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Il devient tellement l’un de nous que nous devenons éternels. »

Homélie du Jour de Noël (Jn 1, 1-18)

Le jour de Noël, l’Eglise nous fait méditer le prologue de l’évangile de saint Jean, en quelques mots l’évangéliste nous décrit l’histoire d’Amour de Dieu envers l’humanité : « Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme. Il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom.  Et le Verbe s’est fait chair, Il a habité parmi nous, et nous avons vu Sa gloire. Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître ».

«Le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous.» Et saint Augustin demande : « Est-il étonnant que vous puissiez devenir fils de Dieu, quand pour vous le Fils de Dieu est devenu Fils de l’homme? S’il s’est abaissé, ne peut-il nous élever ? S’il est descendu jusqu’à nous, est-il impossible que nous montions jusqu’à lui? Il s’est assujetti à notre mort, ne saurait-il nous donner sa vie? Pour toi il a enduré les maux qui t’étaient dus, ne pourra-t-il te communiquer les biens qui lui appartiennent? » (Sermon 119)

En effet, par l’Incarnation du Fils de Dieu, nous sommes conscients que Dieu a pris sur lui notre humanité, faible et affectée par le péché, mais qu’à travers le fait de devenir l’un de nous, Il a aussi guéri cette chair en nous donnant le bien sublime de monter jusqu’à lui.

Pour toi, je le répète, Dieu s’est fait homme, dit encore saint Augustin dans une autre homélie. « Tu serais mort pour l’éternité, s’il n’était né dans le temps. Tu n’aurais jamais été libéré de la chair du péché, s’il n’avait pris la ressemblance du péché. Tu serais victime d’une misère sans fin, s’il ne t’avait fait cette miséricorde. Tu n’aurais pas retrouvé la vie, s’il n’avait pas rejoint ta mort. Tu aurais succombé, s’il n’était allé à ton secours. Tu aurais péri, s’il n’était pas venu » (Office de lecture du 24 décembre).

Saint Jean dit que le Verbe de Dieu s’est fait chair et on peut se poser la question comme beaucoup de pères de l’Eglise l’ont aussi posée : pour quoi dire chair et pas dire « homme » ?

La parole « chair », nous apprend le pape Benoît (Audience, 9/01/13), selon l’usage juif, indique l’homme dans son intégralité, tout l’homme, mais précisément sous l’aspect de sa caducité et temporalité, de sa pauvreté et contingence. Cela pour nous dire que le salut apporté par Dieu qui s’est fait chair en Jésus de Nazareth touche l’homme dans sa réalité concrète et dans toutes les situations où il se trouve. Dieu a assumé la condition humaine pour la guérir de tout ce qui la sépare de Lui, pour nous permettre de l’appeler, dans son Fils unique, par le nom d’« Abba, Père », et être véritablement fils de Dieu. Saint Irénée affirme : « C’est la raison pour laquelle le Verbe s’est fait homme et le Fils de Dieu, Fils de l’homme : afin que l’homme, en entrant en communion avec le Verbe et en recevant ainsi la filiation divine, devienne fils de Dieu »

Le Concile œcuménique Vatican II affirme : « Le Fils de Dieu… a travaillé avec des mains d’homme, il a pensé avec une intelligence d’homme, il a agi avec une volonté d’homme, il a aimé avec un cœur d’homme. Né de la Vierge Marie, il est vraiment devenu l’un de nous, en tout semblable à nous, hormis le péché » (Const. Gaudium et spes, n. 22). Il est alors important de retrouver l’émerveillement face à ce mystère, de nous laisser envelopper par la grandeur de cet événement : Dieu, le vrai Dieu, Créateur de tout, a parcouru comme homme nos routes, en entrant dans le temps de l’homme, pour nous transmettre sa vie même (cf. 1 Jn 1, 1-4). Et il l’a fait non pas avec la splendeur d’un souverain, qui assujettit le monde par son pouvoir, mais avec l’humilité d’un enfant.

Le pape Benoît signalait aussi un autre aspect à contempler dans l’Incarnation de Notre Seigneur :

« Le fait de l’Incarnation, de Dieu qui se fait homme comme nous, nous montre le réalisme inouï de l’amour divin. L’action de Dieu, en effet, ne se limite pas aux paroles, nous pourrions même dire qu’Il ne se contente pas de parler, mais il se plonge dans notre histoire et assume en lui la fatigue et le poids de la vie humaine. Le Fils de Dieu s’est fait vraiment homme, il est né de la Vierge Marie, en un temps et en un lieu déterminés, à Bethléem sous le règne de l’empereur Auguste, sous le gouverneur Quirinius (cf. Lc 2, 1-2) ; il a grandi dans une famille, il a eu des amis, il a formé un groupe de disciples, il a instruit les apôtres pour continuer sa mission, il a terminé le cours de sa vie terrestre sur la croix.

Cette manière d’agir de Dieu est un puissant encouragement à nous interroger sur le réalisme de notre foi, qui ne doit pas être limitée au domaine du sentiment, des émotions, mais doit entrer dans le concret de notre existence, doit toucher par conséquent notre vie de tous les jours et l’orienter aussi de manière pratique. Dieu ne s’est pas arrêté aux paroles, mais nous a indiqué comment vivre, en partageant notre propre expérience, à l’exception du péché. Le catéchisme de saint Pie X avec la concision qui le caractérise, à la question : « Pour vivre selon Dieu, que devons-nous faire ? », donne cette réponse : « Pour vivre selon Dieu, nous devons croire les vérités révélées par Lui et observer ses commandements avec l’aide de sa grâce, qui s’obtiennent à travers les sacrements et la prière ». La foi a un aspect fondamental, qui intéresse non seulement l’esprit et le cœur, mais toute notre vie.

En se faisant chair dans notre chair le Fils de Dieu nous a donné aussi la possibilité de Le toucher et de Le voir, Dieu n’est plus loin de nous (comme certains imaginent), Il est proche, Il est avec nous, partageant notre vie, Il comprend ce qu’est la souffrance, la douleur, la tentation, la fatigue, Il se réjouit avec un cœur d’homme.

De façon très belle saint Thomas explique cet aspect du mystère de l’Incarnation aux fidèles. « Nous connaissons par l’ouïe le verbe proféré par la voix, et cependant nous ne le voyons pas et nous ne le touchons pas; mais si ce verbe nous l’écrivons sur un papier, alors nous pouvons le toucher et le voir. Ainsi le Verbe de Dieu s’est fait, lui aussi, et visible et tangible, lorsqu’il s’inscrivit en quelque sorte dans notre chair. Et de même que le papier sur lequel est inscrite la parole du roi, nous l’appelons la parole du roi, de même l’homme auquel est uni le Verbe de Dieu dans une seule personne, nous le nommons le Fils de Dieu. 

C’est aussi la belle pensée que nous donne le bx. Charles de Foucauld, faisant dire à l’Enfant Jésus ces paroles : « Désormais, vous pourrez me voir, me toucher, m’écouter, me posséder, me servir, me consoler. A ma naissance, je suis entre vos mains pour y être jusqu’à la fin des temps. »

Cela est aussi confirmé pour la liturgie de ce jour dans la préface de Noël :

« Par lui s’accomplit en ce jour
l’échange merveilleux où nous sommes
régénérés :
lorsque ton Fils prend la condition de
l’homme,
la nature humaine en reçoit une
incomparable noblesse ;
il devient tellement l’un de nous
que nous devenons éternels. »

Demandons la grâce de vivre ce mystère de l’Incarnation dans notre vie, Jésus s’est fait l’un de nous pour nous aider à vivre selon Dieu.

P. Luis Martinez IVE.

« Et nous avons vu sa gloire! »

La liturgie propose à notre méditation une partie de l’Évangile de saint Jean, le Prologue de son évangile.

L’Église nous invite à contempler le mystère du Noël, du Christ, pour saisir encore d’avantage la signification profonde de ce mystère et son importance pour notre vie.

Mais, la liturgie utilise un texte vraiment admirable, qui offre une synthèse vertigineuse de toute la foi chrétienne. Il part d’en-haut, arrive à l’incarnation, qui a comme finalité la salut de tous les hommes, le texte dit plus précisément «il a nous donné de pouvoir devenir enfants de Dieu »

  1. Il part d’en-haut : « Au commencement était le Verbe, la Parole de Dieu, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu » (Jn1, 1) ;
  2. La phase «Au commencement était le Verbe» nous parle de L’éternité, du verbe du Logos :

« Au commencement » cette phase nous parle du principe du temps, mais le Logos était déjà.

Dans cette phrase « au commencement » nous contemplons aussi  un lien, une relation au livre de la genèse, que nous allons reprendre plus tard.

Le verbe « être » que Saint Jean utilise, est à l’imparfait. Le temps imparfait soit en la langue grecque, soit dans d’autres langues, comme le français, l’espagnol, etc. nous parle des actions qui ne finissent pas. C’est-à-dire que le verbe être à l’ imparfait nous parle aussi de l’éternité.

  1. Le texte tout à coup nous dit : « le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu » En faisant référence à la Trinité : « le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu »

Et le Verbe (Le Logos) était auprès de Dieu (Dieu le Père)
nous voyons ici la distinction de personne entre le père et le Fils, et en même temps l’affirmation de la divinité du Verbe, c’est-à-dire du Fils.

« Et le Verbe (Le Logos) était Dieu ».

  1. Le verbe est créateur, il n’est pas créature : « C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui. »

Créateur : Celui qui donne l’être.

Il y a aussi une remarque qui perfectionne notre notion de création, en relation à l’agir de Dieu. Dieu, comme cause première, parfaite et intelligente, agit par son intelligence, c’est-à-dire par son verbe. Comme un architecte, lorsqu’il démarre son projet, il l’élabore tout d’abord par son intelligence, et après agit par la volonté et par sa puissance. De la même manière, mais d’une façon infiniment plus parfaite, Dieu Créateur agit par son Verbe, par sa sagesse infinie, par son Fils, et après agit par sa volonté par son amour, « L’esprit d’amour »

  1. Le texte donne d’autres caractéristiques du Verbe de Dieu. Mais en remarquant que chaque caractéristique s’identifie avec le verbe, et qu’il donne ces caractéristiques aux créatures.

Le texte dit : « Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. » « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. »

Le Verbe est lumière, lumière qui est plus force que toutes les ténèbres que l’on pourrait imaginer.

  1. Et voilà la nouveauté étonnante et qui est humainement inconcevable : « Le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous » (Jn1, 14a).

Il ne s’agit pas d’une figure de rhétorique, mais d’une expérience vécue ! Saint Jean est le témoin oculaire, qui rapporte cette nouveauté : « Nous avons vu sa gloire, dit-il, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité » (Jn 1, 14b).

Nous nous arrêtons sur le mot « chair ». Ici, la parole « chair », selon l’usage juif, indique l’homme dans son intégralité, tout l’homme, mais précisément sous l’aspect de sa caducité et de sa temporalité, de sa pauvreté et de sa contingence.[1]

De ce mot naît un autre, « Incarnation », Incarnation dérive du latin « incarnatio» Saint Ignace d’Antioche — à la fin du premier siècle — et, surtout, saint Irénée, ont utilisé ce terme en réfléchissant sur le Prologue de l’Évangile de saint Jean, en particulier sur l’expression que nous sommes en train de considérer: « Et le Verbe s’est fait chair » (Jn 1, 14).

Cette expression nous parle de comment la rédemption du Christ touche tous les hommes : Le Pape Benoit XVI disait « le salut apporté par Dieu qui s’est fait chair en Jésus de Nazareth touche l’homme dans sa réalité concrète et dans toutes les situations où il se trouve.[2] »

Cette expression nous parle du pouvoir de l’amour de Dieu : « Le Verbe s’est fait chair » est l’une de ces vérités à laquelle nous sommes tant habitués, et parfois nous ne le remarquons pas. En effet, au cours de cette période de Noël, cette expression revient souvent dans la liturgie. « Et c’est quelque chose d’absolument impensable, que seul Dieu pouvait opérer et que nous ne pouvons pénétrer que par la foi ». Le Logos, qui est auprès de Dieu, le Logos qui est Dieu, le Créateur du monde (cf. Jn 1, 1), pour lequel furent créées toutes les choses (cf. 1, 3), qui a accompagné et accompagne les hommes dans leur histoire avec sa lumière (cf. 1, 4-5 ; 1, 9), devient un parmi les autres, prend demeure parmi nous, devient l’un de nous (cf. 1, 14)

  1. Et pour finir nous considérons : Le verbe, « Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu » (Jn 1, 11)

D’une certaine façon le Verbe, révèle aux hommes la hauteur de sa vocation. Le concile Vatican II dit: je cite« … Le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné… Nouvel Adam, le Christ, dans la révélation même du mystère du Père et de son amour, manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation » (Const. Gaudium et spes, n. 22)

Maintenant nous allons répondre au principe du texte : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. »

L’évangéliste, comme nous avons dit, fait clairement allusion au récit de la création qui se trouve dans les premiers chapitres du Livre de la Genèse et l’évangéliste nous invite à relire le texte de la genèse à la lumière du Christ. Il s’agit d’un critère fondamental dans la lecture chrétienne de la Bible : l’Ancien et le Nouveau Testament doivent toujours être lus ensemble et, à partir de la lumière du Christ.[3] Mais aussi Un critère fondamental dans la lecture chrétienne de la Bible, un critère pour lire les événements, les événements de notre vie, et chaque moment de notre vie. « Le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné »

Et pour cela nous devons grandir dans la connaissance de ce grand Mystère : « Le Verbe, le logos qui se fait homme »

« Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde… Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom. »

Saint Jean attiré par Jésus de Nazareth, pendant les trois années de vie commune avec Lui et avec les autres apôtres, a connu (fit l’expérience de son) l’amour – au point de s’auto définir « le disciple que Jésus aimait » [4]

Nous sommes appelés à vivre dans la lumière, à vivre l’amour que le Verbe de Dieu nous a révélé. A vivre comme le Christ. « Il a assumé notre humanité pour nous donner sa divinité. » «  Il s’est rendu visible à nos yeux pour nous entraîner à aimer ce qui demeure invisible. »[5]

P. Andrés Nowakowski V. E.

Monastère « Bx. Charles de Foucauld »

[1] Benoit XVI Audience 9 janvier 2013

[2] Benoit XVI Audience 9 janvier 2013.

[3] Benoit XVI. Audience 9 Janvier 2013.

[4] Benoit XVI. Audience 9 janvier 2013.

[5] I Préface de la Nativité