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Comment la vie de saint Joseph fut ensuite une vie paisible et heureuse

Nous sommes à Nazareth. La gracieuse bourgade s’abrite dans une petite vallée, entre les collines qui, au nord, ferment la plaine d’Esdrelon. Ses maisons s’étagent pittoresquement sur un contrefort de collines d’où la vue s’étend sur la plaine, sur le mont Carmel et la mer, tandis que, vers le nord, on découvre les cimes neigeuses de l’Hermon. De Nazareth même, l’horizon est moins vaste, il n’offre ni sommets dentelés ni forêts au charme poétique : c’est le recueillement, dans la solitude et la paix – c’est le cadre qui convient à la « vie cachée ».

Après cette Pâque inoubliable, la vie de saint Joseph s’écoula dans le calme, la paix et le bonheur. C’est ce qu’on appelle « la vie cachée à Nazareth ». Ce que l’Évangile nous dit du divin Sauveur, s’entend également de Joseph. Recueillons ces traits et essayons de nous représenter notre saint patriarche pendant cette période de sa vie.

La maison orientale est, d’ordinaire, carrée : elle est bâtie de pierres et de terre glaise, et blanchie à la chaux. Au rez-de-chaussée, quelques chambres servent d’habitation ; au-dessus est une terrasse ; des marches permettent d’y monter de la cour extérieure où l’on voit habituellement un four, une vigne ou un figuier. La cour elle-même est fermée par une muraille ou par une haie.

Telle devait être, à peu près, l’habitation de la Sainte Famille. Une partie de la maison était, semble-t-il, taillée dans le roc ; la partie antérieure était construite en pierres.

Ancienne Synagogue de Nazareth

Tout d’abord, l’Évangile nous dit que les parents de Jésus, comme nous l’avons vu, « allaient tous les ans à Jérusalem, à la fête de Pâque » (Luc, II, 41). Nous voyons, par-là, que la vie de saint Joseph et de la Sainte Famille était une vie de piété et de prière. Chez les Juifs, la vie de la famille était éminemment religieuse. Dès l’entrée de la maison, on voyait un coffret en bois renfermant des textes de la loi écrits sur des bandes de parchemin : en sortant de la maison et en y entrant, on touchait respectueusement de la main ce coffret, à peu près comme on fait pour l’eau bénite dans nos familles chrétiennes. On avait, ensuite, le service religieux à la synagogue. Chaque village possédait une synagogue où, dans une sorte de chœur un peu surélevé, une niche recouverte d’un voile contenait la Sainte Ecriture : les docteurs de la loi occupaient une place d’honneur dans le chœur. C’est là qu’on lisait et qu’on expliquait les Écritures : là qu’on priait en commun et qu’on implorait l’avènement du Messie. Aux jours ordinaires, la famille ne laissait pas d’avoir ses pratiques religieuses. Chaque soir, on se réunissait pour prier ensemble, sous la présidence du père de famille, et nous avons tout lieu de nous représenter saint Joseph, sa journée de labeur achevée, prenant Jésus sur son cœur, priant avec lui, l’élevant entre ses bras pour lui permettre de toucher et de baiser le coffret contenant les sentences de la Loi, ou bien le conduisant à la synagogue et chantant les psaumes avec lui. Plus tard, peut-être, Jésus parvenu à l’adolescence se chargeait-il lui-même, dans ces réunions du soir, d’expliquer avec une profonde sagesse et une aimable modestie les textes de l’Écriture qui avaient été lus à la synagogue. En Marie et en Joseph ses paroles trouvaient un terrain admirablement préparé qui rapportait au centuple. Voilà pour la vie de piété.

