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« Et nous avons vu sa gloire! »

La liturgie propose à notre méditation une partie de l’Évangile de saint Jean, le Prologue de son évangile.

L’Église nous invite à contempler le mystère du Noël, du Christ, pour saisir encore d’avantage la signification profonde de ce mystère et son importance pour notre vie.

Mais, la liturgie utilise un texte vraiment admirable, qui offre une synthèse vertigineuse de toute la foi chrétienne. Il part d’en-haut, arrive à l’incarnation, qui a comme finalité la salut de tous les hommes, le texte dit plus précisément «il a nous donné de pouvoir devenir enfants de Dieu »

  1. Il part d’en-haut : « Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu » (Jn1, 1) ;
  2. La phase «Au commencement était le Verbe» nous parle de L’éternité, du verbe du Logos :

« Au commencement » cette phase nous parle du principe du temps, mais le Logos était déjà.

Dans cette phrase « au commencement » nous contemplons aussi  un lien, une relation au livre de la genèse, que nous allons reprendre plus tard.

Le verbe « être » que Saint Jean utilise, est à l’imparfait. Le temps imparfait soit en la langue grecque, soit dans d’autres langues, comme le français, l’espagnol, etc. nous parle des actions qui ne finissent pas. C’est-à-dire que le verbe être à l’ imparfait nous parle aussi de l’éternité.

  1. Le texte tout à coup nous dit : « le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu » En faisant référence à la Trinité : « le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu »

Et le Verbe (Le Logos) était auprès de Dieu (Dieu le Père)
nous voyons ici la distinction de personne entre le père et le Fils, et en même temps l’affirmation de la divinité du Verbe, c’est-à-dire du Fils.

« Et le Verbe (Le Logos) était Dieu ».

  1. Le verbe est créateur, il n’est pas créature : « C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. »

Créateur : Celui qui donne l’être.

Il y a aussi une remarque qui perfectionne notre notion de création, en relation à l’agir de Dieu. Dieu, comme cause première, parfaite et intelligente, agit par son intelligence, c’est-à-dire par son verbe. Comme un architecte, lorsqu’il démarre son projet, il l’élabore tout d’abord par son intelligence, et après agit par la volonté et par sa puissance. De la même manière, mais d’une façon infiniment plus parfaite, Dieu Créateur agit par son Verbe, par sa sagesse infinie, par son Fils, et après agit par sa volonté par son amour, « L’esprit d’amour »

  1. Le texte donne d’autres caractéristiques du Verbe de Dieu. Mais en remarquant que chaque caractéristique s’identifie avec le verbe, et qu’il donne ces caractéristiques aux créatures.

Le texte dit : « Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. » « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. »

Le Verbe est lumière, lumière qui est plus force que toutes les ténèbres que l’on pourrait imaginer.

  1. Et voilà la nouveauté étonnante et qui est humainement inconcevable : « Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous » (Jn1, 14a).

Il ne s’agit pas d’une figure de rhétorique, mais d’une expérience vécue ! Saint Jean est le témoin oculaire, qui rapporte cette nouveauté : « Nous avons vu sa gloire, dit-il, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité » (Jn 1, 14b).

Nous nous arrêtons sur le mot « chair ». Ici, la parole « chair », selon l’usage juif, indique l’homme dans son intégralité, tout l’homme, mais précisément sous l’aspect de sa caducité et de sa temporalité, de sa pauvreté et de sa contingence.[1]

De ce mot naît un autre, « Incarnation », Incarnation dérive du latin « incarnatio» Saint Ignace d’Antioche — à la fin du premier siècle — et, surtout, saint Irénée, ont utilisé ce terme en réfléchissant sur le Prologue de l’Évangile de saint Jean, en particulier sur l’expression que nous sommes en train de considérer: « Et le Verbe s’est fait chair » (Jn 1, 14).

