Archives par mot-clé : incarnation

Est-il possible de Nier l’Incarnation?

Nous célébrons aujourd’hui le mystère d’où notre famille tire non seulement son nom et mais aussi sa réalité essentielle, sa nature. Car le mystère de l’Incarnation définit notre spiritualité, notre vie religieuse, notre mission et fin dans l’Eglise et dans le monde ainsi que notre apostolat.

Providentiellement, le fait d’avoir comme central dans notre vie ce mystère de l’Incarnation nous met face à un grand défi, car on doit annoncer, proclamer mais aussi vivre un mystère qui est nié et même combattu par un grand nombre.

Selon les paroles de notre Père Spirituel et patron, saint Jean Paul II : « Nous vivons à une époque caractérisée, à sa manière, par la négation de l’Incarnation. Pour la première fois depuis la naissance du Christ, voici deux mille ans, c’est comme s’il ne trouvait plus de place dans un monde toujours plus sécularisé. Non pas qu’il soit nié de manière explicite. En effet, le nombre sont ceux qui déclarent admirer Jésus et apprécier certains éléments de son enseignement, mais Il demeure distant: on ne le connaît pas vraiment, on ne l’aime pas vraiment, on ne lui obéit pas vraiment et on le relègue dans un lointain passé ou dans un ciel distant. Notre époque est une époque qui nie l’Incarnation de milliers de façons concrètes et les conséquences de cette négation sont claires et inquiétantes.

Nous devons dire que cela arrive parmi ceux qui se disent dans l’Eglise Catholique : « Beaucoup d’imposteurs se sont répandus dans le monde, ils refusent de proclamer que Jésus Christ est venu dans la chair » (2Jn 7). « Voici comment vous reconnaîtrez l’Esprit de Dieu : tout esprit qui proclame que Jésus Christ est venu dans la chair, celui-là est de Dieu. Tout esprit qui refuse de proclamer Jésus, celui-là n’est pas de Dieu : c’est l’esprit de l’anti-Christ. » (1 Jn4,1-3).

Et saint Augustin se demandait : « Comment peux-je nier le Christ car je le confesse toujours avec mes paroles ? ‘Ils proclament qu’ils connaissent Dieu, mais, par leurs actes, ils le rejettent’ (Tit 1,16). Alors, écoutons plutôt les œuvres et non le bruit des paroles ».

« Il est clair, dit encore le pape Jean Paul II, que les blessures anciennes de l’esprit humain et les grands mensonges ne meurent jamais, mais gisent, cachés, pendant un certain temps, pour réapparaître plus tard sous d’autres formes. C’est pourquoi une nouvelle évangélisation, telle que celle à laquelle l’Esprit Saint appelle actuellement toute l’Eglise, est toujours nécessaire »[1].

Dans quels aspects peut-on nier le mystère de l’Incarnation ?

  • « En premier lieu, le rapport de l’individu avec Dieu est considéré comme étant exclusivement personnel et privé, si bien que Dieu se trouve exclu des processus qui gouvernent l’activité politique, économique et sociale ». Le monde que l’homme construit sans Dieu se retourne contre l’homme. Quand on ne veut pas que Dieu règne, l’homme asservit.
  • Ce qu’on a souligné avant conduit à son tour à une forte diminution du sens des possibilités humaines, car seul le Christ révèle en plénitude les magnifiques possibilités de la vie humaine, qui « manifeste pleinement l’homme à lui-même » (Gaudium et spes, n. 22).

Quand on exclut ou que l’on nie le Christ, notre vision de la finalité de  l’homme  titube et à cause de cela, l’espérance fait place au désespoir et la joie à la dépression. L’homme devient esclave donc des choses plus inférieures à lui. Cette perte de sens se manifeste clairement dans toutes les formes connues d’addiction. L’homme tombe dans le non-sens existentiel et la perte de la « seigneurie » du chrétien. C’est pourquoi, dans le monde moderne, l’humanité ressemble à un troupeau de moutons dans lequel tout le monde pense, plus ou moins, la même chose, répétée tous les jours par les médias qui sont sous la dictature des «donneurs de sens».