L’Évangile nous répète, en outre, à plusieurs reprises, que saint Joseph était charpentier (Matth. XIII, 55 ; Marc. VI, 3). La vie cachée à Nazareth fut donc une vie de travail. Tandis que Marie vaquait aux occupations de l’intérieur, tandis qu’elle cousait ou filait, tandis qu’elle sortait pour faire les petites emplettes nécessaires ou pour puiser, le matin et le soir, de l’eau à la fontaine qu’on voit encore aujourd’hui, saint Joseph travaillait dans son atelier. L’indolence et l’oisiveté étaient choses inconnues de la Sainte Famille. Ici, le peu qu’on mangeait, était gagné par le labeur. Dès que son âge et ses forces le lui permirent, Jésus voulut aider son père nourricier. Heureuses années pour saint Joseph que ces années d’apprentissage où il dut former le Sauveur au travail, puisque le travail rentrait dans le plan de l’Homme-Dieu ! Quel ravissement pour lui ! se tenir aux côtés du divin apprenti, le guider, l’instruire ! Il conduisait la main de Jésus, dirigeait ses premiers efforts, étudiait ses essais. Dans son cœur, quels sentiments d’adoration, de respect, de joie et d’amour, quand sa main reposait ainsi sur la main délicate de Jésus ! Mais rien ne trahissait extérieurement son émotion : il gardait la paix et le recueillement. Il agissait en tout avec une parfaite simplicité : on eût dit que, de toute éternité, il avait l’habitude de commander à un Dieu et de l’instruire. Le zèle, le courage, l’application de son divin élève dont la main s’endurcissait au labeur, lui étaient à lui-même un stimulant à une tâche qui devenait ainsi, en quelque manière, une participation à l’œuvre de la Rédemption.

Les heures de travail étaient interrompues par le repas pris en commun, et Joseph devait trouver une douce consolation dans la pensée que Jésus vivait des fruits de son labeur. Après avoir assisté au service religieux dans la synagogue, Joseph faisait sans doute avec le divin Enfant quelque paisible excursion sur les hauteurs de Nazareth : il lui montrait, au nord, le majestueux Hermon au pied duquel se trouvait Césarée de Philippe ; puis, au-delà, la région du lac gracieux de Génésareth, avec Capharnaüm, Bethsaïde et Magdala ; enfin, la plaine d’Esdrelon avec Naïm et, du côté du Carmel, la mer Méditerranée. En entendant ces noms, Jésus songeait à ces âmes qui l’attendaient en ces lieux ; il pensait aux grandes choses qu’il y accomplirait un jour. Mais ces merveilles étaient encore cachées aux yeux de saint Joseph.

En troisième lieu, l’Évangile, parlant de la Sainte Enfance du Sauveur, nous dit – et ce trait est d’une souveraine importance – que Jésus « était soumis » à ses parents (Luc. II, 51). Voyons-le donc obéissant si volontiers, avec tant de promptitude et de joie, s’empressant si bien de prévenir les moindres désirs qu’on ne pouvait lui faire un plaisir plus grand que de lui commander ou de lui manifester un souhait. Et, cependant, Jésus est la Sagesse de Dieu, il est la Sainteté même ! Mais il vent progresser insensiblement, révéler peu à peu sa sagesse et sa sainteté, passer de l’enfance à l’adolescence, de l’adolescence à l’âge d’homme. Nous pouvons supposer, dès lors, quelles furent la sagesse, la douceur, la calme autorité de saint Joseph dans cette auguste famille dont il était le chef. Il commandait rarement : dans une famille bien ordonnée, on commande peu ; l’ordre établi tient lieu de direction : quant au reste, on lit dans les yeux des parents leur volonté ou leur désir. Joseph commandait avec humilité. La remarque en a été faite : pour les hommes vertueux, commander c’est se mettre à l’école de l’humilité. Que dirons-nous alors de saint Joseph ? Il était appelé à donner des ordres à un Dieu et à la Mère d’un Dieu ! D’autre part, nul ne sait mieux commander que celui qui sait mieux obéir. Et Joseph est l’homme d’une obéissance parfaite, d’une soumission sans réserve à toute autorité, à l’autorité de Dieu surtout. Ses ordres, lorsqu’il en donnait, étaient plutôt une prière. Il servait plus qu’il n’était servi. Aussi, dans son petit royaume, comme dans un véritable ciel, règnent la paix, la joie, le calme, le contentement, l’union, la charité la plus tendre, grâce à la prudence, à l’humilité et à l’amour du chef de la famille.

Enfin, à deux reprises, l’Évangile fait cette remarque : « L’enfant croissait et se fortifiait, étant rempli de sagesse ; et la grâce de Dieu était en lui… Et Jésus croissait en sagesse, en âge et en grâce, devant Dieu et devant les hommes » (Luc, II. 40, 52) Ces quelques mots nous permettent d’entrevoir ce que fut la vie intérieure de saint Joseph, la vie de son âme. Nous pouvons en juger d’après les fruits que son cœur dut recueillir de la continuelle et intime société du Sauveur. La présence de Marie, sa conversation, ses rapports quotidiens avec la plus sainte des créatures, dont un seul regard, une seule parole, la moindre action étaient autant de révélations de la vertu la plus parfaite – c’était déjà de quoi sanctifier une âme, c’était une source de grâce, une constante leçon. Marie, cependant, n’était que la Mère de Jésus, la Mère de Dieu, il est vrai ; mais Jésus seul était Dieu. Et ce Dieu se révélait à Joseph sous les formes les plus aimables et les plus touchantes -sous la forme d’un enfant à qui Joseph tenait lieu de père, dans la confiance et dans l’intimité la plus douce. Veiller sur cet enfant, l’entourer de tous les soins qu’un père prodigue à son fils, le voir grandir, épier la transformation de ses traits, observer les manifestations de sa sagesse et ses progrès dans la première enfance, puis dans l’adolescence et la jeunesse – quel privilège pour notre saint patriarche ! Ce visage de Jésus, miroir sans tache de la beauté, de la sagesse et des mystères de Dieu, il était donné à Joseph de le contempler chaque jour, à chaque heure du jour, d’en admirer l’expression dans les divers événements de la vie, dans l’innocence et l’inconscience du sommeil ; il lui était donné de lire sur ce visage la joie, la charité, le reflet de l’éternel amour, les ardeurs de l’adoration, les extases de la contemplation. Comme les anges, dans un ravissement qui ne cesse jamais, contemplent la face de Dieu, s’abiment dans l’adoration et trouvent à leur amour un perpétuel aliment, ainsi Joseph concentrait toutes ses pensées et toutes les affections de son cœur en ce foyer de toute beauté qu’était le visage du Verbe Incarné.

Il est dit de Marie : « Elle conservait toutes ces choses en elle-même, les repassant en son cœur » (Luc, II, 19) ; c’était toute sa vie : on peut en dire autant de saint Joseph. Il rapportait tout à Jésus, Jésus lui était tout. Ce Sauveur, son fils, son Dieu, son bien souverain, son unique amour – voilà toute sa pensée, toute son occupation, tout son repos, toute sa mission, tout son bonheur ; redisons-le : voilà toute sa vie, à lui qui a l’honneur ineffable de vivre dans l’intimité de Jésus, de porter le nom de père de Jésus, de remplir auprès de Jésus les devoirs d’un père ! Sans doute, à en juger par l’extérieur, la vie de saint Joseph, la vie de la Sainte Famille est toute simple, tout ordinaire, c’est même, si l’on veut, une vie de pauvreté. Mais, au fond, quels trésors de joie et de paix ! Dans ce royaume de Nazareth, nul ne veut commander ; chacun obéit dans l’humilité et l’amour. Où est l’amour, là, et seulement, se trouvent la paix et la joie.

Saint Joseph, dans la Vie de Jésus-Christ et dans la Vie de l’Eglise

R. P. M. Meschler S. I.

Comment saint Joseph perdit le Sauveur à Jérusalem et comment il le retrouva

Après l’orage de la persécution, après les tristesses de l’exil, voici que commence la vie cachée du Sauveur, période de calme, de paisible douceur, de bonheur domestique pour la famille de saint Joseph. Une seule fois cette paix fut troublée, et la souffrance fut poignante, lorsque Jésus eut atteint sa douzième année.

C’était le temps de la Pâque. Déjà, de toutes parts, des feux brillaient durant la nuit sur les montagnes, pour annoncer au loin la fête de la nouvelle lune du mois de Nisan. Les routes étaient encombrées de pèlerins qui se rendaient à Jérusalem pour la grande solennité de la Pâque. Dans les bourgades et les villages on se réunissait en caravane, les hommes formant un groupe, et les femmes un autre, et les vallées retentissaient du chant des psaumes (Ps. CXVIII – CXXXVIII).

Le Sauveur avait douze ans : devenu « fils de la Loi », il devait désormais observer les jeunes prescrits et se rendre à Jérusalem à l’époque des trois grandes fêtes du peuple juif. C’était donc son premier pèlerinage légal à la ville sainte. Les campagnes avaient revêtu leur parure printanière. La joie de tous était grande surtout lorsque, derrière les antiques sanctuaires de Silo et de Bethel, Jérusalem, couronnant les hauteurs, apparut au loin, avec ses murs, ses tours, ses palais, ses coupoles et son Temple. On eût dit une vision du ciel. Les pèlerins recevaient l’hospitalité chez des parents ou des amis, ou bien, à peu de frais, ils trouvaient un abri pour les jours de la fête. La Sainte Famille se conforma à l’usage. Le 14 Nisan, au soir, on mangeait l’agneau pascal ; le 15, le sacrifice solennel se célébrait dans le Temple et tous les hommes devaient paraître. Le soir de ce même jour, en présence du peuple, la première gerbe d’épis d’orge était apportée au Temple, et offerte, le lendemain, en sacrifice, puis consumée. Cette oblation des prémices marquait le commencement de la moisson : les pèlerins pouvaient rentrer chez eux.

Réunis à des Galiléens et à des habitants de Nazareth, Joseph et Marie quittèrent Jérusalem. Le soir, à la première halte, – à Béroth, probablement – le Sauveur ne se trouva point avec eux. Pensant qu’il était avec des parents ou des amis, ils ne s’inquiétèrent pas tout d’abord. Mais quelle douloureuse surprise lorsque, malgré leur attente et leurs recherches parmi les divers groupes, ils ne le découvrirent point et ne purent même recueillir aucun renseignement ! L’inquiétude ne leur permit point de goûter le sommeil. Le lendemain fut encore un jour de tristesse. Ils reprirent la route de Jérusalem, interrogeant tous ceux qu’ils rencontraient, parcourant les rues de la ville, mais, hélas ! sans résultat. L’angoisse devenait plus poignante. Qu’était devenu le divin Enfant ? Que de motifs de craindre, motifs de l’ordre naturel et de l’ordre surnaturel ; expérience du passé, appréhension de l’avenir ! Où donc était Jésus ? Est-ce déjà le glaive prédit par Siméon, et la redoutable prophétie commence-t-elle à se réaliser ? Qui dira leur douleur, leurs soupirs, leurs larmes ? Lors de la fuite en Egypte, ils avaient souffert, sans doute ; mais, du moins, ils possédaient Jésus, Jésus était avec eux. Malgré tout, cependant, ils restent soumis à Dieu, dans la patience et dans l’humilité. Peut-être est-ce leur propre indignité qui les a privés de cette présence bénie ! Et ils remercient Dieu de l’honneur et du bonheur dont ils ont été favorisés jusqu’à présent ; cette pensée même et le regret qui l’accompagne ne font que stimuler leur zèle à rechercher le Sauveur. Que cette fête de la Pâque, commencée avec tant de joie, s’achève tristement !

Ainsi se passent et cette journée, et la nuit, et une partie du lendemain. Enfin, désolés, à bout d’expédients, ils arrivent au Temple.

Tandis que Marie et Joseph le cherchaient, Jésus, obéissant à son Père céleste, avait quitté ses parents d’autant plus facilement que, dans le Temple, comme durant le pèlerinage, les hommes et les femmes formaient des groupes séparés. Peut-être avait-il passé la nuit sur le Mont des Oliviers, ou dans quelque hôtellerie publique, et avait-il mendié sa nourriture. Après le départ de Marie et de Joseph, ou le lendemain, il se trouvait au Temple, et avait pénétré sous le portique ou dans la salle où des docteurs enseignaient et répondaient aux interrogations de leurs auditeurs. Jésus s’assit parmi les disciples ; et parce qu’il parut peut-être plusieurs fois, que le charme de sa personne et la sagesse de ses questions et de ses réponses frappèrent tous les spectateurs, il attira l’attention des docteurs eux-mêmes. Le troisième jour, il était encore là, « et tous ceux qui l’entendaient étaient ravis en admiration » (Luc, II, 47). Les docteurs, quittant la place d’honneur qu’ils occupaient, s’approchaient de lui, prenaient plaisir à l’interroger : ou bien, peut-être, pour mieux l’entendre, l’avaient-ils fait asseoir à leurs côtés. En tout cas, d’après le récit de l’Évangile (Luc, II. 46-47-48), on voit qu’il s’agit d’un fait inaccoutumé, d’une prévenance qui n’était point dans les habitudes des docteurs. Quel était le sujet de la discussion, nous ne pouvons que le conjecturer : peut-être était-il question de l’avènement du Messie. Quoi qu’il en soit, c’était, dans ce sanctuaire de la science, une sorte de révolution : les docteurs recevant les leçons d’un enfant et lui témoignant une déférence respectueuse ! N’y avait-il pas, en cela, une prophétie de l’avenir ?

