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Ils sont assis au premier poste

Lire l’évangile du dimanche XXXI  (Mt 23, 1-12)

« Jésus s’adressa aux foules et à ses disciples, et il déclara », ces paroles qui sont le début de l’évangile d’aujourd’hui. Si nous faisons un peu de mémoire, les dimanches précédents les textes de l’évangile nous montraient les différents pièges que les ennemis du Christ préparaient contre Lui, et auxquels le Seigneur répondait avec des enseignements sublimes (la monnaie de César, quel était le grand commandement). Mais le Seigneur ne répond plus maintenant à des questions piège, Il s’adresse plutôt à la foule et a ses disciples. Les scribes et les pharisiens n’osaient plus l’interroger et devant les questions posées par Jésus lui-même, ils ne savaient quoi répondre. « Après avoir détruit les argumentations des pharisiens avec sa Gloire et sa Sagesse, dit saint Thomas d’Aquin, maintenant Jésus les confronte d’une façon acérée et forte par rapport à leur justice et leur sainteté de vie ».

Les paroles que le Seigneur adresse étaient dures mais en même temps chargées d’un grand réalisme. Mais nous serions des véritables insensés si nous n’appliquions ce discours qu’aux pharisiens sans l’étendre dans le temps à l’Eglise vers ses membres. En fait, comme l’écrit Origène, le Seigneur ne s’adressait pas aux pharisiens, mais à la foule et à ses disciples. Et pour cela la clé d’interprétation nous devons la chercher dans la première lecture de ce jour : « Maintenant, prêtres, à vous cet avertissement ». Ainsi, il est très difficile pour un prêtre de parler à ses fidèles de ce qu’il doit lui-même accomplir ou plutôt de ce dont il doit se garder et protéger.

Saint Thomas d’Aquin, lorsqu’il fait le commentaire de cet évangile dit clairement que le Seigneur s’adresse à tous les prélats, nous savons que le mot « prélat » signifie tous ceux qui sont dans les ordres, depuis le pape jusqu’au dernier jeune qui se prépare pour devenir prêtre, ce sont eux qui en fait sont et seront les dirigeants de l’Eglise, les pasteurs.

Mais avoir un « poste » (il vaut mieux dire une « charge », parce que cela implique une grande responsabilité) dans l’Eglise fait que l’orgueil humain parfois rentre dans l’âme et devienne de la vaine gloire (une gloire qui n’a pas de sens, parce que la vraie gloire appartient à Dieu seul), Saint Jean Chrysostome disait « enlève la vaine gloire du clergé et sans travail (sans effort) tu supprimeras tous les autres vices ».

Et pour quoi le Seigneur fait-il ce discours regardant les fidèles et non pas seulement les apôtres ? Pour quoi la foule d’autres disciples devait-elle aussi écouter ses paroles ? Tout d’abord parce que le clergé sera toujours à la tête de la communauté chrétienne, le Seigneur veut donc avertir les fidèles et les prévenir pour qu’ils ne tombent pas dans ces mêmes défauts. Mais il y a une deuxième raison, pour que les fidèles prennent garde et se protègent contre les supérieurs qui tombent dans ces défauts et ces vices, ces supérieurs qui devraient avoir été des défenseurs mais qui sont devenus des motifs de scandale.

Le premier but de Jésus c’est d’instruire ses disciples par rapport aux vices de la secte des pharisiens, pour leur démontrer la malice de leur conduite, ils se sont assis sur la chaire de Moïse, mais avec l’intention d’en profiter pour leur propre gloire. Le Seigneur apprend aux disciples à leur obéir en ce qu’il faut leur obéir, mais avec prudence et discernement.

Nous devons signaler aussi qu’au début du discours l’évangéliste utilise un verbe que nous traduisons par  le mot « déclarer », mais qu’il est plus fort en grec et en latin, le verbe à l’origine veut dire que le Seigneur avait en lui la disposition de ne rien se taire et de tout dire par rapport à eux, de démasquer enfin toute la malice des pharisiens et le danger que cela impliquerait pour les disciples et pour l’Eglise dans le futur.

Un commentateur a dit que le pharisaïsme est entré après dans l’Eglise chez beaucoup de ses membres au long de l’histoire, c’est comme le vice de la véritable religion toujours prêt à envahir l’âme de ses membres. En fait, il disait aussi que selon les évangiles le pharisaïsme descend en 7 degrés vers le mal : le premier, la religion devient extérieure et ostentatoire ; le second, elle tombe dans la routine et se fait comme un office (sans vie) ; le troisième la religion devient un business (dont le but c’est l’argent) ; le quatrième, elle se transforme en un moyen pour avoir le pouvoir et de l’influence pour dominer les autres ; le cinquième, automatiquement les pharisiens commencent à détester ceux qui sont des religieux authentiques ; le sixième, c’est la persécution contre ceux qui vivent bien la religion et finalement en septième, c’est le sacrilège et l’homicide (déicide dans le cas de Jésus).

Revenant à l’évangile, saint Thomas explique que si les pharisiens prêchaient et sans rien dire d’autre, ce serait une chose. Mais ils ne s’arrêtent pas à cela, ils imposent aux autres de dures charges qu’ils ne peuvent pas porter, ce qui est un manque de discernement, car ils écrasent les faibles. Et de plus ils abusent des autres car comme dit l’évangile « ils imposaient » marquant l’abus qu’ils faisaient sur les fidèles.

Cette vaine gloire des pharisiens que nous avons énoncée plus haut peut consister toujours selon Saint Thomas en trois notions: la première c’est la primauté sur les autres, la deuxième de se faire donner de la révérence et la troisième, l’excellence du nom, la renommée (laus nominis). L’on cherche soit l’une des trois soit les trois ensembles.

Le Seigneur dit en effet qu’ils aiment les places d’honneur dans les dîners, aimer dans le sens de s’attacher, et cela on peut l’appliquer au fait de s’accrocher à l’autorité. Il ne fait pas trop référence à l’endroit physique, parce qu’il y a ceux qui sont aux premiers postes mais qui se considèrent les derniers dans le cœur. Mais il existe aussi à l’inverse, ceux qui se mettent avec les gestes ou la prédication à la dernière place pour faire de la démagogie, et pour que les gens disent « regarde, qu’il est humble cet évêque ou ce prêtre », dans le cœur continue saint Thomas, ils sont assis au premier poste.

D’autres cherchent, la primauté dans les lieux sacrés, l’Eglise ; pour pouvoir faire passer la doctrine qu’ils aiment, nous pouvons dire qu’ils sèment l’idéologie  et pas la bonne semence de l’Evangile.

Lorsqu’il dit aussi qu’ils veulent se faire appeler Rabbi, il peut signifier qu’ils veulent se procurer la renommée, une excellence du nom, étant toujours un geste de vanité.

Mais nous devons dire également que le mal peut venir des guides de l’Eglise, lorsqu’ils utilisent l’autorité pour semer l’erreur dans le cœur des gens. Aujourd’hui nous écoutons avec une grande douleur beaucoup de voix qui parlent de l’évolution des dogmes, de la mise à jour l’évangile, d’en finir avec la pensée de l’Eglise du Moyen-Âge ; l’objectif en fin de compte étant d’enlever de l’Eglise l’esprit de l’Evangile, chose impossible, mais qui fait beaucoup de mal à un grand nombre de chrétiens.

Pour ces mauvais pasteurs, on peut appliquer la phrase de la première lecture du prophète Malachie : Vous vous êtes écartés de la route, vous avez fait de la Loi une occasion de chute pour la multitude, vous avez détruit mon alliance. À mon tour je vous ai méprisés, abaissés devant tout le peuple, puisque vous n’avez pas gardé mes chemins, mais agi avec partialité dans l’application de la Loi.

Pour conclure, nous devons savoir que le pouvoir spirituel donné par Dieu aux évêques et aux prêtres est tellement grand que la tentation de la recherche de la gloire est aussi grande et toujours présente. Ce pouvoir consiste essentiellement en la conversion du pain et du vin dans le Corps et le Sang de Notre Seigneur, à pardonner les péchés et conférer la grâce à travers les autres sacrements. Saint Joseph Cafasso disait qu’il suffit qu’un prêtre fasse un tiers de ce qu’il doit faire pour les gens le considèrent comme un saint.

Nous devons donc prier pour que tous les prélats accomplissent de la meilleure manière leur vocation d’abord pour leur bien et pour le bien de tous les fidèles. En plus, sachons discerner, accomplissons la loi de Dieu et n’imitons pas les mauvais exemples ; ne nous habituons pas non plus au mal, à le regarder sans rien faire et vivons le mieux que possible notre foi.

