Saisi de compassion, Jésus le toucha

Lire l’évangile du VI dimanche du temps ordinaire (Mc. 1,40-45)

« Si tu le veux, tu peux me purifier. », nous écoutons des lèvres du lépreux cette supplication pleine de foi. Et le Seigneur « saisi de compassion nous dit saint Marc, étend la main, le touche et lui dit : « Je le veux, sois purifié. »

La lèpre était une maladie incurable par la médicine du temps du Seigneur et d’ailleurs elle l’a été jusqu’à 20ème siècle. Une personne atteinte de lèpre devenait un mort en vie, quelqu’un qu’on devait en plus éloigner à cause du danger qu’il représentait pour la société dû au risque de la contagion. Et pour cela la première lecture nous décrit les normes de prévention pour éviter que cette maladie ne se répande au sein de la communauté, le malade devait habiter hors du camp, rappelons-nous que la lecture parle du peuple d’Israël qui marche à travers le désert.

Pour une personne qui souffrait de cette maladie, il ne lui restait donc qu’à guérir naturellement (c’était l’unique maladie qui ne prévoyait pas de traitement pour guérir, selon le talmud), ou à mourir dans la misère extrême, loin de tout réconfort humain.

Alors, dans la demande que fait le lépreux dans l’évangile de ce dimanche, on voit d’abord comme on a dit la confiance ou plutôt la foi dans le Christ, mais aussi l’humilité « si tu veux ». Le Seigneur fait aussi un geste qui a dû surprendre les apôtres et les gens qui Le voyaient, du fait qu’Il s’approche pour toucher le lépreux (selon la loi on devait s’éloigner des gens atteints de cette maladie). Les pères de l’Eglise ont vu dans ce geste du Seigneur une image de l’incarnation du Christ, Dieu qui touche l’humanité malade de la lèpre du péché pour la guérir. Si le fait de le voir s’approcher et toucher le lépreux avait bouleversé les esprits de ceux qui étaient avec Jésus à ce moment-là, beaucoup plus frappant aura  été de voir que  désormais l’aspect du malade devenait normal.

Le Seigneur a fait beaucoup de miracles pendant sa vie dans ce monde, certains sont racontés avec détails dans les évangiles, d’autres sont seulement cités par les évangélistes. On peut affirmer que la finalité des miracles dans la vie de Jésus et des saints, c’est de disposer ou de fortifier la foi de ceux qui connaissent ou participent de ces miracles. Un miracle doit normalement avoir comme conséquence une conversion et une vie plus proche de Dieu. Parmi les miracles de l’Evangile, il y en a que le Seigneur fait sur des choses matérielles, par exemple la multiplication des pains et des poissons ; d’autres sur la nature, par exemple en apaisant la mer ; il y en a un certain nombre qu’Il fait directement sur les personnes, Il leur rend la santé ou bien la vie.

L’évangile de ce dimanche nous dit aussi que le Seigneur était saisi par la pitié, cela montre en plus de la finalité de la conversion, un amour pour celui qui reçoit le miracle.

Alors, nous pouvons nous poser cette question : pour quoi si le Seigneur avait pitié des malades et Il en a guéri beaucoup dans sa vie, n’a-t-il pas donc supprimé définitivement la souffrance de ce monde ? Pour quoi n’a-t-il pas transmis le pouvoir de guérir à ses apôtres et successeurs ? Pourquoi les souffrances, les maladies et la mort ont-elles  continué à exister dans le monde après la Résurrection du Christ ? Pour quoi Notre Seigneur n’a-t-il pas eu pitié de nous comme Il l’a eu envers ce lépreux ?

D’abord, nous devons dire que la première explication logique de l’existence de la souffrance les chrétiens la trouvent dans la Genèse, au moment où l’homme a commis le péché originel, et où il reçoit une punition de la part de Dieu à cause de sa rébellion. Mais cette punition n’est pas destinée à faire seulement souffrir l’homme, dans la souffrance que Dieu impose à toute l’humanité nous trouvons l’évidence – que Dieu ne veut pas que l’homme crût que c’est dans cette vie terrestre qu’il atteint la perfection de la joie. L’homme a besoin de se souvenir que Dieu existe et qu’il doit s’approcher toujours de Dieu.

En effet, lorsque nous souffrons mais avec la foi, nous découvrons peu à peu la raison de la souffrance et sa finalité (qu’est-ce que Dieu cherche avec elle dans ma vie ?) ; nous devenons conscients qu’après le péché, l’homme ne peut plus marcher avec Dieu et progresser dans la sainteté sans souffrir. Il nous suffit de quelques jours sans croix (sans avoir ni soucis ni  souffrance), pour tomber dans la plus grande superficialité et lassitude spirituelle : L’homme comblé ne dure pas : il ressemble au bétail qu’on abat (Ps. 48,13). « Dieu, disait Lewis un fameux écrivain anglais, il nous parle par la conscience et Il nous crie à travers nos douleurs. Il utilise la douleur comme un mégaphone pour réveiller un monde de sourds. »

On comprend ainsi pour quoi, pour les saints, la souffrance cesse d’être un problème pour devenir une grâce, comme le dit saint Paul (Philp. 1,29) : « Dieu pour le Christ, vous a fait la grâce non seulement de croire en lui mais aussi de souffrir pour lui. » En effet pour certains saints, les douleurs et les souffrances ont été une vocation, un appel de Dieu et une mission. Notre Dame de Lourdes,que nous célébrons aujourd’hui avait dit à sainte Bernadette : « je ne te promets pas la félicité ici sur la terre, mais au Ciel ». Et La Vierge Marie aussi à Fatima invitait les trois petits bergers à embrasser la croix : « Voulez-vous vous offrir à Dieu pour supporter toutes les souffrances qu’Il voudra vous envoyer, en acte de réparation pour les péchés par lesquels Il est offensé, et de supplication pour la conversion des pécheurs ? – Oui, nous le voulons. Vous aurez alors beaucoup à souffrir, mais la grâce de Dieu sera votre réconfort. »

Saint Jean Paul II au moment de l’attentat contre sa vie

Beaucoup de sectes tentent aujourd’hui de convaincre les chrétiens que la souffrance peut et doit être totalement enlevée de la vie des hommes. Mais contre cela, il y a une grande vérité, et la voici, exprimée par le Pape Saint Jean Paul II : « Le Christ ne cachait pas à ceux qui l’écoutaient la nécessité de la souffrance » ; d’abord au début de son ministère, Il proclame les béatitudes et elles s’adressent à ceux qui sont vraiment éprouvés par – différentes souffrances. « Très clairement, il disait: « Si quelqu’un veut venir à ma suite…, qu’il se charge de sa croix chaque jour », et à ses disciples il posait des exigences de nature morale, dont la réalisation est possible seulement à condition de « se renier soi-même ». La route qui conduit au Royaume des cieux est   « étroite et resserrée » et le Christ l’oppose à la route « large et spacieuse » qui, elle, « mène à la perdition ». (Salvifici doloris 25) »

En définitive c’est la croix qui donne une lumière totalement nouvelle à ce mystère de la souffrance, lui donnant un nouveau sens dans le plan de Dieu sur l’humanité. Selon les paroles du pape Benoît XVI : « Ce n’est pas le fait d’esquiver la souffrance, de fuir devant la douleur, qui guérit l’homme, mais la capacité d’accepter les tribulations et de mûrir par elles, d’y trouver un sens par l’union au Christ, qui a souffert avec un amour infini » (Enc. Spe salvi, 37).

Pour conclure et en revenir à l’évangile, chez le Seigneur qui touche le lépreux et le guérit, nous trouvons un grand enseignement. La mission de l’Eglise c’est la continuation de l’œuvre du Christ, elle s’approche de ceux qui souffrent pour les aider, les réconforter et guérir ; ce témoignage fait que les hommes connaissent Dieu et grandissent dans la foi, à travers ce témoignage, les hommes glorifient Dieu.

Souvenons nous que la souffrance est un grand moyen de salut, elle a un pouvoir extraordinaire d’intercession devant Dieu, la douleur est à la fois un sacrifice et une prière, qui, unie à la Croix du Christ produit des fruits en abondance et fait descendre du Ciel beaucoup de grâces.

Saint Jean Paul II exhortait dans sa lettre : « Et nous demandons à vous tous qui souffrez de nous aider. A vous précisément qui êtes faibles, nous demandons de devenir une source de force pour l’Eglise et pour l’humanité. Dans le terrible combat entre les forces du bien et du mal dont le monde contemporain nous offre le spectacle, que votre souffrance unie à la Croix du Christ soit victorieuse! »

Que Notre Dame de Lourdes nous protège.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

  

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.