Cette expression nous parle de comment la rédemption du Christ touche tous les hommes : Le Pape Benoit XVI disait « le salut apporté par Dieu qui s’est fait chair en Jésus de Nazareth touche l’homme dans sa réalité concrète et dans toutes les situations où il se trouve.[2] »

Cette expression nous parle du pouvoir de l’amour de Dieu : « Le Verbe s’est fait chair » est l’une de ces vérités à laquelle nous sommes tant habitués, et parfois nous ne le remarquons pas. En effet, au cours de cette période de Noël, cette expression revient souvent dans la liturgie. « Et c’est quelque chose d’absolument impensable, que seul Dieu pouvait opérer et que nous ne pouvons pénétrer que par la foi ». Le Logos, qui est auprès de Dieu, le Logos qui est Dieu, le Créateur du monde (cf. Jn 1, 1), pour lequel furent créées toutes les choses (cf. 1, 3), qui a accompagné et accompagne les hommes dans leur histoire avec sa lumière (cf. 1, 4-5 ; 1, 9), devient un parmi les autres, prend demeure parmi nous, devient l’un de nous (cf. 1, 14)

  1. Et pour finir nous considérons : Le verbe, « Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 11)

D’une certaine façon le Verbe, révèle aux hommes la hauteur de sa vocation. Le concile Vatican II dit: je cite« … Le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné… Nouvel Adam, le Christ, dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation » (Const. Gaudium et spes, n. 22)

Maintenant nous allons répondre au principe du texte : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. »

L’évangéliste, comme nous avons dit, fait clairement allusion au récit de la création qui se trouve dans les premiers chapitres du Livre de la Genèse et l’évangéliste nous invite à relire le texte de la genèse à la lumière du Christ. Il s’agit d’un critère fondamental dans la lecture chrétienne de la Bible : l’Ancien et le Nouveau Testament doivent toujours être lus ensemble et, à partir de la lumière du Christ.[3] Mais aussi Un critère fondamental dans la lecture chrétienne de la Bible, un critère pour lire les événements, les événements de notre vie, et chaque moment de notre vie. « Le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné »

Et pour cela nous devons grandir dans la connaissance de ce grand Mystère : « Le Verbe, le logos qui se fait homme »

« Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde… Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. »

Saint Jean attiré par Jésus de Nazareth, pendant les trois années de vie commune avec Lui et avec les autres apôtres, a connu (fit l’expérience de son) l’amour – au point de s’auto définir « le disciple que Jésus aimait » [4]

Nous sommes appelés à vivre dans la lumière, à vivre l’amour que le Verbe de Dieu nous a révélé. A vivre comme le Christ. « Il a assumé notre humanité pour nous donner sa divinité. » «  Il s’est rendu visible à nos yeux pour nous entraîner à aimer ce qui demeure invisible. »[5]

P. Andrés Nowakowski V. E.

Monastère « Bx. Charles de Foucauld »

[1] Benoit XVI Audience 9 janvier 2013

[2] Benoit XVI Audience 9 janvier 2013.

[3] Benoit XVI. Audience 9 Janvier 2013.

[4] Benoit XVI. Audience 9 janvier 2013.

[5] I Préface de la Nativité

Saint Cyprien de Carthage

cyprien_institut_du_verbe_incarneSaint Cyprien, « fut le premier Evêque en Afrique à recevoir la couronne du martyre ».

Mais, sa réputation est également liée – comme l’atteste le diacre Pontius, qui fut le premier à écrire la vie de saint Cyprien – à la production littéraire et à l’activité pastorale des treize années qui s’écoulèrent entre sa conversion et le martyre (cf. Vie 19, 1; 1, 1).

Né à Carthage dans une riche famille païenne, après une jeunesse dissipée, Cyprien se convertit au christianisme à l’âge de 35 ans.

Immédiatement après sa conversion, Cyprien – non sans être envié et en dépit des résistances – fut élu à la charge sacerdotale et à la dignité d’Evêque.

La situation de l’Eglise dans son temps.

 Au cours de la brève période de son épiscopat, il affronta les deux premières persécutions ratifiées par un édit impérial, celle de Dèce (250) et celle de Valérien (257-258).

Après la persécution particulièrement cruelle de Dèce, l’Evêque dut s’engager vaillamment pour rétablir la discipline dans la communauté chrétienne. En effet, de nombreux fidèles avaient abjuré, ou bien n’avaient pas adopté une attitude correcte face à l’épreuve. Il s’agissait des « lapsi », c’est-à-dire de ceux qui étaient « tombés ».