Cette grâce nous la demandons à la très Sainte Vierge Marie.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

 

Notre verre d’eau…

Lire l’évangile du treizième dimanche du temps ordinaire (Mt 10, 37-42)

Dans l’évangile de ce dimanche, nous contemplons Notre Seigneur qui s’adresse à ses apôtres, ce n’est pas un discours ou un sermon dirigé vers la foule, mais orienté plutôt aux apôtres.

Le Seigneur décrit quelles sont les conditions pour se considérer un véritable apôtre et disciple du Seigneur.

De fait, ce sont trois regards de foi qui sont présentés par le Seigneur sur l’apostolat.

  • Le premier, c’est la primauté de l’amour de Dieu sur tout autre amour dans ce monde, cet amour qui donne l’ordre aux autres amours.

Comme disciples du Christ l’amour pour Dieu doit occuper le sommet de tous les amours authentiques et il doit les ordonner comme but.

  • Le deuxième regard de foi est celui que nous devons avoir devant les épreuves, la croix. Comme disciples du Christ nous devons accepter et embrasser la croix du Christ dans nos vies.
  • Le troisième regard de foi est celui que nous devons porter devant ceux qui représentent Dieu dans ce monde. Pour être un prophète, pour être juste c’est Dieu qui donne la vocation comme tel.

Nous allons donc parler de ces trois regards aujourd’hui.

Tout d’abord, la primauté de l’amour de Dieu sur tout autre amour dans ce monde. Celui qui aime son père ou sa mère son fils ou sa fille plus que Moi n’est pas digne de Moi.

Cette expression pourrait nous effrayer, parce que parmi les amours de ce monde, le plus sublime, celui qui nous rend le plus semblable à Dieu est celui de la famille. Vaut ici la belle remarque que fait à ce propos saint Jérôme : « Le Seigneur ne défend pas d’aimer son père ou sa mère, mais il ajoute d’une manière expressive : ‘plus que Moi’ ».

Nous devons savoir que cela implique la grâce d’aimer toutes les créatures en Dieu et par l’amour de Dieu, aimer Dieu en toute créature et aimer toute créature en Dieu. Cela signifie que si nous aimons notre famille et nos amis en Dieu, nous voudrions qu’ils accomplissent pleinement la volonté de Dieu, que Dieu guide leur vie vers la vie éternelle. Et que les autres (les amis, la famille) ne soient pas un obstacle pour que la volonté de Dieu se réalise dans nos vies.  Nous pouvons nous rappeler le grand enseignement de Saint Ignace de Loyola : « si une créature dans ce monde me conduit à Dieu, elle est bonne pour ma sanctification, mais si une créature m’éloigne de Dieu ou me détourne de Lui, je dois m’en dégager, c’est dire m’éloigner d’elle. »

Et c’est pour cela qu’il est très utile de nous demander s’il existe en nous un amour désordonné ou bien si l’amour de Dieu n’est pas au sommet de tous nos amours, mais aussi de faire un bon examen de conscience et voir si nous ne sommes pas parfois un obstacle à ce que les autres aiment véritablement Dieu et accomplissent pleinement et parfaitement la volonté de Dieu dans leurs vies.

Le deuxième regard de foi, comme on l’a déjà dit plus haut, est celui que nous devons avoir devant la croix. Celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. La croix se présente dans nos vies de différentes manières et le disciple du Christ se révèle dans la façon dont il accueille et embrasse cette croix. Elle peut se présenter comme une maladie, comme des problèmes d’ordre familial, des incompréhensions, des tribulations, des tentations.

Laissons ce grand saint crucifié qu’était le Padre Pio (à qui Jésus avait fait participer de manière visible sa Passion, lui donnant les stigmates) nous apprendre un peu la valeur de la croix dans nos vies. Il écrivait à l’une de ses dirigées spirituelles : « Prends patience et sois assurée que ces difficultés et ces souffrances ne sont pas un châtiment à causes de tes iniquités, tu n’es pas une impie et tu n’es pas aveuglée par la malice non plus ; tu fais partie de ses âmes élues que Dieu éprouve comme l’or dans le feu. Celle-là est la vérité et si je disais le contraire, je ne serais pas sincère avec toi et en plus, un menteur. »

Et dans une vision c’est le même Jésus qui a dit au père Pio : « Combien de fois tu m’aurais abandonné, mon fils, si je ne t’avais pas crucifié » et aussi dans une autre révélation : « Sous la croix on apprend à aimer et je ne la donne pas à tous, sinon seulement aux âmes que j’aime le plus »

Alors, nous parlerons maintenant du troisième regard de foi, qui est celui que nous devons porter devant ceux qui représentent Dieu dans ce monde.

