà nous sauver :  « Sont incorporés pleinement à la société qu’est l’Église ceux qui, (Premier) ayant l’Esprit du Christ, (deuxième) acceptent intégralement son organisation et les moyens de salut qui lui ont été donnés (les sacrements), et qui, en outre, grâce aux liens constitués par la profession de foi, les sacrements, le gouvernement ecclésiastique et la communion, sont unis (troisième condition), dans l’ensemble visible de l’Église, avec le Christ qui la dirige par le Souverain Pontife et les évêques » (Lumen Gentium 14).

« L’incorporation à l’Église, cependant, n’assurerait pas le salut pour celui qui, faute de persévérer dans la charité (celui qui ne vit pas les commandements), reste bien « de corps » au sein de l’Église, mais pas « de cœur» (Lumen Gentium 14) ».

Le Concile nous rappelle en plus, que notre condition de chrétiens ne vient pas par nos propres mérites : « cette condition doit être rapportée non à leurs mérites, mais à une grâce particulière du Christ ; s’ils n’y correspondent pas par la pensée, la parole et l’action, ce n’est pas le salut qu’elle leur vaudra, mais un plus sévère jugement » (Lumen Gentium 14) .

« Quant aux catéchumènes qui, sous l’action de l’Esprit Saint demandent par un acte explicite de leur volonté à être incorporés à l’Église, par le fait même de ce vœu, ils sont unis à l’Église » (Lumen Gentium 14).

« Enfin, pour ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile, sous des formes diverses, eux aussi sont ordonnés au Peuple de Dieu (l’Eglise). Pour ceux qui cherchent encore dans les ombres et sous des images un Dieu qu’ils ignorent, de ceux-là même Dieu n’est pas loin, puisque c’est lui qui donne à tous vie, souffle et toutes choses (cf. Ac 17, 25-28), et puisqu’il veut, comme Sauveur, amener tous les hommes au salut (cf. 1 Tm 2, 4). En effet, ceux qui, sans qu’il en soit de leur faute, ignorent l’Évangile du Christ et son Église, mais cherchent pourtant Dieu d’un cœur sincère et s’efforcent, sous l’influence de sa grâce, d’agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur révèle et la leur dicte, eux aussi peuvent arriver au salut éternel (Dieu les appelle donc à faire partie de son Eglise) (Lumen Gentium 16) ».

« À ceux-là mêmes qui, sans faute de leur part, ne sont pas encore parvenus à une connaissance expresse de Dieu, mais travaillent, non sans la grâce divine, à avoir une vie droite, la divine Providence ne refuse pas les secours nécessaires à leur salut. En effet, tout ce qui, chez eux, peut se trouver de bon et de vrai, l’Église le considère comme une préparation évangélique et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait la vie ».

Renouvelons aujourd’hui notre foi en Jésus-Christ, unique Sauveur de l’Humanité qui par son Eglise nous appelle à la vie éternelle. Nous allons finir avec une très belle citation de saint Ambroise : « Omnia Christus est nobis ! Tout le Christ est pour vous ! Si tu veux guérir une blessure, il est le médecin; si la fièvre te brûle, il est la source; si tu es opprimé par l’iniquité, il est la justice; si tu as besoin d’aide, il est la force; si tu crains la mort, il est la vie; si tu désires le ciel, il est le chemin; si tu es dans les ténèbres, il est la lumière… Goûtez et voyez comme le Seigneur est bon : bienheureux l’homme qui espère en lui ! » (De virginitate, 16, 99)

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné