Le don du BAPTÊME et ma LIBERTÉ

Fête du Baptême du Seigneur

Avec la fête liturgique du Baptême du Seigneur, s’achève le temps de Noël.

Il y a un grand lien entre avec le mystère de Noël, surtout avec celui de l’Epiphanie, que nous avons célébrée la semaine dernière, et son Baptême, et pour cette raison nous en faisons mémoire ce dimanche. Car dans le mystère de l’Epiphanie, l’Enfant Jésus est révélé à tous les peuples, dans la personne des mages ; dans le mystère du Baptême Jésus est révélé à son peuple. Il est aussi manifesté, maintenant par la voix du Père et par la vision de l’Esprit Saint sous la forme d’une colombe.

Ecoutons ensemble les belles paroles du Pape Benoît sur ce mystère que nous célébrons aujourd’hui (homélie, 10 janvier 2010): 

« Sur les rives du Jourdain, Jésus se présente avec une extraordinaire humilité, qui rappelle la pauvreté et la simplicité de l’Enfant déposé dans la crèche, et anticipe les sentiments avec lesquels, au terme de ses jours terrestres, il arrivera à laver les pieds des disciples et subira l’humiliation terrible de la croix.

Tandis que, recueilli en prière, après le baptême, il sort de l’eau, les cieux s’ouvrent. C’est le moment attendu par la foule des prophètes. « Ah! si tu déchirais les cieux et descendais », avait invoqué Isaïe (63, 19). A ce moment, semble suggérer saint Luc, cette prière est exaucée. En effet, « le ciel s’ouvrit et l’Esprit Saint descendit sur lui » (3, 21-22); on entendit des paroles jamais entendues auparavant: « Tu es mon Fils bien-aimé, tu as toute ma faveur » (cf. v. 22). Jésus, en remontant des eaux, comme l’affirme saint Grégoire de Nazianze, « voit se déchirer et s’ouvrir les cieux, ces cieux qu’Adam avait fermés pour lui et pour toute sa descendance » (Discours 39 pour le Baptême du Seigneur, pg 36).»

Pour quoi le Seigneur a voulu se faire baptiser ? Il est évident qu’Il n’avait pas besoin de se convertir, il n’y avait pas de péché dans son âme très pure. Saint Thomas d’Aquin donne pourtant trois raisons pour pouvoir comprendre un peu ce mystère, nous résumons les deux premières : d’abord, parce que le Seigneur a purifié à travers son baptême toutes les eaux du monde, Il les laisse sanctifiées pour ceux qui seraient baptisés dans la suite. La deuxième c’est parce que le Seigneur a pris une nature pécheresse et une chair semblable à la chair du péché. C’est pourquoi, bien qu’il n’eût pas besoin du baptême pour lui, la nature charnelle des autres en avait besoin.

Alors la troisième raison est aussi intéressante, ici, Saint Thomas prenant une citation de saint Augustin affirme que Jésus se fait baptiser  » parce qu’il a voulu faire ce qu’il a demandé à tous de faire ». Et complète après cet argument avec celui de saint Ambroise : « la justice, c’est que l’on fasse le premier ce que l’on veut que les autres fassent, et qu’on les entraîne par son exemple. »

En effet, Jésus dit à ses disciples avant son ascension (Mt. 28, 19-20) : « De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé ».

Alors, voyons bien que le Seigneur dit que pour être son disciple il faut le baptême au nom de la Trinité, c’est-à-dire le baptême qu’on doit recevoir pour être chrétien. Comme nous le savons aussi, le baptême efface de nos âmes le péché originel et tous les autres péchés commis volontairement et nous ouvre les portes du Ciel, en nous faisant dans cette vie d’authentiques membres de l’Eglise et héritiers de la vie éternelle. Le mot baptême vient du verbe baptiser (en grec baptizein) et signifie  » plonger « ,  » immerger « , c’est le rite central qui réalise, qui produit ce sacrement ; la  » plongée  » dans l’eau symbolise l’ensevelissement du catéchumène dans la mort du Christ d’où il sort par la résurrection avec lui (cf. Rm 6, 3-4 ; Col 2, 12), comme  » nouvelle créature  » (2 Co 5, 17 ; Ga 6, 15). Le baptême signifie le lavement de l’âme et pour cela depuis des siècles, au lieu d’immerger totalement  la personne, l’Eglise indique qu’on lui verse le plus souvent  de l’eau, principalement sur la tête, en récitant la formule trinitaire.

Alors, dans notre époque où la foi est en crise, il est aussi malheureux de voir comment les personnes nées dans un contexte chrétien (soit grâce à la famille, soit grâce au pays) ne veulent pas  accorder le sacrement du baptême ou pire encore, ne donnent pas ce sacrement aux enfants, surtout aux nouveaux nés ; on parle évidement des personnes nées dans un milieu chrétien.

Même s’il ne s’agit pas là d’un acte d’apostasie, c’est-à-dire d’un renoncement volontaire à la foi chrétienne, ce problème existe aussi et c’est aussi un grand problème de notre époque, surtout dans les pays d’ancienne tradition chrétienne.

On parle ici de cet esprit d’indifférence chez les adultes, qui considèrent que le baptême est un simple acte social, où la personne commence à faire partie de la société visible de l’Eglise ; cela se trouve aussi chez les personnes qui pensent qu’il est plus important le fait de croire au Christ que de recevoir un rite matériel. Par rapport au baptême des enfants, l’argument le plus connu c’est le respect de la liberté de l’enfant, de ne pas lui imposer quoi que ce soit, de laisser le temps pour qu’il choisisse lorsqu’il aura l’âge de pouvoir discerner.

D’abord, parce que le baptême n’est pas simplement un acte externe symbole de notre conversion, mais qu’il est surtout nécessaire pour notre salut éternel.

Parce que c’est notre Seigneur qui l’a dit et si j’ai la foi en Lui je dois considérer comme une vérité cette phrase : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé » Mc 16,15 ; ici on voit que n’est pas suffisant le fait de croire, il faut aussi se faire baptiser. Le Seigneur dit aussi (Jn 3,5) : « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu ». Nous voyons dans cette affirmation du Seigneur qu’il est important renaitre et de l’eau et de l’Esprit, Il ne dit pas seulement de l’Esprit, Il dit aussi de l’eau qui signifie le baptême.

Tout chrétien sait que Jésus-Christ est l’unique Sauveur. Cela est essentiel, mais il est un important de savoir aussi comment le Christ sauve, quel est le moyen qu’Il utilise.

Imaginons que je soie malade et que je connaisse parfaitement le médicament que je dois prendre, ce médicament est le seul à me rendre la santé : il ne me sert à rien de le connaître si je ne le prends pas ; je pourrais me sauver peut être sans prendre ce médicament, mais de façon extraordinaire. Pour quoi choisir un moyen extraordinaire lorsque Dieu me montre un chemin ordinaire et facile à suivre ? Parce que, en vérité, les choses extraordinaires ne se produisent que rarement.  

Dans la bible, Dieu sauve Noé et sa famille du déluge, mais Il les sauve en les faisant monter dans un bateau qu’Il leur a fait construire ; une chose matérielle, une arche, mais que Dieu a choisie comme le moyen de salut.

Dans la parabole des dix vierges (Mt. 25, 1) toutes connaissent l’Epoux, mais ce sont celles qui ont fait ce qu’il fallait faire qui peuvent entrer dans les noces, aux autres le Seigneur leur dit « je ne vous connais pas ».

Par rapport au baptême des petits enfants, la pratique de les baptiser est une tradition immémoriale de l’Église. Elle est attestée explicitement depuis le deuxième siècle. Il est cependant bien possible que, dès le début de la prédication apostolique, lorsque des  » maisons  » entières ont reçu le Baptême (cf. Ac 16, 15. 33 ; 18, 8 ; 1 Co 1, 16), on ait aussi baptisé les enfants.

L’Eglise réalise le baptême des enfants sachant que le fait d’être chrétien est un don gratuit de Dieu. Il nous a aimé le premier, avant que nous ne fassions quelque chose pour Lui. Penser que Dieu se communique seulement à travers une foi consciente ou bien penser que Dieu doit toujours avoir notre accord pour agir, serait limiter son pouvoir. Dieu n’exige rien de notre part pour révéler son amour.

Pensons que dans l’ordre naturel, chaque enfant naît et grandit dans une ambiance qu’il n’a pas choisie. La famille lui communique les grandes valeurs de la vie (l’amour, le respect) sans qu’il le lui demande. Attendre qu’il grandisse pour qu’il puisse choisir par lui-même les valeurs essentielles serait un crime contre sa personne. Les enfants ne peuvent pas choisir par exemple la famille, la langue, la culture. Mais ce n’est pas une limitation, c’est une chose naturelle. La fausseté de pas imposer quoi que ce soit à un enfant est une mauvaise idéologie. Dans une vie normale, ce sont tout d’abord les parents ceux qui prennent au nom de l’enfant les options fondamentales pour toute sa vie.

Ainsi, les bons parents désirent toujours communiquer aux enfants les meilleures valeurs de la vie. La foi chrétienne est le don le plus divin et il serait normal que les parents aient le désir de que leurs enfants participent de ce grand don. Pour quoi les priver de ce bien ineffable de devenir fils de Dieu et héritiers du Ciel?   

Il est vrai d’autre part que Dieu peut faire parvenir la grâce de son Fils par des moyens extraordinaires, mais ils restent comme on l’a dit, des moyens extraordinaires.

Mais Dieu nous montre un chemin plus sûr, plus directe, plus facile au Ciel. Ne refusons pas ce don de Dieu.

Demandons aujourd’hui la grâce à la très Sainte Vierge Marie, de rester fidèles aux promesses du baptême. 

P. Luis Martinez

Institut du Verbe Incarné

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