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Saint Jérôme. 1600 ans de sa mort

Nous porterons aujourd’hui notre attention sur saint Jérôme, un Père de l’Eglise qui a placé la Bible au centre de sa vie:  il l’a traduite en langue latine, il l’a commentée dans ses œuvres, et il s’est surtout engagé à la vivre concrètement au cours de sa longue existence terrestre, malgré le célèbre caractère difficile et fougueux qu’il avait reçu de la nature.

Jérôme naquit à Stridon vers 347 dans une famille chrétienne, qui lui assura une formation soignée, l’envoyant également à Rome pour perfectionner ses études. Dès sa jeunesse, il ressentit l’attrait de la vie dans le monde (cf. Ep 22, 7), mais en lui prévalurent le désir et l’intérêt pour la religion chrétienne. Après avoir reçu le Baptême vers 366, il s’orienta vers la vie ascétique et, s’étant rendu à Aquilée, il s’inséra dans un groupe de fervents chrétiens, qu’il définit comme un “chœur de bienheureux” (Chron. ad ann. 374) réuni autour de l’Evêque Valérien. Il partit ensuite pour l’Orient et vécut en ermite dans le désert de Calcide, au sud d’Alep (cf. Ep 14, 10), se consacrant sérieusement aux études. Il perfectionna sa connaissance du grec, commença l’étude de l’hébreu (cf. Ep 125, 12), transcrivit des codex et des œuvres patristiques (cf. Ep 5, 2). La méditation, la solitude, le contact avec la Parole de Dieu firent mûrir sa sensibilité chrétienne. Il sentit de manière plus aiguë le poids de ses expériences de jeunesse (cf. Ep 22, 7), et il ressentit vivement l’opposition entre la mentalité païenne et la vie chrétienne:  une opposition rendue célèbre par la “vision” dramatique et vivante, dont il nous a laissé le récit. Dans celle-ci, il lui sembla être flagellé devant Dieu, car  “cicéronien  et non chrétien” (cf. Ep 22, 30).

En 382, il partit s’installer à Rome:  là, le Pape Damase, connaissant sa réputation d’ascète et sa compétence d’érudit, l’engagea comme secrétaire et conseiller; il l’encouragea à entreprendre une nouvelle traduction latine des textes bibliques pour des raisons pastorales et culturelles. Quelques personnes de l’aristocratie romaine, en particulier des nobles dames comme Paola, Marcella, Asella, Lea et d’autres, souhaitant s’engager sur la voie de la perfection chrétienne et approfondir leur connaissance de la Parole de Dieu, le choisirent comme guide spirituel et maître dans l’approche méthodique des textes sacrés. Ces nobles dames apprirent également le grec et l’hébreu.

Après la mort du Pape Damase, Jérôme quitta Rome en 385 et entreprit un pèlerinage, tout d’abord en Terre Sainte, témoin silencieux de la vie terrestre du Christ, puis en Egypte, terre d’élection de nombreux moines (cf. Contra Rufinum 3, 22; Ep 108, 6-14). En 386, il s’arrêta à Bethléem, où, grâce à la générosité de la noble dame Paola, furent construits un monastère masculin, un monastère féminin et un hospice pour les pèlerins qui se rendaient en Terre Sainte, “pensant que Marie et Joseph n’avaient pas trouvé où faire halte” (Ep 108, 14). Il resta à Bethléem jusqu’à sa mort, en continuant à exercer une intense activité:  il commenta la Parole de Dieu; défendit la foi, s’opposant avec vigueur à différentes hérésies; il exhorta les moines à la perfection; il enseigna la culture classique et chrétienne à de jeunes élèves; il accueillit avec une âme pastorale les pèlerins qui visitaient la Terre Sainte. Il s’éteignit dans sa cellule, près de la grotte de la Nativité, le 30 septembre 419/420.

