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« et laissant tout » tout !

Lire l’évangile du dimanche V du temps ordinaire C (Lc. 5,1-11)

Si nous faisons un peu de mémoire, l’évangile de la semaine dernière nous avait décrit la réaction des compatriotes de Jésus, ils n’ont pas voulu croire à sa prédication, ils l’ont chassé de la synagogue et voulu le faire mourir.

Mais tous les autres chemins étaient ouverts pour le Seigneur, là où la synagogue fermait ses portes, Il allait prêcher aux gens au bord d’un lac, en plein air et, comme nous dit l’évangile d’aujourd’hui, « la foule se pressait autour de lui pour écouter la parole de Dieu ».

C’est le matin, probablement de bonne heure, comme si l’évangile nous faisait apercevoir même la fraîcheur matinale du rivage. Simon, qui avait eu une mauvaise nuit de travail, se trouve là avec ses associés, car une des deux barques lui appartenait, et ils lavaient leurs filets. Le Seigneur lui demande sa barque pour faire d’elle sa chaire de prédication.

Simon connaissait déjà Notre Seigneur, il était parmi les premiers disciples. Il avait déjà été témoin de quelques miracles de Notre Seigneur, dont la guérison de sa belle mère et Jésus avait même été son hôte chez lui à Capharnaüm. Simon connaît Jésus et le pouvoir de sa Parole et son pouvoir de guérir.

C’est pour cela que Jésus, après avoir donné congé à la foule, s’adresse à lui et commande, lui « donne l’ordre » de s’éloigner encore plus loin de la côte, « d’avancer au large et de jeter leurs filets pour la pêche ».

Les filets utilisés par les pêcheurs de la mer de Galilée (ou Génésareth, comme dit l’évangile) étaient un système à trois filets, chacun mesurant entre 400 et 500 mètres, c’étaient donc des grands filets et on les jetait à une bonne profondeur. Pour ce faire, on avait besoin d’au moins 4 hommes.

Il était humainement difficile de ramasser des poissons le matin, car c’est la nuit le temps propice pour la pêche comme industrie.

Mais l’élection de Simon et sa vocation exigent la foi, même si cela n’est pas encore compréhensible ou qu’on le considère comme impossible, Simon le fera. Il s’agit d’avoir la foi, comme la foi d’Abraham qui a cru, dit saint Paul,  espérant contre toute espérance (Rom. 4,18).

« Sur ta parole, je vais jeter les filets » et cette foi de Pierre sera largement récompensée. 

Il est intéressant de considérer ici, que Simon n’avait exigé aucun signe du Seigneur auparavant ; il n’a pas demandé un miracle, mais il en reçoit un qui s’adapte à sa vie, à sa situation, à son intelligence et à sa future vocation.

Un commentateur de cet évangile nous explique bien cet aspect : Disons, par exemple, qu’on trouve quelqu’un qui est un grand scientifique ou un philosophe, un grand médecin. Son épouse ne s’étonnera pas des grandes connaissances de son mari ; mais si un jour, son mari arrive à lui montrer qu’il est encore meilleur cuisinier qu’elle, cela peut faire qu’elle sera désormais pleine d’admiration pour lui et étonnée de ses qualités qu’elle ignorait.

Et c’est un peu le cas de Simon fils de Jean, et notre exemple est faible, car il en est resté effrayé  comme jamais dans sa vie et il a ressenti sa petitesse devant la divinité de Jésus, comme nous le montre, son cri : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. »

Il y a un sentiment profond et primordial dans l’être humain qui fait que devant l’infini, devant le divin, l’homme reste troublé et effrayé. C’est un peu ce qui arrive dans le cœur d’une personne qui contemple la création depuis le sommet d’une montagne, l’agitation de la mer en tempête.

Saint Pierre voit en Jésus une épiphanie de Dieu. Et cette manifestation suscite en lui la conscience de condition de pécheur, son indignité, la crainte devant Dieu, de Dieu saint. Comme la vision du prophète Isaïe : « Malheur à moi ! je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures : et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers ! » (Is 6, 3-8)

Il est intéressant encore de voir que dans tout ce passage, apparaît six fois le nom de Simon, mais une seule fois , suivi de l’autre nom donné par Jésus : Simon Pierre. C’est au moment de l’acte de foi de Pierre et de sa sincère humilité ; « Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus, en disant : ‘Éloigne-toi de moi’ ».  Comme si l’évangéliste, saint Luc, anticipait déjà la profession de foi que Pierre fera après et la promesse de Jésus : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise » (Mt. 16,18).