C’est à ce moment que Marie et Joseph entrèrent, « et ils furent remplis d’étonnement » à ce spectacle (Luc. II, 48). Marie, encore angoissée par la douleur, et heureuse en même temps de retrouver son Enfant bien-aimé, lui dit : « Mon fils, pourquoi avez-vous agi ainsi avec nous ? Voilà votre père et moi qui vous cherchions étant tout affligés » (Luc. II, 48). Le Sauveur se leva et répondit : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il faut que je sois occupé à ce qui regarde le service de mon Père ? » (Luc. II, 49). Il y avait en Jésus une telle majesté, une telle gravité dans ses paroles que Marie et Joseph se renfermèrent dans le silence, saisis d’admiration et pénétrés de respect. Puis Jésus « s’en alla avec eux et vint à Nazareth » (Luc. II, 51).

Il était bien naturel que Marie, dans l’exquise sensibilité de son cœur, manifestât sa peine par les paroles adressées à Jésus. Quant à Joseph, qui observait toujours toutes choses avec une sollicitude paternelle, il semble avoir gardé le silence. Il méditait dans le recueillement le mystère qui venait de se passer. Mystère, en effet, mystère profond ! Jésus abandonne ses parents, il leur cause cette peine cruelle, il les jette dans l’angoisse, quand, jusqu’alors, il leur a témoigné tant d’obéissance ! Mystère ! il se révèle en public, et dans le Temple il attire sur lui tous les regards, quand, jusqu’alors, il a vécu dans l’humilité, dans le silence et l’obscurité. Ce mystère est le prélude et l’annonce de la mission messianique de Jésus, de sa vie publique, pour la manifestation de sa divinité avec des circonstances particulières de pauvreté et de renoncement absolu ; et même, au dire des saints Pères[1], c’est le prélude de l’annonce de sa mort et de sa demeure de trois jours dans le tombeau.

Mais, en même temps, ce mystère nous indique le rôle spécial de saint Joseph, ses rapports avec la vocation messianique de Jésus. Il apparaît ici avec son titre de père légal du Sauveur : Marie lui donne ce nom de père ; elle le nomme avant elle-même. Toutefois, il n’est que le père légal et Jésus, dans sa réponse, parle d’un autre Père ; et l’obéissance à ce Père est son premier devoir, sa mission tout entière. Nous voyons également Joseph associé à la mission messianique du Sauveur dans le chagrin et la souffrance. Tous ici – Marie, Joseph, Jésus lui-même – sont déjà, dans ce mystère, des victimes de cette vocation. Le glaive de Siméon, qui devait, sur le Calvaire, transpercer l’âme de Marie, frappe aussi, en ce jour, le cœur de Joseph.

Enfin, notre saint patriarche est associé aux joies et à l’honneur. Ce mystère constitue une révélation du Sauveur, révélation glorieuse, révélation singulièrement gracieuse parce que, pour la première fois, Jésus se manifeste lui-même en laissant transparaitre quelque chose de sa sagesse divine, quelques traits de sa beauté ; et tel est le charme, que les docteurs de la loi, malgré l’orgueil de leur science et l’opiniâtreté de leur esprit, s’inclinent devant le Sauveur dans son Temple. Quelle joie, quel honneur pour saint Joseph, d’être le père de cet Enfant, d’être auprès de lui le représentant du Père céleste !

Saint Joseph, dans la Vie de Jésus-Christ et dans la Vie de l’Eglise

R. P. M. Meschler S. I.


[1] S. Ambr. Expos. Evang, sec. Lucam (2, 42 etc.) n. 63.