Le débat sur leur réadmission finit par diviser les chrétiens de Carthage en laxistes et en rigoristes. Il faut ajouter à ces difficultés une grave épidémie de peste, qui ravagea l’Afrique et qui fit naître des interrogations théologiques angoissantes, tant au sein de la communauté que dans la confrontation avec les païens.

Il faut rappeler, enfin, la controverse entre Cyprien et l’Evêque de Rome, Etienne, à propos de la validité du baptême administré aux païens par des chrétiens hérétiques.

 Saint Cyprien en tant que pasteur.

Dans ces circonstances réellement difficiles, Cyprien révéla de grands talents pour gouverner :

  • il fut sévère, mais non pas inflexible avec les « lapsi ».
  • il fut ferme envers Rome pour défendre les saines traditions de l’Eglise africaine.
  • cyprien_ii_institut_du_verbe_incarneil se démontra très humain et empli de l’esprit évangélique le plus authentique en exhortant les chrétiens à apporter une aide fraternelle aux païens durant la peste.
  • il fut inébranlable dans sa lutte contre les mœurs corrompues et les péchés qui dévastaient la vie morale, en particulier l’avarice.

 Ses nombreux traités et lettres :

 Les nombreux traités et lettres composés par notre évêque sont toujours en rapport avec son ministère pastoral.

« L’Eglise » est le thème qui lui est, de loin, le plus cher.

Il fait la distinction entre l’Eglise visible, hiérarchique, et l’Eglise invisible, mystique, mais il affirme avec force que l’Eglise est une seule, fondée sur Pierre.cyprien_v_institut_du_verbe_incarne

Il ne se lasse pas de répéter que « celui qui abandonne la chaire de Pierre, sur laquelle l’Eglise est fondée, se donne l’illusion de rester dans l’Eglise » (L’unité de l’Eglise catholique, 4).

« En dehors de l’Eglise il n’y a pas de salut » (Epistola 4, 4 et 73, 21), et que « celui qui n’a pas l’Eglise comme mère ne peut pas avoir Dieu comme Père » (L’unité de l’Eglise catholique, 4).

Une caractéristique incontournable de l’Eglise est l’unité, symbolisée par la tunique sans couture du Christ (ibid., 7):   « Il n’y a qu’un seul Dieu, un seul Christ », admoneste Cyprien, « une seule est son Eglise, une seule foi, un seul peuple chrétien, liés en une solide unité par le ciment de la concorde :  et on ne peut pas diviser ce qui est un par nature » (L’unité de l’Eglise catholique, 23).

 L’enseignement de Cyprien sur la prière. 

22.4.2010: south wall, Sant'Apollinare Nuovo, Ravenna

Son livre sur le « Notre Père »  a beaucoup aidé les chrétiens au long de l’histoire à mieux comprendre et à mieux réciter la « prière du Seigneur »

 Il souligne que cette prière est au pluriel, « afin que celui qui prie, ne prie pas uniquement pour lui… Le chrétien ne dit pas « Mon Père », mais « Notre Père », même dans l’intimité d’une pièce close, car il sait bien qu’en chaque lieu, en chaque circonstance, il est le membre d’un même Corps.

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Son martyre

En définitive, affirme le pape Benoit XVI, Cyprien se situe aux origines de cette tradition théologique et spirituelle féconde, qui voit dans le « cœur » le lieu privilégié de la prière. En effet, selon la Bible et les Pères, le cœur est au plus profond de l’homme, le lieu où Dieu habite. C’est en lui que s’accomplit la rencontre au cours de laquelle Dieu parle à l’homme, et l’homme écoute Dieu ; l’homme parle à Dieu, et Dieu écoute l’homme :  le tout à travers l’unique Parole divine. La prière « est l’œuvre du cœur, non des lèvres, car Dieu ne regarde pas les paroles, mais le cœur de l’orant » (Le diadème des moines, 1).

P. Andrés Nowakowski V. E.

Monastère « Bx. Charles de Foucauld »

(D’après une audience de sa sainteté, le pape Benoît XVI)