Jésus apaise le grand effroi qui avait envahi Pierre et lui donne une mission. C’est un moment semblable à celui où l’Ange avait annoncé à Marie qu’elle serait la mère du Messie : « À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu » (Lc. 1,29).

La crainte et la révérence de Dieu Saint est donc le fondement et la base de toute vocation, en elle et par la vocation (l’appel à quelqu’un) Dieu veut se montrer Saint et Grand.

Saint Pierre qui avait ramassé des poissons jusqu’à maintenant désormais le fera avec des hommes pour le Royaume de Dieu. 

L’évangéliste nous transmet aussi  qu’avant la pêche, Pierre s’adresse à Jésus avec le titre de « epystata », « rabbi », maître. Mais au retour, à genou il ne désigne plus Jésus comme rabbi, il lui donne le nom de Seigneur : Kyrie, c’est l’expression propre de la divinité.

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, Pierre n’embrasse pas avec effusion le Seigneur en voyant le résultat et la réussite de son travail, l’attitude est toute contraire. Il ne veut pas le retenir comme une garantie de succès, de triomphe, parce qu’il connaît sa condition devant Dieu.

 Lorsque l’homme connaît vraiment Dieu, et connaît aussi sa condition de pécheur, il en est très conscient ; et lorsqu’il connaît vraiment Dieu, l’homme peut se connaître comme il est, il devient authentique. C’est la grâce de la conversion, sans la conversion l’homme ne peut pas vraiment s’approcher de Jésus et de son évangile. Chesterton disait : « On reconnaît le saint en ce qu’il se sait pécheur ». Nous l’appelons la juste crainte de Dieu : « La sagesse commence avec la crainte du Seigneur ! » (Proverbes 1,7)

Mais, seule la grâce de Dieu peut faire de ce pécheur un apôtre, un prophète : « L’un des séraphins vola vers moi tenant un charbon brûlant qu’il avait pris avec des pinces sur l’autel. Il l’approcha de ma bouche et dit : ‘Ceci a touché tes lèvres, et maintenant ta faute est enlevée, ton péché est pardonné’. »

Saint Pierre et ses compagnons de travail ont été vaincus par la grâce et Dieu en fera désormais des instruments de son œuvre. Les appels de Dieu seront toujours identiques dans l’histoire, ils demanderont beaucoup, ils impliqueront des grands renoncements, beaucoup disent que c’est comme sauter dans le vide. Mais soyons surs, que Dieu est là pour nous prendre par main, parce qu’Il a déjà préparé son plan.

Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout (tout ! non seulement les poissons), ils suivirent le Christ. 

Demandons à Marie la grâce d’être fidèles aux appels de Dieu.

P. Luis Martinez

Institut du Verbe Incarné

« J’étais encore dans les entrailles de ma mère quand Il a prononcé mon nom »

La naissance de Saint Jean Baptiste.

La liturgie d’aujourd’hui, dans solennité de la naissance de Saint Jean Baptiste nous convie particulièrement à la joie, la joie spirituelle. Etre heureux, joyeux à cause de l’œuvre du salut. L’œuvre du salut que Dieu a fait pour tous les hommes et pour chacun de nous. La joie de faire sa volonté.  La joie d’être dociles à ses appels.

  1. La première lecture :

Dans la première lecture le prophète Isaïe chante le cantique du serviteur du Seigneur, une prophétie qu’on applique premièrement au Christ, mais la liturgie d’aujourd’hui l’applique à Jean le baptiste et on peut l’appliquer à chaque âme, à chacun de nous. Dit le prophète : J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé ; j’étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom. Il a fait… il m’a protégé… il m’a caché…

Chacun de nous à une mission, chacun de nous à une vocation particulière… nous sommes tous appelés à la sainteté… mais chacun de nous à une vocation particulière… et la vocation de chacun de nous a son origine dans l’éternité. Dieu nous appelle depuis toute l’éternité

Malheureusement, certains Chrétiens  disent : « il est trop petit pour voir sa vocation, elle est très jeune pour ‘sentir’ l’appel de Dieu. »

Ce n’est pas vrai. Ce n’est pas du tout vrai. Ce n’est pas ce que dit la parole de Dieu. Ce n’est pas cela que Dieu a révélé.

