Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite!

Lire l’évangile du dimanche XXI (Lc 13, 22-30)

PORTE_ETROITE_INSTITUT_DU_VERBE_INCARNE« Seigneur, n’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? » C’était une question habituelle au temps du Seigneur. Les gens étaient intéressés pour la quantité, le nombre des élus.

Il faudrait chercher la cause de cette question dans la superstition ou bien dans la tradition rabbinique de ce temps, c’est-à-dire l’enseignement des maîtres dans la religion juive.

La réponse de Jésus n’est pas dirigée vers le « combien », sinon vers le « comment ». Il ne s’agit pas de savoir « combien vont se sauver », mais plutôt « comment pourront-ils se sauver ? ». Nous avons parfois une mentalité de calcul, mathématique.

Comme on l’a déjà dit, le Seigneur ne répond pas directement ; plutôt, avec sa réponse Il donne la condition nécessaire pour entrer dans la vie éternelle, pour se sauver.

« Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas… »

D’abord, il faut savoir que le verbe en grec porte la même racine que le mot « agonie » et veut signifier : lutter, combattre, il implique un effort, qui dure, comme une bataille. Selon saint Grégoire le grand :

« Avant de parler de l’entrée de la porte étroite, il dit: «Efforcez-vous», parce qu’en effet, si l’âme ne déploie toute son ardeur elle ne pourra triompher des forces du monde qui toujours l’entraînent dans les abîmes. »

Un autre commentateur de cet évangile explique que dans le temps du Seigneur, les grandes villes comptaient de petites portes, c’était plutôt un système de défense contre l’invasion les armées ennemies, mais qui obligeait les grandes caravanes qui arrivaient devant elles à s’arrêter, à descendre leur charge, et même à se battre pour y entrer, ce qui signifiait aussi une vraie bataille entre les commerçants.

BOUTEILLE_INSTITUT_DU_VERBE_INCARNEC’est un peu l’image de la vie de tout chrétien. La vie chrétienne exige de se battre, exige un sacrifice, une véritable « agonie », une lutte, vivre l’évangile en tout ce qu’il demande c’est ne pas « souffler et faire (fabriquer) des bouteilles…, comme dit un dicton espagnol *.

Et ce qui suit dans le texte de l’évangile c’est une conséquence logique : il ne suffit pas d’un simple formalisme, il ne s’agit pas non plus d’une question de connaissance.

Comme, par exemple il ne suffit pas d’accomplir certains préceptes pensant avoir avec cela une « conscience tranquille ». Il est vrai que nous devons accomplir les préceptes que l’Eglise nous commande, il est vrai aussi que nous devons garder et accomplir dans la mesure des possibilités de chacun de nous « certains actes de piété », si cela part d’un bon cœur et s’ils sont faits avec une foi droite et chrétienne.

Mais c’est triste de voir combien de chrétiens ont choisi le coté facile du christianisme (pour ainsi dire) vidant l’évangile (comme on disait les derniers dimanches) de la force de la croix et donc de sa propre force.

Le christianisme n’est pas une religion simpliste, pas une religion à la couleur rose où ce qui compte seulement c’est la joie, l’amitié, la rencontre de l’autre, l’altérité… Ce n’est pas cela l’essentiel que nous a appris le Seigneur.

En fait, ce que nous voyons c’est que les gens ne veulent pas parler ni écouter parler des exigences, parce que finalement ils ne les vivent pas, ni ne s’efforcent de les vivre.

Où est donc la lutte, comment nous combattons, comment nous bataillons pour pénétrer cette porte étroite par laquelle le Seigneur nous commande d’entrer ?

CROIX_INSTITUT_DU_VERBE_INCARNEDans l’évangile et dans cette vie, le Seigneur n’exclut personne, tous peuvent entrer dans la vie, mais pour tous, la porte est “étroite”. Il n’y a pas de privilégiés. Le passage à la vie éternelle est ouvert à tous, mais il est “étroit” car il est exigeant ; il demande application, abnégation et mortification de l’égoïsme (cela signifie savoir mourir à soi-même, suivant « le Seigneur qui marche toujours vers Jérusalem », vers sa Pâque).

Nous pouvons nous poser donc la question suivante : «  cela veut dire que nous devons souffrir tout notre vie tandis que les mauvais sont invités à se réjouir dans cette vie ? » Bien sûr que non !

D’un côté, ceux qui vivent loin de Dieu ne sont pas tout le temps joyeux, ceux qui cherchent à vivre sans Dieu sont très mal payés parfois même dans ce monde, et après dans l’autre ; vivre sans Dieu conduit à la tristesse et au désespoir, aucun plaisir ne peut remplacer la paix que produit dans notre âme l’amitié de Dieu.

Tandis qu’entrer par la porte étroite exige de savoir que la mesure de notre vie c’est l’éternité, et qu’avec cette mesure nous devons mesurer chaque action de la vie présente, c’est ainsi que notre vie d’ici-bas sera vraiment grande, elle aura de la valeur, la valeur de l’Eternité.

Nous allons finir avec une histoire tirée de la vie de saint Philippe Neri, une fois il reçoit la visite d’un jeune étudiant venu lui demander une faveur. Après lui avoir rendu le service, saint Philippe lui pose ces questions :SAINT_PHILIPPE_NERI_INSTITUT_DU_VERBE_INCARNE

 Qu’est-ce que tu te proposes avec tes études ? – Je deviendrai avocat, lui répond le jeune.

Et après ? – Faisant mon travail, je gagnerai beaucoup d’argent.

Et après ? – De cette façon, je me vais  me préparer pour une tranquille retraite.

Le saint dit encore : Très bien, mais après ? A ce moment-là, le jeune est devenu tout triste et il lui a répondu : Et après, je vais mourir…

Et après ? A répété encore une fois le saint. A cette dernière question, le jeune n’a pas donné de réponse… Il avait compris ce que le saint voulait lui dire : Il y a une éternité dans laquelle il faut toujours penser ; il y a un Dieu qu’il faut toujours servir et une âme qu’il faut sauver. Cela importe plus que  tout autre chose. La petite question de saint Philippe «  Et après » est resté gravée au cœur de ce jeune et a fait de lui un homme qui vivait les vertus. A la très sainte Vierge Marie nous demandons la grâce de ne jamais oublier qu’il faut chercher à entrer par la porte étroite de la vertu, celle qui mène à la vie éternelle.

P. Luis Martinez. V. E.

Monastère “Bx . Charles de Foucauld”

(*) Ce dicton veut souligner que malgré qu’à l’imagination ou à la vue une oeuvre se présente facile, elle requiert un effort ou bien de la connaissance, comme c’est le fait de fabriquer des bouteilles par les artistes.       

“Je suis venu apporter un feu sur la terre”

Lire l’évangile du Dimanche XX (Lc 12, 49-53)

Il semblerait que ce que la Bible dit par rapport du Seigneur soit en quelque sorte contradictoire ; parce qu’à Noël, nous saluons le Seigneur comme Prince de la Paix, d’après la prophétie d’Isaïe ; pour tant ce dimanche le Seigneur proclame qu’Il est venu non pas pour apporter la paix dans le monde mais plutôt la division.

En réalité, ce qu’il faut bien définir c’est le sens du mot « paix », ce que signifie la « paix » pour le Seigneur (c’est-à-dire la véritable paix), à fin de la distinguer de l’autre conception de paix donnée par le monde.

Le même Seigneur nous a déjà révélé ce qu’est pour Lui la Paix ; c’était au moment de la dernière cène : la paix que je vous laisse, c’est ma paix que je vous donne ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. L’Eglise a mis ces paroles en forme de prière faite par le prêtre juste avant de nous donner la paix et avant de communier. C’est une prière dirigée au Seigneur, le prêtre parle avec le Christ présent déjà dans l’Eucharistie sur l’autel.   Seigneur Jésus-Christ, tu as dit à tes apôtres : «Je vous laisse la paix, je vous donne la paix», ne regarde pas nos péchés, mais la foi de ton Église ; pour que ta volonté s’accomplisse, donne-lui toujours cette paix et conduis-la vers l’unité parfaite.

SIGNE_DE_PAIX_INSTITUT_DU_VERBE_INCARNEUnie à ces paroles, il y a juste après l’invitation aux fidèles à se donner la paix. Ce signe qui est très beau, car nous faisons le même geste fait par beaucoup de martyrs, avant de mourir et de se rencontrer avec le Seigneur, ils se donnaient la paix entre eux, signe de communion. Il faut dire que ce signe est souvent mal interprété, et l’on voit les gens se balader dans l’Eglise se donnant comme le « bonjour », alors que cela doit être un signe discret et plein de révérence, évitant surtout de nous distraire (et de distraire les autres) d’un moment très important dans la messe comme c’est le moment est la Communion.

Revenant à la liturgie de la Parole, parlons d’abord de la première lecture. Comme l’Eglise le fait toujours, la première lecture est en étroite relation au sujet que l’Evangile nous propose ce dimanche à la méditation. Il s’agit d’un moment très difficile de la vie du prophète Jérémie, la lecture commence en disant : « pendant le siège de Jérusalem ». En vérité, toute la vie de ce prophète n’était pas facile. Il a été envoyé par Dieu à prêcher contre sa propre volonté le malheur que subira son peuple à cause de l’infidélité à Dieu. La charge de sa mission sera tellement grande que Jérémie arrivera à détester le fait d’avoir été conçu : Malheur à moi, ô ma mère ! Pourquoi m’avoir enfanté, moi qui suis un élément de contestation et de dispute pour tout le pays ? Je ne suis le créancier ni le débiteur de personne, et pourtant tout le monde me maudit !  (Jr. 15,10)

JEREMIE_DU_VERBE_INCARNEDans la lecture d’aujourd’hui (Jr 38, 4-6.8-10), Jérémie est enfermé dans une citerne pleine de boue pour ne pas vouloir prophétiser en faveur de son roi (ce qui impliquait le fait de dire un mensonge) et annoncer la ruine de sa ville (ce qui se passera vraiment) ; il est donc condamné à la mort, bien qu’un officier éthiopien ait auparavant demandé de lui sauver la vie.