Sa grande culture littéraire et sa vaste érudition permirent à Jérôme la révision et la traduction de nombreux textes bibliques:  un travail précieux pour l’Eglise latine et pour la culture occidentale. Sur la base des textes originaux en grec et en hébreu et grâce à la confrontation avec les versions précédentes, il effectua la révision des quatre Evangiles en langue latine, puis du Psautier et d’une grande partie de l’Ancien Testament. En tenant compte de l’original hébreu et grec, des Septante et de la version grecque classique de l’Ancien Testament remontant à l’époque pré-chrétienne, et des précédentes versions latines, Jérôme, ensuite assisté par d’autres collaborateurs, put offrir  une  meilleure  traduction:  elle constitue ce qu’on appelle la “Vulgate”, le texte “officiel” de l’Eglise latine, qui a été reconnu comme tel par le Concile de Trente et qui, après la récente révision, demeure le texte “officiel” de l’Eglise de langue latine. Il est intéressant de souligner les critères auxquels ce grand bibliste s’est tenu dans son œuvre de traducteur. Il le révèle lui-même quand il affirme respecter jusqu’à l’ordre des mots dans les Saintes Ecritures, car dans celles-ci, dit-il, “l’ordre des mots est aussi un mystère” (Ep 57, 5), c’est-à-dire une révélation. Il réaffirme en outre la nécessité d’avoir recours aux textes originaux:  “S’il devait surgir une discussion entre les Latins sur le Nouveau Testament, en raison des leçons discordantes des manuscrits, ayons recours à l’original, c’est-à-dire au texte grec, langue dans laquelle a été écrit le Nouveau Pacte. De la même manière pour l’Ancien Testament, s’il existe des divergences entre les textes grecs et latins, nous devons faire appel au texte original, l’hébreu; de manière à ce que nous puissions retrouver tout ce qui naît de la source dans les ruisseaux” (Ep 106, 2). En outre, Jérôme commenta également de nombreux textes bibliques. Il pensait que les commentaires devaient offrir de nombreuses opinions, “de manière à ce que le lecteur avisé, après avoir lu les différentes explications et après avoir connu de nombreuses opinions – à accepter ou à refuser -, juge celle qui était la plus crédible et, comme un expert en monnaies, refuse la fausse monnaie” (Contra Rufinum 1, 16).

Il réfuta avec énergie et vigueur les hérétiques qui contestaient la tradition et la foi de l’Eglise. Il démontra également l’importance et la validité de la littérature chrétienne, devenue une véritable culture désormais digne d’être comparée avec la littérature classique:  il le fit en composant le De viris illustribus, une œuvre dans laquelle Jérôme présente les biographies de plus d’une centaine d’auteurs chrétiens. Il écrivit également des biographies de moines, illustrant à côté d’autres itinéraires spirituels également l’idéal monastique; en outre, il traduisit diverses œuvres d’auteurs grecs. Enfin, dans le fameux Epistolario, un chef-d’œuvre de la littérature latine, Jérôme apparaît avec ses caractéristiques d’homme cultivé, d’ascète et de guide des âmes.