  • « Par ailleurs, apparaît une méfiance profonde vis-à-vis de la raison et de la capacité humaine à saisir la vérité. En effet, on met en cause le concept même de vérité. Provoquant un appauvrissement réciproque, la foi et la raison se séparent, dégénérant respectivement en fidéisme et en rationalisme (cf. Fides et ratio, n. 48). » 
    L’homme devient l’esclave de son « caprice subjectif » et de la dictature du relativisme.
    Tout est pareil: «Rien n’est vrai ni mensonge, tout est en fonction du verre avec lequel on regarde ». Ainsi l’homme n’est pas intéressé pour la vérité. Il n’est pas intéressé pour réalité extra mentale et ni pour ce qui est en dehors de lui-même, qui est au-dessus et supérieur à lui: « La vérité c’est moi, qui suis la mesure de toutes les choses ». C’est le résumé de la pensée de beaucoup qui sont l’empire du relativisme.
  • « La vie n’est plus appréciée et aimée, et cela conduit à l’apparition d’une certaine culture de mort, accompagnée de ses fruits amers que sont l’avortement et l’euthanasie.
    Nous le constatons par exemple dans la contraception et l’anti-natalisme, le clonage, le divorce, le suicide répandu, dans le meurtre d’innocents, dans la pédérastie, dans la mort de l’âme oubliant la vie de la grâce que donnent les sacrements ». On fait n’importe quoi pour détruire l’image divine du mariage et de la famille et la dignité du travail humain.
  • « Le corps et la sexualité humaine ne sont plus appréciés et aimés comme il se doit et il en découle une activité sexuelle dégradante qui s’exprime dans la confusion morale, dans l’infidélité et dans la violence de la pornographie. » L’humanité subit une véritable éclipse dans l’éthique et la moralité.
  • « La Création elle-même n’est plus appréciée et aimée; et le spectre de l’égoïsme destructeur apparaît sous la forme de l’abus et de l’exploitation de l’environnement ».

« Les besoins de la nouvelle évangélisation sont grands. Il est certain que votre Ordre doit jouer un rôle vital dans la mission de l’Eglise afin d’éradiquer les antiques mensonges et proclamer le message du Christ de manière efficace à l’aube du nouveau millénaire ». Au premier rang et les tout premiers, nous, les membres de la famille religieuse du Verbe Incarné devons être aussi pour accomplir notre mission.

De façon prophétique avait dit le cardinal Ratzinger : « Le monde n’a pas soif de connaître nos problèmes internes (ecclésiales), mais le feu que Jésus a porté sur la terre”.

Le problème central de notre époque c’est que la figure historique de Jésus-Christ a été vidée de sa signification. Un Jésus appauvri ne peut pas être le seul Sauveur et médiateur, le Dieu avec nous. Nous devons retourner avec clarté à ce Jésus qui est présenté par les évangiles, car il est le seul authentique Jésus de l’histoire (Cf. 6, 68).

Réaffirmons notre foi en Jésus-Christ.

Proclamons avec les œuvres et en vérité: « Tu es le Christ, le Fils de Dieu vivant « (Mt 16,16).

-Extraits d’une homélie du p. Carlos Miguel Buela-


[1] https://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/fr/letters/2001/documents/hf_jp-ii_let_20010711_order-preachers.html

Chrétien, reconnais ta dignité!

Homélie du IV dimanche du temps de l’Avent (Lc 1, 26-38)

Nous sommes à la veille de la fête de la Nativité, cette quatrième semaine du temps de l’Avent n’est composée que d’un seul jour, le dimanche. La liturgie nous aide, comme elle le fait toujours, à nous préparer pour la Naissance du Seigneur, ce que nous appelons Nativité, ou bien Noël. Ce dernier mot, dont nous sommes déjà habitués pour designer cette fête, tire son origine du mot latin Natalis ; en effet, dans les premiers siècles, les chrétiens appelait le jour de la Nativité « Natalis dies » (jour de la naissance), le mot « dies » est disparu et avec l’évolution de la langue, « Natalis » est devenu Noël.

L’évangile parle ce dimanche de la Conception virginale de Jésus au moment de l’Annonciation de l’Ange. Il nous décrit avant la conception de Jésus comment la Vierge Marie a donné son consentement, sa pleine disponibilité pour que le plan de Dieu s’accomplissent en elle, nous apercevons cela dans ses paroles : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole ».  Et A partir de ce moment, le Fils de Dieu a pris chair, le Verbe de Dieu se fait chair : dans l’unique Personne du Fils de Dieu se sont unies les deux natures, la nature divine et la nature humaine.

Neuf mois plus tard, le Fils de Dieu va se manifester aux hommes. Mais, à partir de l’Annonciation, Il est déjà dans ce monde, caché, silencieux. De façon poétique, un saint disait que le fait de descendre du Ciel à ce monde aurait été tellement dur pour le Fils de Dieu, qu’Il a préféré d’abord, habiter neuf mois dans un petit Ciel, qui est le sein pur et saint de sa très sainte Mère.

Nazareth était un petit village, juste un hameau dont les habitants avaient l’habitude de faire leurs maisons une partie creusées dans la montagne et l’autre partie, à l’extérieur. La région était appelée «  Galilée des Nations ou bien des Gentils », qui était d’ailleurs, une façon péjorative de la nommer, cela voulait signifier que cette région était la partie du peuple juifs exposée au contact avec les païens, c’est un nom donné par les juifs de la Judée, la partie sud, dont Jérusalem était le comme le centre.

C’est là, en Galilée, à Nazareth que commence la nouvelle histoire de salut, la nouvelle alliance est inaugurée et elle sera scellée par le Sang du Seigneur sur la croix.

Nous le voyons déjà dans l’annonce faite par l’Ange, dans sa salutation, il utilise le mot « Xhaire », que nous traduisions avec ce « je te salue », en réalité l’Ange s’adresse à Marie avec les paroles « Réjouis-toi », salutation qui n’était pas habituelle chez les juifs de ce temps ; plutôt, ils se saluaient entre eux avec le mot « Paix » ;  mais l’Esprit Saint par cette salutation de l’Ange veut indiquer à Marie et veut nous indiquer à nous aussi que les temps messianiques sont finalement arrivés, si nous lissons le livre du prophète Isaïe, nous pouvons voir combien de fois il utilise cette salutation de consolation pour Israël, pour Jérusalem, la Vierge Marie est donc la nouvelle Jérusalem.

Pour quoi Dieu a voulu s’incarner, naître et grandir comme le font tous les hommes ? N’aurait-il pas trouvé une autre façon de sauver les hommes ?

Dieu étant tout-puissant comme Il l’est, il aurait pu trouver bien d’autres manières pour faire la Rédemption du genre humain, cela nous est évident. Mais s’Il a préféré que son Fils prenne la nature humaine, que son Verbe se fasse chair, c’est parce que celle-là était la meilleure façon pour nous sauver.

Alors, Il est impossible pour nous de connaître toutes les raisons, et les raisons les plus profondes que Dieu a choisies pour s’incarner, parce que personne ne peut pénétrer sa pensée nous serions Dieu !

Mais nous pouvons nous aider par notre intelligence illuminée par la foi pour arriver à découvrir quelques raisons que Dieu en avait pour s’incarner. Elles font référence à nous, à notre vie comme chrétiens. En d’autres mots, qu’est-ce que Jésus-Christ veut nous apprendre lorsqu’Il choisit ce moyen, cette façon, s’incarner dans le sein de Marie et naître comme un enfant pour venir dans ce monde ?

Tout d’abord, le Seigneur veut par là nous faire progresser dans le bien, avancer dans le bien ; et pour cette raison, la première vertu qui vient à être édifiée lorsque nous contemplons ce mystère de Dieu fait homme, c’est notre foi. En effet, c’est Dieu Lui-même qui est venu nous parler. Selon S. Augustin :  » Pour que l’homme marche avec plus de confiance vers la vérité, la Vérité en personne, le Fils de Dieu, assumant l’humanité, a constitué et fondé la foi. « 

Notre espérance est aussi édifiée ; parce que la seule pensée de que Dieu a pris la nature humaine, qu’Il s’est abaissé pour nous sauver, nous montre que nous avons une grande valeur pour Lui, nous découvre combien Il nous aime. En plus, cela est un grand signe car si Dieu a déjà fait ce grand geste pour nous, désormais Il ne nous abandonnera jamais.

Par ce mystère de la Nativité, la vertu de la charité est comme réveillée en nous et au maximum. Et c’est S. Augustin de nouveau qui nous expose cela et à travers une question :  » Il y a un motif plus grand de la venue du Seigneur que celui de nous montrer son amour pour nous ?  » Il ajoute plus loin : «  Si nous avons tardé à l’aimer, maintenant au moins ne tardons pas à lui rendre amour pour amour. »

Par son Incarnation Jésus est devenu en plus, le Modèle par excellence de chaque chrétien. Et avec une grande rhétorique c’est toujours le grand docteur africain, Saint Augustin qui nous le dit : « l’homme, que nous pouvions voir, il ne fallait pas le suivre (car sa nature était corrompue par le péché originel); il fallait suivre Dieu, mais, à Lui nous ne pouvions pas Le voir. C’est donc pour donner à l’homme un modèle visible à l’homme et que l’homme pouvait suivre, que Dieu s’est fait homme. »

Et la dernière raison pour nous attirer vers le bien c’est parce que l’homme devait entrer en contact avec Dieu ; le lien détruit par le péché, il fallait rétablir l’amitié avec Dieu et la participation à la vie divine, chose que l’on fait pleinement dans le Ciel, mais qui est déjà commencé dans cette vie par la grâce, car nous sommes unis à Dieu par la grâce. Alors cela est une grâce aussi de la ‘Incarnation du Fils de Dieu ; en prenant notre nature, Il a fait comme un pont entre Dieu et nous.

L’Incarnation est aussi utile pour nous éloigner du mal : soit nous éloigner de son auteur, le démon, un ange déchu, parce que son orgueil est vaincu lorsque Dieu a pris une nature inférieure à celle des anges. Par ce mystère nous découvrons aussi toute la dignité de la nature humaine, et qu’il ne faut pas la souiller par le péché.

Saint Léon nous le dit avec ces belles paroles : « Chrétien, reconnais ta dignité et, après avoir été uni à la nature divine, ne va pas, par une conduite honteuse, retourner à ton ancienne bassesse. «  (pensons à cela lorsque nous sommes tenté de faire un péché).

 Finalement, penser et méditer sur la venue de Jésus-Christ dans ce monde nous sert pour combattre notre présomption (Dieu se fait homme sans aucun mérite de notre part). Notre orgueil qui est le plus grand obstacle à l’union avec Dieu, peut être réfuté et guéri par cette grande humilité de Dieu.

Comme conclusion, écoutons encore le pape Saint Léon qui nous résume tout ce que nous avons dit avec quelques mots: « Si le Christ n’avait pas été vrai Dieu, Il n’aurait pas pu apporter le remède, et s’il n’avait pas été vrai homme, Il ne nous aurait pas offert un modèle en Lui. « 

Que la Vierge Marie nous donne la grâce d’entrer dans ce mystère de Noël avec notre cœur et de nous remplir de joie par sa contemplation.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné