« Abondance de paix pour ceux qui aiment ta loi »

Lire l’évangile du dimanche XXVI (Mc. 9, 38-48)

Ah ! Si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux ! »C’était le souhait de Moïse, nous l’avons entendu il y a quelques instants dans la première lecture. Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux ! Voyons que c’est un désir, pas une réalité accomplie, comme nous devons avoir aussi le désir que beaucoup d’autres reçoivent l’Esprit de Dieu.

Le texte de l’évangile de ce dimanche commence par une situation semblable à celle de la première lecture et l’évangéliste y ajoute deux autres enseignements du Seigneur, donnés peut être ce même jour ou dans un autre moment mais qui sont en étroite relation.

Le premier d’abord, Jean, le plus jeune des apôtres voit quelqu’un faire un exorcisme au nom de Jésus et vient le raconter en demandant simultanément de l’en empêcher, au centre de la réponse du Seigneur nous trouvons ces paroles : Celui qui n’est pas contre nous, est pour nous. C’est-à-dire qu’en fin de compte il nous aide, il fait le plan de Dieu, même s’il ne fait pas encore partie du groupe des apôtres ou disciples ; il est un instrument de Dieu dans cette situation concrète.

Juste après, il y l’autre enseignement : celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense. C’est-à-dire parce que vous êtes disciples du Christ.

Nous pouvons dire dans ce cas que Dieu aura envers lui une attention particulière. Le Seigneur donne une récompense, on ne peut pas conclure tout de suite que cela signifie le Ciel. C’est Dieu seulement celui qui sait comment bénir ces œuvres de charité.

Nous disons cela parce qu’il y a parfois une tendance erronée à dire qu’une personne tant qu’elle fait le bien est déjà prête pour entrer au Ciel et cela vaut pour tous (n’importe quelle religion).

Il faudrait penser plutôt que ces actes de charité  servent à  faire cheminer leurs acteurs vers la Vérité tout entière, qui est le Christ. Je dois donc me réjouir que ces gens qui ne connaissent pas Jésus-Christ fassent de bonnes œuvres et en même temps je dois prier pour que cela les conduise à découvrir pleinement la Vérité. Tandis que moi aussi en tant que chrétien je suis obligé de travailler pour grandir dans la connaissance de Jésus, et de montrer par mes actes la foi en Jésus-Christ et l’amour que j’ai pour Lui.

Parlons maintenant de la troisième partie de l’évangile d’aujourd’hui, le Seigneur nous parle du scandale, on peut dire que le Seigneur est très dur dans ses paroles, mais ce qu’il faut dire c’est qu’Il est extrêmement réaliste, parce que la vie corporelle ou une partie de notre corps valent infiniment moins que le salut éternel. Encore pire, lorsque nous sommes la cause que d’autres perdent la vie éternelle à cause d’un péché.

Le fait d’attacher la pierre d’un moulin de blé au cou pour le jeter à la mer, veut indiquer qu’il est vraiment impossible de se sauver de ce châtiment, il s’agissait de ces grosse pierres en forme de roue pour pouvoir la faire tourner et écraser les grains, qui pesait environ une tonne et demie.

Quant à couper une partie du corps parce qu’elle constitue une cause de péché, cela ne doit pas nous surprendre non plus. Si nous comparons la médecine, où parfois l’on ampute une partie du corps pour sauver la vie d’une personne si cela est possible (et nous en serons même d’accord), alors a fortiori lorsqu’il s’agit de la vie éternelle.

Une autre précision, l’enfer est qualifié de « géhenne » là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas. Dans l’histoire du peuple d’Israël un roi impie, Achaz avait institué dans cet endroit (hors de la ville de Jérusalem) un lieu de sacrifice d’enfants en l’honneur du dieu du feu, Hinnom, d’où cette vallée était connue comme Guei ben Hinnom, Vallée des Fils de Hinnom, ce nom étant devenu ensuite en grec  Géhenne. Le temps passant, les juifs ont fait de cet endroit le lieu pour déposer et bruler les ordures de la ville, en signe de mépris à cause des abominations commises dans le passé. Et dans cette poubelle le feu ne s’éteignait littéralement jamais et le ver de la putréfaction n’y mourait jamais non plus.

