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« Le christianisme n’est pas une simple opinion… »

Lire l’évangile du quatrième dimanche du temps de Carême (Jn 9, 1-41)

La liturgie de la Parole de ces derniers dimanches de Carême nous fait parcourir un véritable chemin « baptismal », à travers surtout les trois scènes tirées de l’évangile de saint Jean : le dimanche dernier, Jésus a promis le don de « l’eau vive » à la Samaritaine, aujourd’hui, en guérissant l’aveugle de naissance, il se révèle comme « la lumière du monde » ; dimanche prochain, en ressuscitant son ami Lazare, il se présentera comme « la résurrection et la vie ». L’eau, la lumière, la vie, sont des symboles du baptême, sacrement qui « immerge » les croyants dans le mystère de la mort et de la résurrection du Christ, les libérant de l’esclavage du péché et leur donnant la vie éternelle.

A l’évangile de ce dimanche correspond donc la guérison de l’aveugle de naissance. Selon les interprétations prenant en compte le texte original en grec, cet homme n’était pas aveugle à cause d’une maladie aux yeux, il lui manquait même plutôt les yeux. Notre Seigneur lui a donc créé des yeux, là où il y avait un espace vide.

Alors, le Seigneur accomplit ce miracle de façon rituelle, c’est-à-dire qu’Il fait quelques gestes avant de faire le miracle ; en plus, le miracle ne se produit pas tout de suite, mais après que cet aveugle  se fût lavé à la piscine de Siloé.

Comme on sait, le Seigneur n’agit pas de la même manière dans tous les miracles, il y a dans les évangiles des miracles que le Seigneur fait à distance pour ainsi dire ou bien seulement en prononçant un mot. Pourtant le miracle d’aujourd’hui est fait avec toute cette liturgie et cela a certainement une raison. Nous devons y ajouter que dans le livre de l’évangile écrit par saint Jean, lui-même donne à tous les miracles le nom de « signes ». Chaque miracle raconté par Saint Jean constitue un signe.

Si la semaine dernière le point pour ainsi dire autour duquel tournait l’action c’était l’eau, pour ce dimanche l’action et les dialogues tournent autour de la lumière. L’eau de la foi apaise la soif de Dieu et la lumière de la foi nous fait voir la réalité avec les yeux de Dieu.

Si l’on réfléchit encore un peu, le dimanche dernier le Seigneur parlait de l’eau vive, en Samarie, où il n’y a jamais eu de fleuves, Il parle maintenant de la lumière devant quelqu’un qui n’a jamais vu.

Il est intéressant de relire l’évangile et de voir aussi le contraste qui existe entre les autres personnages qui interviennent dans ce miracle et l’homme même, nous voyons en eux la méfiance, en lui la confiance ; en eux l’incrédulité, en lui la foi, en eux la peur des autres, en lui la liberté.

Un premier aspect à méditer c’est la conception du mal physique qu’on se faisait dans le temps, il était la conséquence directe du péché (de l’homme même ou bien de ses parents), et pour cela le Seigneur dira aux apôtres que cela a comme but ce de montrer la Gloire de Dieu, c’est-à-dire que rien n’échappe au son dessein bienveillant vers les hommes qui l’aiment vraiment.

Il faut aussi remarquer que la partie principale de ce miracle est constituée par le mépris et la persécution de l’aveugle de la part des pharisiens : « Tu es tout entier plongé dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors. C’est-à-dire, il n’aura plus le droit à partir de ce moment d’être considéré comme un juif, ce qui implique une expulsion de la société. Rien d’étonnant pour nous, vivre en cohérence avec notre foi implique la persécution, implique de rester exclu parfois de façon cachée sinon expresse de la société. Aujourd’hui on parle de la christianophobie, où la société sans Dieu impose ses lois qui vont contre notre foi, et cela devient une véritable persécution, encore plus dans les pays qui se vantent de vivre en liberté. Pour donner un exemple,l’Eglise en France ne souffre pas seulement d’une chute par rapport à ceux qui se confessaient autrefois chrétiens et qui l’abandonnent maintenant, mais aussi une grande persécution (cachée très souvent par les médias), les actes de vandalisme commis contre églises, lieux de culte, écoles et sites internet chrétiens ont augmenté en 2016 de 38 % par rapport à l’année précédente. En fait, il y a eu 376 attaques commises contre les chrétiens, dans l’année 2016 toujours en France. Dans ce pays enfin, il existe environ 45.000 églises dont 10.000 sont en danger d’être détruites (à cause de la pensée antichrétienne). 