Que pouvons-nous apprendre de saint Jérôme? Je pense en particulier ceci:  aimer la Parole de Dieu dans l’Ecriture Sainte. Saint Jérôme dit:  “Ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ”. C’est pourquoi, il est très important que chaque chrétien vive en contact et en dialogue personnel avec la Parole de Dieu qui nous a été donnée dans l’Ecriture Sainte. Notre dialogue avec elle doit toujours revêtir deux dimensions:  d’une part, il doit être un dialogue réellement personnel, car Dieu parle avec chacun de nous à travers l’Ecriture Sainte et possède un message pour chacun. Nous devons lire l’Ecriture Sainte non pas comme une parole du passé, mais comme une Parole de Dieu qui s’adresse également à nous et nous efforcer de comprendre ce que le Seigneur veut nous dire. Mais pour ne pas tomber dans l’individualisme, nous devons tenir compte du fait que la Parole de Dieu nous est donnée précisément pour construire la communion, pour nous unir dans la vérité de notre chemin vers Dieu. C’est pourquoi, tout en étant une Parole personnelle, elle est également une Parole qui construit une communauté, qui construit l’Eglise. Nous devons donc la lire en communion avec l’Eglise vivante. Le lieu privilégié de la lecture et de l’écoute de la Parole de Dieu est la liturgie, dans laquelle, en célébrant la parole et en rendant présent dans le Sacrement le Corps du Christ, nous réalisons la parole dans notre vie et la rendons présente parmi nous. Nous ne devons jamais  oublier  que  la Parole de Dieu transcende les temps. Les opinions humaines vont et viennent. Ce qui est très moderne aujourd’hui sera très vieux demain. La Parole de Dieu, au contraire, est une Parole de vie éternelle, elle porte en elle l’éternité, ce qui vaut pour toujours. En portant en nous la Parole de Dieu, nous portons donc en nous l’éternel, la vie éternelle.

Et ainsi, je conclus par une parole de saint Jérôme à saint Paulin de Nola. Dans celle-ci, le grand exégète exprime précisément cette réalité, c’est-à-dire que dans la Parole de Dieu, nous recevons l’éternité, la vie éternelle. Saint Jérôme dit:  “Cherchons à apprendre sur la terre les vérités dont la consistance persistera également au ciel” (Ep 53, 10).

Benoît XVI

Audience 07/11/2007

Nous poursuivons aujourd’hui la présentation de la figure de saint Jérôme. Comme nous l’avons dit mercredi dernier, il consacra sa vie à l’étude de la Bible, au point d’être reconnu par l’un de mes prédécesseurs, le Pape Benoît XV, comme “docteur éminent dans l’interprétation des Saintes Ecritures”. Jérôme soulignait la joie et l’importance de se familiariser avec les textes bibliques:  “Ne te semble-t-il pas habiter – déjà ici, sur terre – dans le royaume des cieux, lorsqu’on vit parmi ces textes, lorsqu’on les médite, lorsqu’on ne connaît ni ne recherche rien d’autre?” (Ep 53, 10). En réalité, dialoguer avec Dieu, avec sa Parole, est dans un certain sens une présence du Ciel, c’est-à-dire une présence de Dieu. S’approcher des textes bibliques, surtout du Nouveau Testament, est essentiel pour le croyant, car “ignorer l’Ecriture, c’est ignorer le Christ”. C’est à lui qu’appartient cette phrase célèbre, également citée par le Concile Vatican II dans la Constitution Dei Verbum (n. 25).

Réellement “amoureux” de la Parole de Dieu, il se demandait:  “Comment pourrait-on vivre sans la science des Ecritures, à travers lesquelles on apprend à connaître le Christ lui-même, qui est la vie des croyants” (Ep 30, 7). La Bible, instrument “avec lequel Dieu parle chaque jour aux fidèles” (Ep 133, 13), devient ainsi un encouragement et la source de la vie chrétienne pour toutes les situations et pour chaque personne. Lire l’Ecriture signifie converser avec Dieu:  “Si tu pries – écrit-il à une noble jeune fille de Rome -, tu parles avec l’Epoux; si tu lis, c’est Lui qui te parle” (Ep 22, 25). L’étude et la méditation de l’Ecriture rendent l’homme sage et serein (cf. In Eph., prol.). Assurément, pour pénétrer toujours plus profondément la Parole de Dieu, une application constante et progressive est nécessaire. Jérôme recommandait ainsi au prêtre Népotien:  “Lis avec une grande fréquence les divines Ecritures; ou mieux, que le Livre Saint reste toujours entre tes mains. Apprends-là ce que tu dois enseigner” (Ep 52, 7). Il donnait les conseils suivants à la matrone romaine Leta pour l’éducation chrétienne de sa fille:  “Assure-toi qu’elle étudie chaque jour un passage de l’Ecriture… Qu’à la prière elle fasse suivre la lecture, et à la lecture la prière… Au lieu des bijoux et des vêtements de soie, qu’elle aime les Livres divins” (Ep 107, 9.12). Avec la méditation et la science des Ecritures se “conserve l’équilibre de l’âme” (Ad Eph., prol.). Seul un profond esprit de prière et l’assistance de l’Esprit Saint peuvent  nous  introduire à la compréhension de la Bible:  “Dans l’interprétation des Saintes Ecritures, nous avons toujours besoin de l’assistance de l’Esprit Saint” (In Mich. 1, 1, 10, 15).

Un amour passionné pour les Ecritures imprégna donc toute la vie de Jérôme, un amour qu’il chercha toujours à susciter également chez les fidèles. Il recommandait à l’une de ses filles spirituelles:  “Aime l’Ecriture Sainte et la sagesse t’aimera; aime-la tendrement, et celle-ci te préservera; honore-la et tu recevras ses caresses. Qu’elle soit pour toi comme tes colliers et tes boucles d’oreille” (Ep 130, 20). Et encore:  “Aime la science de l’Ecriture, et tu n’aimeras pas les vices de la chair” (Ep 125, 11).

Pour Jérôme, un critère de méthode fondamental dans l’interprétation des Ecritures était l’harmonie avec le magistère de l’Eglise. Nous ne pouvons jamais lire l’Ecriture seuls. Nous trouvons trop de portes fermées et nous glissons facilement dans l’erreur. La Bible a été écrite par le Peuple de Dieu et pour le Peuple de Dieu, sous l’inspiration de l’Esprit Saint. Ce n’est que dans cette communion avec le Peuple de Dieu que nous pouvons réellement entrer avec le “nous” au centre de la vérité que Dieu lui-même veut nous dire. Pour lui, une interprétation authentique de la Bible devait toujours être en harmonieuse concordance avec la foi de l’Eglise catholique. Il ne s’agit pas d’une exigence imposée à ce Livre de l’extérieur; le Livre est précisément la voix du Peuple de Dieu en pèlerinage et ce n’est que dans la foi de ce Peuple que nous sommes, pour ainsi dire, dans la juste tonalité pour comprendre l’Ecriture Sainte. Il admonestait donc:  “Reste fermement attaché à la doctrine traditionnelle qui t’a été enseignée, afin que tu puisses exhorter selon la saine doctrine et réfuter ceux qui la contredisent” (Ep 52, 7). En particulier, étant donné que Jésus Christ a fondé son Eglise sur Pierre, chaque chrétien – concluait-il – doit être en communion “avec la Chaire de saint Pierre. Je sais que sur cette pierre l’Eglise est édifiée” (Ep 15, 2). Par conséquent, et de façon directe, il déclarait:  “Je suis avec quiconque est uni à la Chaire de saint Pierre” (Ep 16).

Jérôme ne néglige pas, bien sûr, l’aspect éthique. Il rappelle au contraire souvent le devoir d’accorder sa propre vie avec la Parole divine et ce n’est qu’en la vivant que nous trouvons également la capacité de la comprendre. Cette cohérence est indispensable pour chaque chrétien, et en particulier pour le prédicateur, afin que ses actions, si elles étaient discordantes par rapport au discours, ne le mettent pas dans l’embarras. Ainsi exhorte-t-il le prêtre Népotien:  “Que tes actions ne démentent pas tes paroles, afin que, lorsque tu prêches à l’église, il n’arrive pas que quelqu’un commente en son for intérieur:  “Pourquoi n’agis-tu pas précisément ainsi?” Cela est vraiment plaisant de voir ce maître qui, le ventre plein, disserte sur le jeûne; même un voleur peut blâmer l’avarice; mais chez le prêtre du Christ, l’esprit et la parole doivent s’accorder” (Ep 52, 7). Dans une autre lettre, Jérôme réaffirme:  “Même si elle possède une doctrine splendide, la personne qui se sent condamnée par sa propre conscience se sent honteuse” (Ep 127, 4). Toujours sur le thème de la cohérence, il observe:  l’Evangile doit se traduire par des attitudes de charité véritable, car en chaque être humain, la Personne même du Christ est présente. En s’adressant, par exemple, au prêtre Paulin (qui devint ensuite Evêque de Nola et saint), Jérôme le conseillait ainsi:  “Le véritable temple du Christ est l’âme du fidèle:  orne-le, ce sanctuaire, embellis-le, dépose en lui tes offrandes et reçois le Christ. Dans quel but revêtir les murs de pierres précieuses, si le Christ meurt de faim dans la personne d’un pauvre?” (Ep 58, 7). Jérôme concrétise:  il faut “vêtir le Christ chez les pauvres, lui rendre visite chez les personnes qui souffrent, le nourrir chez les affamés, le loger chez les sans-abris” (Ep 130, 14). L’amour pour le Christ, nourri par l’étude et la méditation, nous fait surmonter chaque difficulté:  “Aimons nous aussi Jésus Christ, recherchons toujours l’union avec lui:  alors, même ce qui est difficile nous semblera facile” (Ep 22, 40).

Grotte de saint Jérôme. Basilique de la Nativité. Bethlehem.

Jérôme, défini par Prospère d’Aquitaine comme un “modèle de conduite et maître du genre humain” (Carmen de ingratis, 57), nous a également laissé un enseignement riche et varié sur l’ascétisme chrétien. Il rappelle qu’un courageux engagement vers la perfection demande une vigilance constante, de fréquentes mortifications, toutefois avec modération et prudence, un travail intellectuel ou manuel assidu pour éviter l’oisiveté (cf. Epp 125, 11 et 130, 15), et surtout l’obéissance à Dieu:  “Rien… ne plaît autant à Dieu que l’obéissance…, qui est la plus excellente et l’unique vertu” (Hom. de oboedientia:  CCL 78,552). La pratique des pèlerinages peut également appartenir au chemin ascétique. Jérôme donna en particulier une impulsion à ceux en Terre Sainte, où les pèlerins étaient accueillis et logés dans des édifices élevés à côté du monastère de Bethléem, grâce à la générosité de la noble dame Paule, fille spirituelle de Jérôme (cf. Ep 108, 14).

Enfin, on ne peut pas oublier la contribution apportée par Jérôme dans le domaine de la pédagogie chrétienne (cf. Epp 107 et 128). Il se propose de former “une âme qui doit devenir le temple du Seigneur” (Ep 107, 4), une “pierre très précieuse” aux yeux de Dieu (Ep 107, 13). Avec une profonde intuition, il conseille de la préserver du mal et des occasions de pécher, d’exclure les amitiés équivoques ou débauchées (cf. Ep 107, 4 et 8-9; cf. également Ep 128, 3-4). Il exhorte surtout les parents pour qu’ils créent  un  environnement  serein   et joyeux autour des enfants, pour qu’ils les incitent à l’étude et au travail, également par la louange et l’émulation (cf. Epp 107, 4 et 128, 1), qu’ils les encouragent à surmonter les difficultés, qu’ils favorisent entre eux les bonnes habitudes et qu’ils les préservent d’en prendre de mauvaises car – et il cite là une phrase de Publilius Syrus entendue à l’école – “difficilement tu réussiras à te corriger de ces choses dont tu prends tranquillement l’habitude” (Ep 107, 8). Les parents sont les principaux éducateurs des enfants, les premiers maîtres de vie. Avec une grande clarté, Jérôme, s’adressant à la mère d’une jeune fille et mentionnant ensuite le père, admoneste, comme exprimant une exigence fondamentale de chaque créature humaine qui commence son existence:  “Qu’elle trouve en toi sa maîtresse, et que sa jeunesse inexpérimentée regarde vers toi avec émerveillement. Que ni en toi, ni en son père elle ne voie jamais d’attitudes qui la conduisent au péché, si elles devaient être imitées. Rappelez-vous que… vous pouvez davantage l’éduquer par l’exemple que par la parole” (Ep 107, 9). Parmi les principales intuitions de Jérôme comme pédagogue, on doit souligner l’importance attribuée à une éducation saine et complète dès la prime enfance, la responsabilité particulière reconnue aux parents, l’urgence d’une sérieuse formation morale et religieuse, l’exigence de l’étude pour une formation humaine plus complète. En outre, un aspect assez négligé à l’époque antique, mais considéré comme vital par notre auteur, est la promotion de la femme, à laquelle il reconnaît le droit à une formation complète:  humaine, scolaire, religieuse, professionnelle. Et nous voyons précisément aujourd’hui que l’éducation de la personnalité dans son intégralité, l’éducation à la responsabilité devant Dieu et devant l’homme, est la véritable condition de tout progrès, de toute paix, de toute réconciliation et d’exclusion de la violence. L’éducation devant Dieu et devant l’homme:  c’est l’Ecriture Sainte qui nous indique la direction de l’éducation et ainsi, du véritable humanisme.

Nous ne pouvons pas conclure ces rapides annotations sur cet éminent Père de l’Eglise sans mentionner la contribution efficace qu’il apporta à la préservation d’éléments positifs et valables des antiques cultures juive, grecque et romaine au sein de la civilisation chrétienne naissante. Jérôme a reconnu et assimilé les valeurs artistiques, la richesse des sentiments et l’harmonie des images présentes chez les classiques, qui éduquent le cœur et l’imagination à de nobles sentiments. Il a en particulier placé au centre de sa vie et de son activité la Parole de Dieu, qui indique à l’homme les chemins de la vie, et lui révèle les secrets de la sainteté. Nous ne pouvons que lui être profondément reconnaissants pour tout cela, précisément dans le monde d’aujourd’hui.

Benoît XVI

Audience 14/11/2007

Qui veut vivre selon la volonté de Dieu, doit suivre Jésus, l’écouter.

Homélie pour le Deuxième Dimanche de Carême; année A  (Mt 17, 1-9)

Le deuxième dimanche de carême comme chaque année, nous présente l’évangile de la Transfiguration, cette fois-ci d’après saint Matthieu.

La « Transfiguration» est un mystère lumineux, réconfortant, Dieu prépare les disciples pour la croix. Quelle en est la signification ? La Transfiguration est une révélation de la personne de Jésus, de sa réalité profonde. En effet, les témoins oculaires de l’événement, c’est-à-dire les trois Apôtres, furent enveloppés d’une nuée, elle aussi lumineuse, ce qui dans la Bible annonce toujours la présence de Dieu et ils entendirent une voix qui disait: «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour; écoutez-le!» (Mt 17, 5). Avec cet événement, les disciples sont préparés au mystère pascal de Jésus: à surmonter la terrible épreuve de la passion et également à bien comprendre le fait lumineux de la résurrection.

Le récit parle également de Moïse et d’Elie, qui apparurent et conversèrent avec Jésus. Effectivement, cet épisode a un rapport avec les deux autres révélations divines. Moïse était monté sur le mont Sinaï, et là, il avait eu la révélation de Dieu. Il avait demandé à voir sa gloire, mais Dieu lui avait répondu qu’il ne l’aurait pas vue de face, mais seulement de dos (cf. Ex 33, 18-23). De manière analogue, Elie eut lui aussi une révélation de Dieu sur le mont : une manifestation plus intime, non avec une tempête, un tremblement de terre, ou avec le feu, mais avec une brise légère (cf. 1 R 19, 11-13).

A la différence de ces deux épisodes, dans la Transfiguration ce n’est pas Jésus qui reçoit la révélation de Dieu, mais c’est précisément en Lui que Dieu se révèle et qu’il révèle son visage aux Apôtres. Celui qui veut connaître Dieu doit donc contempler le visage de Jésus, son visage transfiguré : Jésus est la parfaite révélation de la sainteté et de la miséricorde du Père.

Rappelons-nous aussi que sur le mont Sinaï, Moïse eut également la révélation de la volonté de Dieu: les dix commandements. Et toujours sur le mont, Elie reçut de Dieu la révélation divine d’une mission à accomplir. Jésus, en revanche, ne reçoit pas la révélation de ce qu’il devra accomplir: il le sait déjà; ce sont plutôt les apôtres qui entendent, dans la nuée, la voix de Dieu qui commande: «Ecoutez-le». La volonté de Dieu se révèle pleinement en la personne de Jésus. Qui veut vivre selon la volonté de Dieu, doit suivre Jésus, l’écouter, en accueillir les paroles et, avec l’aide de l’Esprit Saint, les approfondir. (Benoît XVI, Homélie du 20 mars 2011)

Dans ce temps de carême, le Père nous invite aussi à suivre son Fils, à écouter sa Parole, à l’écouter. Pour cela, la meilleure façon de le faire c’est de lire la Parole de Dieu ; tout chrétien devrait avoir l’habitude de lire la Bible et surtout les évangiles chaque jour. Saint Jérôme disait « Ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ ».

Un des piliers du travail spirituel que chaque chrétien doit faire quotidiennement et de façon permanente est le contact avec les Saintes Écritures, parce que la Parole de Dieu fait avec chaque individu ce qu’elle réalise avec toute l’Église : premièrement la fait naître (renaître) et vivre, deuxièmement, la soutient tout au long de son histoire, et troisièmement la pénètre et l’anime, avec la puissance de l’Esprit Saint.

Nous devons savoir que la Parole de Dieu, spécialement l’évangile est accessible à tous, tout chrétien qui vient chercher Dieu dans les Saintes Écritures peut Le trouver s’il le cherche avec un cœur sincère. Avec la simplicité qui l’amenait jusqu’aux plus hauts degrés de sainteté, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus disait : « Parfois lorsque je lis certains traités spirituels où la perfection est montrée à travers mille entraves, environnée d’une foule d’illusions, mon pauvre esprit se fatigue bien vite, je ferme le savant livre qui me casse la tête et me dessèche le cœur et je prends l’Ecriture Sainte. Alors tout me semble lumineux, une seule parole découvre à mon âme des horizons infinis, la perfection me semble facile, je vois qu’il suffit de reconnaître son néant et de s’abandonner comme un enfant dans les bras du Bon Dieu ». 

Nous devons aussi comprendre, que la Bible est beaucoup plus qu’un livre rempli d’enseignements qui nous aident à vivre comme chrétiens et nous racontent la vie de Jésus. Il faut reconnaître trois aspects dans la Parole de Dieu :

  1. Nous devons être bien conscients de la transcendance de la Parole divine : c’est une “lettre du ciel”, devant laquelle tout langage humain pâlit. Elle nous permet de “boire à la source de la connaissance de Dieu”; c’est un “baiser d’éternité”, un avant-gout de la contemplation du ciel.
  2. Nous devons savoir aussi que la Bible est un livre actuellement vivant et opérant. Sous les formules, il y a la présence mystérieuse de Dieu qui m’interpelle. En écoutant ses paroles «c’est comme si l’on voyait sa propre bouche», disait saint Grégoire. Par conséquent, Dieu inspire toujours ceux qui lisent la Bible avec foi. La Parole « est miraculeusement fécondée par l’Esprit», qui continue à lui donner la vie à travers son souffle et assure sa pérenne jeunesse. Non seulement Elle transmet un message, une doctrine, mais c’est aussi une présence, c’est Quelqu’un (d’où nous le considérons comme un mode de contemplation). C’est l’acte par lequel Dieu me cherche, se révèle à moi et exige que je m’engage auprès de lui, d’où l’on dit que la lecture de la Sainte Écriture a une efficacité salvifique : en elle «nous pouvons boire le salut ».
  3. Il faut aussi savoir que dans la Bible, il y a une vision unique : toute la Bible converge vers le Christ : “Toute l’Écriture divine est un seul livre, et ce seul livre est le Christ”, dit Hugo de San Victor. Par conséquent, lire l’Écriture Sainte, signifie aller à la recherche de Christ. C’est retrouver Jésus: “Vous avez à peine commencé à parcourir le livre et avez déjà trouvé Celui que vous aimez”.

Comment nous devons lire la Bible, quelles sont les conditions pour pouvoir la lire saintement et en obtenir un fruit spirituel ?

  1. Tout d’abord, il faut préparer la “lecture” par ascèse (purification). Comme dans la parabole du semeur, la graine ne portera pas de fruit si elle ne tombe pas sur un sol fertile. Par conséquent, pour que cette lecture porte ses fruits, elle doit être préparée au moyen d’un travail qui mène à la «pureté du cœur» (puritas cordis); c’est-à-dire en l’absence de toute affection pour les créatures qui distrait de l’amour de Dieu et du sens de sa présence. Saint Bernard a dit: “La vérité n’est pas montrée aux impurs.”
  2. De plus, l’objectif étant une connaissance vitale, il est nécessaire que la lecture soit placée dans un climat de prière. “Nous devons prier pour comprendre” (l’Écriture), dit saint Augustin. La prière, à son tour, demande un effort de recueillement : il n’est pas possible « d’écouter religieusement» si ce n’est dans un climat de silence et de paix intérieure.

Pour cette raison depuis les premiers siècles du Christianisme, les pères de l’Eglise ont appelé cette manière de prier avec la lecture de la Bible du nom de « Lectio Divina », lecture divine, lecture sainte, qui a occupé une place très importante dans la vie spirituelle des saints notamment des moines.

Finalement nous pouvons récolter ainsi deux grands fruits de la lecture de la Bible :

D’abord la conversion. Il est impossible de comprendre les Écritures si l’on veut toujours suivre ses propres voies et ne pas passer par celles que Dieu veut ouvrir précisément à travers les lumières qu’il peut nous donner dans ce mode de prière. Le Seigneur dit par Isaïe: “Mes voies ne sont pas vos voies” (Is 55,10). La Parole de Dieu donne du discernement, aide à distinguer les chemins des chemins.

Le deuxième fruit attendu de la prière avec la Bible est la traduction de la Parole en mots et en vie. La “lectio” conduit avec beaucoup de dynamisme à faire vivre ce qui a été “lu” et à faire participer les autres à ce que l’Esprit lui a donné dans la “lecture”. En même temps que nous faisons la «lectio divina», elle nous fait, nous construit intérieurement, nous forge dans notre identité, nous évangélise, nous « christifie » nous devenons Christ.

Comme dit le Concile Vatican II : ” La force et la puissance que recèle la Parole de Dieu sont si grandes qu’elles constituent, pour l’Église, son point d’appui et sa vigueur et, pour les enfants de l’Église, la force de leur foi, la nourriture de leur âme, la source pure et permanente de leur vie spirituelle ” (DV 21). 

Demandons à la très Sainte Vierge Marie la grâce de savoir écouter son Fils, qui parle à travers son Evangile, à travers toute l’Ecriture Sainte.

P. Luis Martinez IVE.

(Pour la deuxième partie de cette homélie, nous avons traduit quelques paragraphes du livre ” Prier avec la Bible”, édité en espagnol du p. Miguel Angel Fuentes IVE.)