Alors, le Seigneur parle de « scandale » et nous allons parler brèvement de la signification du scandale dans le sens théologique : S. Jérôme le définit « comme un acte ou une parole dite par quelqu’un et qui fournit (ou constitue pour autrui) une occasion de chute. »

Saint Thomas d’Aquin y ajoute que la personne victime d’un scandale est celle qui subit un certain ébranlement de l’âme à l’égard du bien.

Ainsi le mot scandale, d’après S. Jérôme, vient du grec « scandalon » et signifie «faux pas », chute ou heurt du pied « .

Il arrive parfois en effet qu’un obstacle se présente sur le chemin et qu’en le heurtant on s’expose à tomber. Cet obstacle est appelé scandale. Pareillement il arrive qu’au cours de l’itinéraire spirituel, les paroles et les actions d’autrui exposent à la chute spirituelle dans la mesure où cet autre, par ses conseils, ses suggestions ou son exemple, entraîne au péché.

C’est proprement cela qu’on appelle scandale. Or, rien en raison de sa nature propre, n’expose à la chute spirituelle, sinon le défaut de rectitude, c’est-à-dire le fait de corrompre la bonté d’une chose et de devenir ainsi une occasion de péché pour quelqu’un. Voilà pourquoi cette définition du scandale est bonne :  » Une parole ou un acte peu régulier offrant une occasion de chute. « 

Alors, faisons attention à ne pas dire  » qui offre une cause de chute «  mais  » qui offre une occasion  » parce que les paroles, les actes ou les désirs d’un autre ne peuvent être qu’une cause imparfaite de péché, conduisant plus ou moins à la chute. Parce que personne ne peut nous obliger à commettre un péché, le péché on le fait avec notre volonté, librement, en  toute liberté, car celui qui scandalise est une occasion de péché mais non sa cause.

Alors si je suis l’occasion ou bien si je mets quelqu’un en occasion de péché, cela est toujours un péché. Soit d’abord parce que l’action même que je fais est un péché ; ou encore, si ce que je fais a l’apparence du péché, il faut donc toujours m’en abstenir par charité envers le prochain, car la charité impose à chacun de veiller au salut de son prochain ; et pour cela celui qui ne s’abstient pas agit contrairement à la charité.

Par exemple avec les paroles, lorsque j’incite les amis à médire, à dire du mal des autres, à insulter, à tenter l’imagination (« la folle de la maison ») à travers mes paroles j’entraîne les autres vers le péché. Cela concerne par exemple la façon de nous habiller, de nous comporter devant les autres pour attirer l’attention, ce qui touche aussi la pudeur de chaque personne, en général aussi toute notre conduite, la façon de nous comporter et agir doit être droite, cherchant toujours vivre comme de bons chrétiens.

Alors, comme on vient de le dire, nous devons éviter tout ce qui peut être une occasion de chute pour le prochain.

Mais, comment faire pour ne pas succomber dans la tentation, lorsque nous sommes victimes du scandale ? Saint Thomas d’Aquin nous dit avec sagesse que celui qui est fort dans la vie spirituelle, ne peut être facilement entraîné dans le péché :

 » Ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur sont comme le mont Sion ; celui qui habite Jérusalem ne sera jamais ébranlé.  » Voilà pourquoi, en ceux qui adhèrent parfaitement à Dieu par l’amour, le scandale ne se trouve pas, selon le mot du Psaume (119, 165) :  » Abondance de paix pour ceux qui aiment ta loi, et il n’y a pas en eux de scandale.  » Et pour cela nous devons toujours rechercher de vivre une vie sainte, vivant en esprit dans la Jérusalem Céleste qui est le Ciel, ayant dans notre cœur le trésor de la grâce, recevant habituellement les sacrements, spécialement celui de la Pénitence et l’Eucharistie, l’avant-goût du Ciel qui nous rend surtout fort pour combattre le péché dans cette vie.

Demandons à la très sainte Vierge Marie la grâce.

P. Luis Martinez V. E.

 

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