Alors, en plus d’être prophète, Jérémie est aussi image de Notre Seigneur Jésus-Christ. Sa personne prophétise ce que le Seigneur viendra accomplir dans ce monde. C’est cela que nous retrouvons dans l’évangile.

Nous avons entendu que Notre Seigneur parle d’un feu et d’un baptême, d’un feu qu’il a lui-même porté et qu’Il désire qu’il soit déjà allumé ; c’est le feu du véritable amour de Dieu, cet amour qui est authentique. Selon un père de l’église : « c’est le feu salutaire et utile qui embrase d’ardeur, pour la vie de la piété, les habitants de la terre qui sont froids, et comme éteints sous les glaces du péché ».

Le Seigneur parle aussi d’un baptême, d’une immersion ; mourir et renaître de nouveau, c’est évidement la croix.

Et ce sera la croix du Seigneur, la cause de division entre les hommes. On pourrait penser que cette division à l’intérieur d’un noyau familial s’est déjà produite dans le passé, au moment des persécutions ; mais en vérité, la division se produit toujours, aujourd’hui peut être plus qu’avant, lorsque les chrétiens sont persécutés, de façon sanglante ou non, dans le monde entier.

Cela est loin d’être une raison de fierté pour nous ; c’est plutôt un examen de conscience, et une mission : l’esprit chrétien exige une véritable adhésion à l’évangile, et plus que jamais à toutes les vérités évangéliques, sachant que cela conduit nécessairement à aller à contre-courant de ce que le monde proclame comme ses dogmes.

Elle  est intéressante la réflexion que faisait le Pape Benoît :

La paix de Jésus est le fruit d’un combat permanent contre le mal. La lutte que Jésus mène avec détermination n’est pas une lutte contre des hommes ou des puissances humaines, mais contre l’ennemi de Dieu et de l’homme, Satan. Celui qui veut résister à cet ennemi en restant fidèle à Dieu doit nécessairement faire face à des incompréhensions et parfois de véritables persécutions.

Par conséquent, ceux qui entendent suivre Jésus et s’engager pour la vérité sans faire de compromis, doivent savoir qu’ils rencontreront des oppositions et deviendront, malgré eux, signe de division entre les personnes, y compris au sein de leurs propres familles.

L’amour pour les parents est bien un commandement sacré mais on ne doit jamais le placer avant l’amour de Dieu et du Christ si l’on veut le vivre de manière authentique.EGLISE_INSTITUT_DU_VERBE_INCARNE

De cette façon, les chrétiens deviennent, sur les traces du Seigneur Jésus, “des instruments de sa paix”, selon la célèbre expression de saint François d’Assise. Non pas d’une paix inconsistante et apparente, mais réelle, poursuivie avec courage et persévérance dans l’engagement quotidien à vaincre le mal par le bien (cf. Rm 12, 21) et en payant personnellement le prix que cela comporte. (Angelus, 19/08/07).    

Pour finir, c’est parfois douloureux de voir comment pour certains catholiques la vie chrétienne s’est adaptée à la vie du monde ; avec les principes et les lois de ce monde, on peut compter parmi ces malheureux exemples, ceux qui proposent le sacrement du mariage entre les personnes du même sexe, la fausse conception devant le sens de la vie (la contraception, l’avortement, l’euthanasie). On peut dire qu’il s’agirait un christianisme vidé du Christ et de l’Evangile. Saint Paul l’avait déjà écrit au chrétiens de Galatie (1,6-12): il y a seulement des gens qui jettent le trouble parmi vous et qui veulent renverser l’Évangile du Christ. Eh bien ! CRUCIFIE_INSTITUT_DU_VERBE_INCARNESi un jour quelqu’un, même nous, même un ange du ciel, vient annoncer un Évangile différent de l’Évangile que nous vous avons annoncé, qu’il soit maudit !  Nous l’avons déjà dit, et je le répète encore : si quelqu’un vient vous annoncer un Évangile différent de celui que vous avez reçu, qu’il soit maudit !
Frères, il faut que vous le sachiez, l’Évangile que je proclame n’est pas une invention humaine. Ce n’est pas non plus un homme qui me l’a transmis ou enseigné : mon Évangile vient d’une révélation de Jésus Christ.

Prions la Vierge Marie et demandons lui la grâce de rester fidèles à la vérité de l’Evangile, de rester fidèles à son Fils Jésus-Christ, sachant que cela implique la nécessairement l’incompréhension et le mépris de beaucoup, mais cela nous rapporte la Gloire.  

P. Luis Martinez V. E.

Monastère “Bx. Charles de Foucauld”