Il nous faut un esprit vraiment vaillant et courageux pour accepter que comme disciples nous devions parcourir le même chemin que notre Maître. Nous voyons une belle attitude dans cet aveugle, reconnaissant Jésus comme quelqu’un envoyé par Dieu : Comme chacun sait, Dieu n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce. Jamais encore on n’avait entendu dire qu’un homme ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance. Si cet homme-là ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. » Après, il fera une très belle profession de foi devant le Seigneur.

« Crois-tu au Fils de l’homme ? » « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. » Il dit : « Je crois, Seigneur ! », et il se prosterna devant lui. Il adore Jésus que les pharisiens avaient refusé.

L’image de la lumière

Revenons maintenant à l’image de la lumière, elle est l’élément sensible le plus immatériel de tous, la Bible utilise son image pour l’appliquer à Dieu : « En toi est la source de vie ; par ta lumière nous voyons la lumière » (Ps. 35).

Elle est le signe de la vie, de la joie, tout le contraire des ténèbres.

Faisant ce miracle, Jésus veut signifier beaucoup de choses. D’abord le lieu où se produira le miracle, c’est la piscine de Siloé, ou Siloam, qui veut dire l’Envoyé. C’était là, où les juifs puisaient l’eau pour  le temple,  lors de la fête des Tentes ou Tabernacle. Cela se faisait avec de grandes processions pleines de joie, ils chantaient les bénédictions messianiques. Le Messie est l’Envoyé de Dieu. En plus, pour cette fête, le temple était aussi illuminé de grandes torches, luminaires qui éclairaient tout ce lieu saint, pour les juifs, cette fête était la fête de la lumière.

Lorsque nous lisons cet évangile, nous ne pouvons pas éviter de penser à notre baptême. Plusieurs éléments y sont présents comme un signe prophétique de ce qui se passe avec ce sacrement.

Celui qui parvient au baptême, il rencontre la Parole de Dieu, le Verbe de Dieu qui illumine sa vie. Ce sacrement est aussi composé de rites en analogie avec ce que le Seigneur a fait avec l’aveugle. Mais le principal c’est la purification, le fait de verser l’eau sur lui, cela se passe pour l’aveugle dans la piscine de Siloé (l’Envoyé), pour nous c’est dans le Christ l’Envoyé du Père.

Le sacrement du baptême implique une vie nouvelle, dans le rite du baptême on donne à l’enfant un vêtement nouveau, blanc. Et cette décision implique une grande force, pour se maintenir ferme dans la foi que l’on a reçue.

Mais il y a un élément que nous pouvons mettre en relation directe avec la lumière, c’est le cierge que reçoit le nouveau baptisé : « Recevez la lumière du Christ ». Dieu nous donne une lumière pour la transmettre, pour qu’elle éclaire le monde, pour que nous devenions témoins de la véritable Lumière.

Tous ces éléments nous les retrouvons lors de la nuit de Pâques, là où nous faisons mémoire évidement de la Résurrection de Jésus, mais aussi de notre baptême, nous renouvelons notre alliance avec Jésus, celle qu’on a fait au moment du baptême.

Nous devenons par ce sacrement lumière du monde, comme a dit le Seigneur, appelés à reprendre cette lumière parmi les hommes. Notre vie doit être transparente, claire, comme la lumière, de façon qu’elle attire les autres vers le Christ.

Pensant à la sincérité avec laquelle nous devons manifester notre foi, faisons mémoire des paroles de saint Jean Paul II : « Le christianisme n’est pas une simple opinion et il ne consiste pas en de vaines paroles. Le christianisme, c’est le Christ ! Il est une Personne, Il est le Vivant ! Rencontrer Jésus, l’aimer et le faire aimer : telle est la vocation chrétienne » (Message pour la Journée de la Jeunesse 2003).

Comme nous le dit saint Paul dans la deuxième lecture : autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes devenus lumière ; vivez comme des fils de la lumière — or la lumière produit tout ce qui est bonté, justice et vérité.

Que la Vierge Marie nous donne cette grâce.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

Les Béatitudes décrivent le chrétien

Lire l’évangile du quatrième dimanche du temps ordinaire (Mt 5, 1-12a)

« Vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien », nous avons entendu ces paroles dans la deuxième lecture, la lettre de l’Apôtre Saint Paul aux Corinthiens (1co. 1,26), et ce qu’il décrit c’est précisément la vocation à laquelle nous sommes appelés si nous nous décidons à suivre avec une ferme volonté le Seigneur : ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est. Saint Paul ne faisait qu’exprimer en d’autres mots la réalité des béatitudes que le Seigneur énumère dans l’évangile de ce dimanche.

Saint Ambroise disait que « les gestes du Seigneur sont aussi des paroles », un enseignement pour nous. Dans le texte évangélique, il est important de regarder ses gestes et aussi les actions décrites par saint Mathieu. Voyant les foules (il indique que ceux qui suivaient Jésus étaient nombreux), Jésus gravit la montagne (comme autre fois, Moïse est monté au Sinaï, pour recevoir la loi de Dieu, Jésus monte, mais pour donner la loi, parce qu’Il est Dieu). Il s’assit (c’est l’attitude des maîtres dans le peuple d’Israël), et ses disciples s’approchèrent de lui (maintenant ce ne sont pas les foules, ce sont ses disciples à qui le Seigneur donne sa nouvelle loi).

Faisant relation aux deux monts, celui du Sinaï et celui de Béatitude, saint Jean Paul II disait  « Ces deux monts nous offrent la carte de notre vie chrétienne et une synthèse de nos responsabilités envers Dieu et le prochain. La Loi et les Béatitudes tracent ensemble le chemin à la suite du Christ et le sentier royal vers la maturité et la liberté spirituelle.» Le pape Jean Paul II disait aussi que « les béatitudes ne sont que la description d’un visage, le visage de Jésus-Christ. Et en même temps, les Béatitudes décrivent le chrétien. Elles sont le portrait du disciple de Jésus, la photographie de l’homme qui a accueilli le règne de Dieu et qui veut harmoniser sa vie avec les exigences de l’Évangile. Jésus s’adresse à cet homme en l’appelant «heureux» (Discours. 25 juillet 2002).

Pour accueillir donc l’esprit des béatitudes, il nous faut donc accepter sans réserves l’évangile tout entier, sans adaptations à l’esprit de ce monde.

Un premier aspect à remarquer, c’est qu’il ne s’agit pas de promesses de joie, la joie proclamée par les béatitudes arrive maintenant, c’est maintenant que ce bienheureux possède la joie, même si plusieurs béatitudes réservent une récompense dans le futur : « ils seront consolés, rassasiés, etc. ».

Les béatitudes ne sont pas des promesses dorées d’une gloire future, ce sont des cris triomphants de bénédiction par une joie permanente et que rien dans ce monde ne pourra enlever.

La deuxième remarque c’est que ces huit phrases dans leur langue originelle ont été des exclamations, alors que dans les langues modernes cela perd un peu ce sens. Elles étaient des expressions des joies, comme celle qui exprime un désir accompli : Ah ! Comment ils sont joyeux les pauvres d’esprit, quelle joie pour les miséricordieux !

Alors, bien que les traductions faites soient assez fidèles à la langue d’origine de l’évangile, il y pourtant une profondeur qui nous échappe, car chaque mot a une plus grande ampleur -si vous voulez -lorsqu’on découvre tout le sens en grec mais aussi dans les mots que le Seigneur a utilisé quand il proclamait l’évangile dans sa langue qui était l’araméen. Nous devons ici nous limiter à verser chacune des béatitudes, selon une traduction plus littérale des mots.

Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.

Quelle joie pour celui qui est conscient qu’il dépend totalement de Dieu et qui pour cela  s’abandonne totalement en Lui et Lui obéit, car cette obéissance le fait citoyen du ciel.

Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.

Qu’est-ce qu’il est joyeux celui qui a le cœur défait à cause de la souffrance de ce monde et à causes de ses propres péchés, parce que sa douleur ne trouvera la consolation qu’en Dieu.

Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.

Ah, quelle joie pour l’homme qui sait détester le mal et qui a appris par contre à avoir une grande maitrise sur lui-même et sur ses passions, et en même temps, de l’humilité pour reconnaître et son ignorance et sa faiblesse, cet homme a de la classe et de la noblesse parmi les autres en ce monde.

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.

Qu’il est heureux celui qui désire le bien total dans ce monde (la sainteté), comme désire l’aliment celui qui meure de faim et l’eau celui qui périt de soif dans le désert, celui-là trouvera en Dieu la satisfaction de tout son désir.

Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.

Quelle joie pour la personne qui – prend pour soi la souffrance des autres, qui la ressent dans sa propre chair, car elle découvrira que les autres font de même avec elle (partageant sa souffrance) et que Dieu a fait cela en Jésus-Christ.

Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.

Joyeux celui dont les motivations et les intentions n’ont pas de double sens, parce qu’en parcourant cette voie, il contemplera Dieu.

Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.

Bienheureux ceux qui créent des liens d’honnêteté et de bien entre les hommes, parce qu’ils font quelque chose qui les rend semblables à Dieu.

Enfin  la dernière des béatitudes est divisée en deux parties, l’une générale et l’autre qui fait référence aux disciples de Jésus, le Seigneur parle d’eux. Il parle de persécution, de souffrir pour Lui. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, sauter de joie, dit Notre Seigneur, comme celui qui arrive au sommet d’une montagne.

Saint Jean Paul II dit aussi que cette joie véritable est une conquête, qui ne s’obtient pas sans une lutte longue et difficile. Le Christ possède le secret de la victoire.

Mais, la persécution est-elle inévitable à nous ?

Nous devons dire que oui, parce que la mission de l’Eglise (et des membres de l’Eglise, lorsqu’ils sont vraiment fidèles à l’évangile) est celle d’être la conscience du monde et de la société. Elle doit louer ce qu’il y a de bon, mais l’Eglise doit par obligation condamner le mal ; et ceux qui luttent pour le mal feront tout pour taire la voix de la conscience.

Alors, attention, le devoir de tout chrétien, ce n’est de pas découvrir les fautes pour critiquer et condamner. Mais, il peut être que son attitude et sa conduite soient déjà une condamnation en silence pour ceux qui ne vivent pas la loi de Dieu, et pour cela, il n’échappera pas à la haine.

La persécution ne sera pas nécessairement la mort, mais elle peut consister dans le mépris, la moquerie, l’agression et discrimination.

Le Seigneur continue à rechercher des témoins, Il a besoin des chrétiens qui soient disposés non seulement à mourir (comme les martyrs) mais aussi à vivre pour Lui.

Nous allons finir avec une pensée de saint Augustin : « tout homme qui cherche dans le nom de chrétien la gloire de ce monde et l’abondance de biens de ce monde, qu’il réfléchisse d’abord et sache que notre joie est à l’intérieur, comme on dit, dans l’âme de l’Eglise. Et nous pouvons ajouter, et notre récompense est en grande partie, dans les cieux. »

Que la très sainte Vierge Marie, la première à être appelée bienheureuse dans l’évangile, nous donne la grâce de vivre de façon héroïque l’esprit des béatitudes.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné