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“Voilà ce qui sera à la fin sans fin”

Lire l’évangile du dimanche XXXII (Lc 20, 27-38)

christ_roi_institut_du_verbe_incarneNous nous approchons déjà de la fin de l’année liturgique, qui finira avec la Solennité de Christ Roi, dans deux semaines. Et durant cette année nous avons médité l’Evangile de saint Luc, on arrive ainsi à ses derniers chapitres, ce sont les derniers discours du Seigneur, avant Sa Passion et Sa mort sur la croix. Tous les dialogues et les enseignements se dirigent vers les réalités ultimes, comme nous le voyons aujourd’hui.

La question posée par les sadducéens au Seigneur, ramène finalement, comme dit l’Evangile à une question de foi : parce que le mariage appartient au monde présent, dans le monde à venir il ne serait pas nécessaire, les hommes ne mourront jamais et la procréation donc, une des finalités du mariage, n’aura plus de sens. Les ressuscités, dit saint Bède,  « seront égaux aux anges et enfants de Dieu, parce qu’étant renouvelés par la gloire de la résurrection, ils jouiront de l’éternelle vision de Dieu, sans aucune crainte de la mort, sans aucune atteinte de la corruption, sans aucune des vicissitudes de la vie présente. »

vie_eternelle_institut_du_verbe_incarneLes deux dernières vérités que nous proclamons à la fin du Credo (de la profession de foi) nous parlent de la vie après la mort, et elles nous rappellent que nous ne marchons pas vers le néant. Au contraire notre existence est marquée par une finalité précise et la foi ouvre au milieu des tristesses causées par la séparation humaine, un horizon plein de lumière qui va au-delà de cette existence terrestre et qui a son but en Jésus-Christ.

Nous le répétons tous les dimanches : je crois à la résurrection de la chair, à la vie éternelle. Ou bien, le credo qu’on chante en latin, le symbole de Nicée et Constantinople : J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir. Alors, ce que nous confessons avec notre bouche, nous devons le croire dans notre cœur : « je crois à la résurrection des morts et je crois dans la vie pour toujours ! » Malheureusement, ces belles réalités sont souvent oubliées dans ces temps-là, il y a des chrétiens qui sont plus préoccupés de parler de problèmes sociaux et politiques que de parler de la vie éternelle ; on laisse très facilement de côté ces vérités.

Pour quelle raison ? Peut-être, parce que nous ne pouvons pas encore voir « réalisées » ces vérités, elles appartiennent à notre futur, mais c’est précisément pour cela qu’elles font partie de notre foi.

vie_eternelle_institut_du_verbe_incarneNous avons écouté la première lecture, cette grande profession de foi que font ces 7 frères appelés Macchabées devant ceux qui allaient leur donner le martyre pour ne pas renier de la foi en un Dieu unique : « C’est du Ciel que je tiens ces membres, et c’est par lui que j’espère les retrouver.» Comme nous, ils croyaient que Dieu ferait un jour ressusciter leurs corps.

Nous croyons cette vérité, et la foi nous apprend qu’avec la résurrection, pour ceux qui ressuscitent pour la vie éternelle, les corps seront glorieux.

Mais qu’est-ce que cette foi et cette espérance dans la vérité de la résurrection nous donnent comme fruit dans notre vie de chrétiens ? 

Saint Thomas d’Aquin, dans son “Commentaire du Credo” explique que notre foi et notre espérance en la résurrection nous apportent quatre biens.

vie_eternelle_institut_du_verbe_incarnePremièrement, elles font disparaître la tristesse que nous causent les morts. Il est en effet impos­sible qu’un homme n’éprouve pas de la douleur à la mort d’un être cher. Mais l’espérance qu’il a de sa résurrection tempère beaucoup la dou­leur que lui cause sa mort.

Le deuxième bien qui naît de notre foi et notre espé­rance en la résurrection, c’est qu’elles font disparaître notre crainte de la mort. Parce que nous croyons à l’existence d’une autre vie meilleure, à laquelle nous parviendrons après la mort, il est évident nous ne devons pas avoir peur de la mort ou bien commettre une mauvaise action pour l’éviter.

Le troisième bien que nous recevons c’est que notre foi et notre es­pérance en la résurrection nous rendent atten­tifs et zélés à faire le bien.

Nous croyons fermement que, grâce à nos actions d’ici-bas, nous recevrons, à la résurrection, les biens éternels; aussi nous som­mes dévoués à accomplir le bien. Si nous n’avions d’espérance en Jésus-Christ que pour cette vie, disait l’Apôtre. (1 Cor. 15, 19), nous serions les plus misérables de tous les hommes.

Et quatrièmementla foi et l’espérance en la résurrection nous détournent du mal. On vient de le dire : l’espoir de la récompense nous incite à faire le bien, pareillement la crainte de la peine, que nous croyons être réservée aux méchants, nous détourne du mal.

Devant cette pensée qui proclame que le bonheur est limité pour la vie de ce monde, nous croyons que la vie vraiment heureuse est dans la vie éternelle, la vie après la mort. Le paradis, le Ciel, la vision de Dieu constituent la réponse la plus haute à notre besoin intime de joie, là-bas nous possèderons Dieu, le bien infini.

Tandis qu’ici sur la terre nous ressentons souvent ce que Saint Augustin disait à Dieu dans les premiers mots de son grand livre « Les Confessions » : Tu nous as faits pour toi, et notre cœur est inquiet jusqu’à ce qu’il repose en toi.

Au Ciel, dans le paradis nous allons nous réjouir de l’union totale avec Dieu, nous rassasier, parce que c’est Dieu seul Celui qui peut rassasier pleinement tous nos désirs, et c’est seulement au Ciel qu’il n’y aura pas d’incertitude, là sera la sécurité parfaite, nous aurons rien à craindre, rien ne pourra troubler notre joie.vie_eternelle_institut_du_verbe_incarne

Pour finir, nous pouvons nous poser une autre question : Au Ciel, nous continuerons à aimer les personnes que nous avons aimées dans ce monde, les parents, les amis, ceux qui ont été unis par le sacrement du mariage ? Alors, il faut savoir que l’amour qui nous a unis à eux ne finit pas avec la mort, comme l’amour du Seigneur n’a pas fini avec sa mort sinon que sa Résurrection lui a donné un nouveau sens. Ainsi, nous pouvons dire que le Ciel consistera aussi dans les bons souvenirs de ce monde, avec ces personnes aimées. Encore plus, nous allons nous réjouir même avec ceux qui nous ont fait souffrir dans la vie présente s’ils sont au ciel, parce que notre triomphe sera aussi celui de voir ces gens-là au Ciel avec nous. Il est tout à fait vrai que nous verrons aussi avec joie combien les souffrances et les croix ont contribué à notre salut.

vie_eternelle_institut_du_verbe_incarneSaint Augustin avait très bien décrit pour nous dans son livre la cité de Dieu ce qui sera la vie éternelle : Là nous reposerons et nous verrons ; nous verrons et nous aimerons ; nous aimerons et nous louerons. Voilà ce qui sera à la fin sans fin. Et quelle autre fin avons-nous, sinon de parvenir au royaume qui n’aura pas de fin ? (S. Augustin, civ. 22, 30).

A la Reine du Ciel, nous demandons aujourd’hui la grâce qu’elle nous guide vers le royaume de son Fils.

P. Luis Martinez. V. E.

Monastère « Bx . Charles de Foucauld »

« La mort est la compagne de l’amour, est celle qui ouvre la porte et nous permet d’arriver à Celui que nous aimons »

Lire l’évangile de Dixième Dimanche C (Lc. 7,11-17)

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L’Evangile de ce dimanche nous met devant une réalité que nous ne considérons pas toujours : c’est la mort ; réalité qu’il est même difficile à accueillir (concevoir) dans nos vies, de même qu’il est difficile de parler de notre propre mort.

Les pères de l’Eglise ont vu dans ce passage évangélique une sorte d’image de ce que le Seigneur a accompli dans le monde. La foule, l’humanité qui sort sans aucune espérance vers le destin commun, le tombeau, la sépulture. Mais le Seigneur arrête cette triste procession pour rendre la vie. Avec son triomphe le Seigneur a donné un nouveau sens à notre destin.

Dans ce passage ce qui est étonnant c’est que personne ne demande au Seigneur de faire le miracle. Jésus prend l’initiative, on dirait qu’Il le fait à cause de la douleur de cette mère pour qui l’enfant était tout ce qu’elle avait dans la vie, le texte nous dit : En la voyant, le Seigneur fut saisi de pitié pour elle, « Ne pleure pas. » ce sont les mots qu’Il lui adresse pour la consoler.

Naïm est un petit village, aujourd’hui il appartient à l’Etat Israélien, c’est un village de population pourtant totalement musulmane. Sortant du village, les pères franciscains de la custodie de la Terre Sainte ont édifié une petite chapelle, en face d’une mosquée bâtie sur les ruines d’une église byzantine des premiers siècles qui honorait ce miracle du Seigneur.

Alors, nous pouvons nous demander : Si les pères de l’Eglise ont vu dans ce miracle de Naïm l’image du triomphe du Seigneur sur la mort, même si nous confessons qu’Il a vraiment vaincu la mort comme nous le chantons dans la nuit de Pâques, pourquoi donc continuons-nous à mourir ? Pourquoi ne nous est-il pas possible de ressusciter, ou bien de ne pas mourir ?

Ce que nous devons nous répondre et répondre à ceux qui nous posent cette question c’est que Notre Seigneur a vraiment vaincu la mort, il a détruit la mort ressuscitant le troisième jour après sa mort sur la croix. Mais ce qu’Il a fait par rapport à notre mort, c’est qu’Il l’a renouvelée, c’est-à-dire qu’Il a changé le but et la finalité, Il lui a donné un nouveau sens.

Avant le péché originel, l’homme aussi devait finir son existence dans ce monde, pour passer après à la vie céleste, c’était aussi la mort mais sans souffrance et sans douleur, c’était un passage à l’autre vie. Après la chute, et hors de la grâce, la mort est marquée par la douleur, et notre nature refuse la douleur et la souffrance, aucun de nous ne veut souffrir.

Avec la Rédemption le Seigneur donne à la mort un sens nouveau, il est vrai, nous souffrons de voir mourir les gens que nous aimons, nous séparer d’eux c’est une souffrance, comme il est vrai aussi que notre nature refuse de mourir, et parfois on a une certaine peur de mourir, et cela s’explique sachant que nous n’avons pas été faits pour la mort.

Avec sa mort et sa résurrection, le Seigneur nous fait par sa grâce voir le moment de la mort, qui est toujours difficile et douloureux, comme le triomphe d’une guerre, comme la Pâque nécessaire à passer pour la rencontre avec le Père, pour arriver au Ciel. Rien n’est gagné gratuitement, sans notre participation, c’est un prix pour nous. C’est pour cela que l’Apocalypses dit : Heureux dès maintenant les morts qui meurent dans le Seigneur! ” ” Oui, dit l’Esprit, qu’ils se reposent de leurs travaux, car leurs œuvres les suivent. “MORT_II_INSTITUT_V_DU_VERBE_INCARNE

Dans cet évangile le Seigneur demande à la mère de ne pas pleurer, et nous avons dit la raison dans ce nouveau sens de la mort ; mais pourtant quelques temps après, Jésus, lui-même va pleurer au moment de la mort de son ami, Lazare. Cela semblerait contradictoire.

Il faut dire que ce que le Seigneur avait fait devant la mort de son ami, nous sert encore pour voir que la mort implique une véritable souffrance, une croix, qu’elle produit en nous la douleur et que c’est légitime de pleurer ceux qui ne sont plus avec nous. Mais, elle doit être une souffrance pleine d’espérance et de confiance en Dieu, en sa Divine Miséricorde à laquelle nous recommandons nos défunts.

La position morale de l’Eglise face à la mort

Le fait d’accompagner nos êtres aimés et de vivre aussi la préparation pour affronter notre propre mort nous met devant une question très actuelle et parfois mal comprise par beaucoup de chrétiens. D’un côté, nous avons par nature même, un refus de mourir et de voir mourir les autres ; et pour cela, il est légitime de prendre soin et de tout faire de notre part pour conserver la vie.

Mais, on voit parfois que cela implique pour les malades des grandes souffrances, d’agonies difficiles et longues et on se pose la question : jusqu’où aller avec les soins ? Est-il légitime d’abandonner à la mort un être humain, soit par sa décision personnelle ou soit par la nôtre ? Suivons l’enseignement du Catéchisme de l’Eglise (cf. 2076-2079):

Ceux dont la vie est diminuée où affaiblie réclament un respect spécial. Les personnes malades ou handicapées doivent être soutenues pour mener une vie aussi normale que possible.

L’Eglise condamne donc ce qu’on appelle de nos jours « l’Euthanasie ». Quels qu’en soient les motifs et les moyens, l’euthanasie directe qui consiste à mettre fin à la vie de personnes handicapées, malades ou mourantes, est moralement inacceptable.

Ainsi une action ou une omission qui, de soi ou dans l’intention, donne la mort afin de supprimer la douleur, constitue un meurtre gravement contraire à la dignité de la personne humaine et au respect du Dieu vivant, son Créateur. L’erreur de jugement dans laquelle on peut être tombé de bonne foi, ne change pas la nature de cet acte meurtrier, et cela est toujours à proscrire et à exclure.

EUTHANASIE_INSTITUT_V_DU_VERBE_INCARNEC’est le contraire lorsque les procédures médicales deviennent onéreuses, périlleuses, extraordinaires ou disproportionnées avec les résultats attendus. Alors, cesser de donner ces procédures « extraordinaires » peut être légitime. C’est le refus de ” l’acharnement thérapeutique “. On ne veut pas ainsi donner la mort ; on accepte de ne pas pouvoir l’empêcher.

Même si la mort est considérée comme imminente, les soins ordinairement dus à une personne malade ne peuvent pas être interrompus. L’usage des analgésiques pour alléger les souffrances du moribond, même au risque d’abréger ses jours, peut être moralement conforme à la dignité humaine si la mort n’est pas voulue, ni comme fin ni comme moyen, mais seulement prévue et tolérée comme inévitable. Les soins palliatifs constituent une forme privilégiée de la charité désintéressée. A ce titre ils doivent être encouragés.

Une autre question : et notre mort ? Comment nous attendons notre mort ?

Comme disait un poète : en nous habituant chaque jour à mourir un peu c’est la façon de vivre. Enfin en nous préparant à la rencontre avec le Christ, en essayant de vivre une vie de justes, de bons chrétiens, mourir à ce qui n’est pas Dieu, de façon que lorsque la mort arrivera, elle n’aura pas grand-chose à faire, car tout ce qui nous empêchait de nous unir à Dieu, nous l’avons déjà enlevé auparavant.

Saint Augustin disait en fait « que la mort est la compagne de l’amour, est celle qui ouvre la porte et nous permet d’arriver à Celui que nous aimons ».

Et un écrivain chrétien disait : la vie nous a été donnée pour chercher Dieu, la mort pour le trouver, l’éternité pour le posséder.

Un dernier exemple de comment vivre ce passage de cette vie à la vie éternelle. C’est l’exemple de l’enfant qui est dans le sein de sa mère. Il ne connait pas l’autre vie, la vie d’après, il se sent bien dans son petit monde, protégé, là il a tout et il n’aimerait pas partir parce qu’il a peur de ce qui vient. Mais le moment de passer arrive. Mais une fois qu’il est né à ce nouveau monde, il ne veut plus retourner où il était avant. Parce que cette nouvelle vie est beaucoup plus belle que celle qu’on a laissée. Mais dans cette nouvelle vie qui nous vivrons après la mort, il n’y aura rien qui nuise à notre joie.

A la Vierge Marie, à qui nous demandons chaque jour de prier à l’heure de notre mort, nous demandons encore une fois, la grâce d’une bonne et sainte mort.

P. Luis Martinez V.E.

Monastère « Bx. Charles de Foucauld »

Institut du Verbe Incarné