La vocation a son origine dans l’éternité, de notre côté, nous devons être attentifs… Dieu peut nous appeler à n’importe – quel moment.

  1. Comment cela commence t’il?

Comment cela commence habituellement… ? Ça  commence habituellement par la proximité du Christ. Le Christ s’approche de nous.  L’évangile que nous avons lu est précédé par la visitation de la Vierge Marie à sa cousine Elisabeth.  Au moment où la vierge Marie fait  la salutation à sa cousine Sainte Elisabeth, l’évangile nous dit : Quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit de joie en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint… Elisabeth dit à Marie « Le fruit de tes entrailles est béni »… « D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? »

« L’enfant tressaillit en elle » Saint Augustin commente : « Jésus vient à Jean, le libérateur au captif : Jésus visite Jean, parce qu’il faut que le médecin aille visiter son malade »  2 S. August., Ad Paul.,

Mais dans notre cas, le Christ a vécu il y a plus de 2000 ans. Comment se fait cette proximité dans notre vie ? Elle peut se faire des différentes manières, un échec (la croix), un conseil, une maladie… mais très souvent la découverte de la vocation a une relation directe et privilégiée à la participation active aux sacrements (la confession, Eucharistie) et à l’écoute attentive de la parole de Dieu.

Saint Athanase nous raconte la vocation de saint Antoine : « Il se rendait comme d’habitude à l’église en méditant ; il considérait comment les Apôtres avaient tout quitté pour suivre le Sauveur… en pensant à tout cela, il entre dans l’église au moment de la lecture de l’Évangile, et il entend le Seigneur qui disait à un riche : « Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres ; puis viens, suis-moi, et tu auras un trésor dans les cieux ». Et il a compris sa vocation.

Connaître et suivre notre vocation produit en nous la joie spirituelle… comme Saint Jean baptiste «l’enfant tressaillit de joie dans le sein de sa mère »

La joie humaine et la joie divine sont très différentes, comme notre volonté et sa volonté… Dieu nous dit par le prophète Isaïe : « 08 Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, – oracle du Seigneur. 09 Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. » (Is 55, 9) La joie humaine et la joie divine sont très différentes.

  1. Changer de Vie.

Mais connaître notre vocation implique un changement de vie…

L’évangile dit : L’enfant (Saint Jean baptiste) grandissait et son esprit se fortifiait.

Le « oui » avec lequel la personne appelée a répondu à Dieu c’est un « oui » qu’il faut renouveler chaque jour… l’acte de « tout laisser pour le Christ » c’est un acte qu’il faut faire chaque jour. Il faut que l’amour qui nous a poussés à tout laisser pour le Christ grandisse.

De la même façon que l’amour entre les conjoints a été manifesté de manière particulière dans le mariage, mais qu’il faut qu’il grandisse ; de la même façon il faut que la charité des religieux, des religieuses, qui a été manifestée dans la profession des vœux (dans le cas des prêtres l’ordination sacerdotale), il faut que cette charité donc grandisse.

La messe pour les vocations sacerdotales dit : « Que les Chrétiens soient plus nombreux à se consacrer par amour… pour toi, au service de ton autel… sans regarder en arrière. »

« Grandir en sainteté » Un amour qui ne fait pas grandir en sainteté n’est pas un amour qui vient de Dieu.

La messe pour les religieux demande la grâce d’être : «vraiment disciples de ta loi, témoin de ton amour…»

Au désert : L’évangile ajoute : « Il alla vivre au désert jusqu’au jour où il se fit connaître à Israël. »

Le désert est signe de l’intimité avec Dieu. Dieu parle à son peuple par le prophète Osée en lui disant : « Mon épouse… je vais l’entraîner jusqu’au désert, et je lui parlerai cœur à cœur. » (Os 2,16)

C’est au désert que Dieu a parlé a Moïse, c’est au désert que Dieu a parlé avec son peuple, qui l’a nourri, l’a conduit, et il a fait une alliance avec eux.  Le désert est le lieu du silence et de la rencontre intime avec Dieu.

Dieu nous invite de manière différente à tout laisser pour le suivre. Qu’à travers Saint Jean baptiste Dieu nous donne la grâce d’écouter ses appels et Le suivre avec tout notre cœur.

P. Andrés Nowakowski V. E.

Monastère « Bx. Charles de Foucauld »