La première pensée qui peut se présenter à nous c’est de dire que malheureusement aujourd’hui certains de ceux qui doivent représenter Dieu dans ce monde ne le font pas bien. Alors, il serait injuste de considérer que ces « certains » sont « beaucoup » ou bien « tous », et qu’ils constituent la plus grande partie des représentants de Dieu dans ce monde. Comme on dit chez nous, il n’est pas bien de les mettre tous dans le même sac.

D’abord, on ne peut pas cacher qu’il y a dans notre monde des gens qui appartiennent physiquement et nominalement à l’Eglise, mais qui sont infidèles à ce que Jésus leur a commandé et ils sont loin d’être des modèles et des guides pour les autres chrétiens. Cela est plus grave encore, si à la place de faire du bien, ils ont fait du mal aux âmes, suscitant le scandale et même que des gens de foi simple s’éloignent de l’Eglise Catholique.

Quel doit être notre regard de foi sur ce problème ? D’abord, comme on a dit, Jésus parle dans cet évangile aux apôtres, et pensons que parmi les apôtres, il y en avait un qui allait le trahir, le vendre quelques années après. L’évangile nous dit qu’au moment où le Seigneur avait choisi les douze apôtres, Il avait passé tout une nuit sur la montagne, en prière. Mais malgré cela et tout ce que le Seigneur a fait pour lui, Judas Iscariote a mal utilisé sa liberté pour permettre que le diable rentre chez lui et qu’il finisse par livrer le Seigneur aux mains de ses ennemis. Parfois, les élus de Dieu, ceux que Dieu a choisis peuvent Le trahir.

Mais, nous, les chrétiens, nous devons reconnaître qu’on ne juge pas quelque chose par ceux qui ne le vivent pas, mais bien par ceux qui le vivent. A la place de se concentrer sur le cas de Judas, les premiers chrétiens se sont concentrés sur les onze autres apôtres, dont dix avaient aussi abandonné le Seigneur dans la Passion mais qui étaient revenus pour continuer son œuvre, l’Eglise. Et grâce à la prédication, au travail, aux miracles, aux souffrances et à l’amour de ces onze qui sont restés fidèles à l’Evangile, le Christ a été annoncé dans le monde entier.

Mais, les médias ne vont jamais prêter attention à ces onze « bons apôtres » que Jésus a choisis et qui sont demeurés fidèles, qui ont vécu une vie silencieuse et de sainteté, des prophètes et des justes.

De mauvais chrétiens parlent de la fin de l’Eglise à cause de tout ce que les médias montrent aujourd’hui, voire de trop exagérer les scandales. Ils oublient qu’au long de l’histoire l’Eglise a souffert bien pire, malheureusement le scandale n’est pas quelque chose de nouveau parmi les membres de l’Eglise. Mais, quand elle sombrait au milieu des plus grandes tempêtes, Dieu a envoyé de grands saints qui ont su reconduire l’Eglise vers sa véritable mission. C’est comme si dans ce moment d’obscurité, la lumière du Christ avait brillé plus intensément.

Un grand saint, qui a vécu dans ce moment le plus difficile dans l’histoire de l’Eglise, à cause de ceux qui de par leur vie faisaient un contre témoignage de l’évangile, Saint François de Sales disait : « Ceux qui commentent ce type de scandale sont coupables d’un meurtre spirituel (ils sont des homicides spirituels), détruisant la foi en Dieu des autres personnes avec leur très mauvais exemple ». Et le saint avertissait après ses fidèles : « mais moi qui suis parmi vous aujourd’hui, je vais vous éviter un mal encore pire, si eux sont coupables de meurtre spirituel, ceux qui se laissent entrainer par leurs mauvais exemples et permettent que cela détruise leur foi, ils sont coupables d’un suicide spirituel, car ils se coupent de la vie de Christ qui vient par les Sacrement, spécialement par l’Eucharistie ».

La meilleure façon de combattre les scandales, de défendre l’image de notre Eglise, c’est de rester lui fidèles, de travailler sérieusement pour notre sanctification.

Voilà le verre d’eau que Dieu nous commande de donner, c’est notre prière sincère pour l’Eglise et pour les membres de l’Eglise, pour que le prophète soit toujours prophète, et pour que le juste soit toujours juste.

Que la Vierge Marie donne cette grâce à l’Eglise.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné