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L’office de consolateur du Christ ressuscité

Homélie du Dimanche de Pâques

Dans ses Exercices spirituels, saint Ignace de Loyola nous donne une indication qui nous aide beaucoup pour les méditations des mystères glorieux de Jésus. Il dit : « je considérerai comment Notre-Seigneur Jésus-Christ exerce auprès des siens l’office de consolateur, le comparant à un ami qui console ses amis » (ES, 224). Et vraiment, il est très important pour notre relation avec Jésus victorieux et ressuscité de comprendre cette fonction consolatrice qu’Il assume après son Mystère Pascal.

Saint Ignace lui-même nous explique ce qu’il entend par consolation. En fait, dans ses Règles pour le discernement des esprits, il dit : « J’appelle consolation un mouvement intérieur qui est excité dans l’âme, par lequel elle commence à s’enflammer dans l’amour de son Créateur et Seigneur, et en vient à ne savoir plus aimer aucun objet créé sur la terre pour lui-même, mais uniquement dans le Créateur de toutes choses. La consolation fait encore répandre des larmes, qui portent à l’amour de son Seigneur l’âme touchée du regret de ses péchés, ou de la Passion de Jésus-Christ, notre Seigneur, ou de toute autre considération qui se rapporte directement à son service et à sa louange. Enfin, j’appelle consolation toute augmentation d’espérance, de foi et de charité, et toute joie intérieure qui appelle et attire l’âme aux choses célestes et au soin de son salut, la tranquillisant et la pacifiant dans son Créateur et Seigneur » (ES, 316).

Comme on peut le voir, l’effet de la considération et de l’expérience du triomphe du Christ ressuscité consiste principalement en quelque chose de surnaturel, c’est-à-dire dans l’augmentation des vertus qui nous relient directement à Dieu : la foi, l’espérance et la charité.

Le tombeau vide est la première attestation du triomphe de Jésus, et c’est la pierre angulaire de toute notre foi. L’absence du Christ de sa tombe est la première chose qui nous pousse à croire en Lui, en sa divinité, en la vérité de ses paroles et en la légitimité de ses miracles. Saint Paul dira que « si le Christ n’est pas ressuscité, notre proclamation est sans contenu, votre foi aussi est sans contenu » (1Cor 15, 14). Et vraiment, toute la vérité que nous affirmons surnaturellement par la foi remonte à cette pierre du tombeau, qui a soutenu le corps du Christ mort, et qui est vide jusqu’à son retour à la fin des temps.

Mais l’absence de Jésus n’est pas définitive ; Il se présente aux siens de multiples façons : Il apparaît. Jésus confirme par sa présence la réalité de sa nouvelle vie. Ses apparitions ont un aspect différent de celui de sa présence avant la mort, car elles ne sont pas seulement des manifestations de son pouvoir sur la mort et de sa gloire, mais elles sont aussi, dans un certain sens, un moyen de tester ses disciples et ses adeptes. En effet, il est surprenant qu’ils soient souvent incapables de le reconnaître, comme dans le cas de Madeleine, de ceux d’Emmaüs, de Pierre sur le bateau. Mais en même temps qu’ils n’ont pas d’yeux pour le voir, leur cœur ne cesse de s’enflammer en sa présence.  Car la résurrection n’est pas seulement la cause de notre foi, mais aussi la source vivante de notre espérance, car si le Christ est ressuscité et vit, nous espérons nous aussi ressusciter et vivre avec Lui.

Le dernier type de consolation de Jésus ressuscité va au-delà de l’absence et de l’apparence : c’est sa compagnie, qu’Il donne à tous ceux qui croient et espèrent en Lui. Jésus mange avec les disciples, leur parle, leur enseigne, « est » avec eux. Et c’est un « être » définitif. C’est la réalité la plus parfaite de la résurrection : la présence de Jésus avec nous, « tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). C’est la charité qui vivifie la foi et l’espoir dans notre âme. La charité est l’objet de consolation, car elle est l’âme de notre âme, et la force de toutes nos forces spirituelles. Nous appartenons au Christ par la charité. C’est pourquoi la compagnie de Jésus et l’intimité avec lui sont la fin de l’absence et de l’apparence cachée.

Nous sommes appelés à une nouvelle vie. A la vie de Jésus ressuscité. Et même la mort, comme le prix de cette vie, ne devrait pas nous effrayer. C’est le message de la Résurrection. Que Jésus est toujours vivant, et qu’Il est -comme l’a dit le père Buela- « notre contemporain » : « Cela ne se passe pas de manière sensible, nous ne le verrons pas avec les yeux de la chair, mais nous devons Le voir avec les yeux de l’âme, ce qui est beaucoup plus important. Avec les yeux de l’esprit, avec les yeux de la foi » (El Arte del Padre, 653).

Le père Buela poursuit : « Le fait de la Résurrection de Notre Seigneur, sous un regard de foi, devrait nous amener à considérer Sa présence en ce temps qui est le nôtre. Sa présence qui se manifeste merveilleusement sous tant de formes et de façons différentes […].

Toutes choses devraient nous parler de Jésus. Le vent, parce qu’il résonne encore, les routes, les chemins, parce qu’ils connaissent ses pas ; quand nous voyons le ciel étoilé, les étoiles gardent dans leurs yeux ces nuits de prière et d’anéantissement du Christ ; quand nous entendons les oiseaux, ils continuent à être pris en charge par le Père, qui leur donne leur nourriture sans qu’ils ne sèment; quand nous voyons les fleurs, revêtues de belles parures, elles exhalent Son parfum, l’arôme de Son souffle. Quand nous voyons le Soleil et la Lune, ce sont le même Soleil et la même Lune que le Seigneur Jésus a vus. Quand nous voyons les enfants, quand nous voyons la mer en colère, quand nous voyons toutes choses, comme c’était le cas quand Il est passé la première fois, c’est toujours pareil maintenant. Et toutes choses doutent qu’Il soit parti ou qu’il soit resté (comme le dit un poète), parce qu’Il est finalement resté, parce que le Christ vit. Il est notre contemporain. Nous pouvons donc paraphraser saint Jean de la Croix :

C’est en répandant mille grâces

qu’Il est passé à la hâte par ces bocages.

En les regardant

et de sa figure seule

Il les a laissés revêtus de beauté.

Demandons à la Vierge de toujours découvrir cette vie de Jésus qui a promis d’être avec nous jusqu’à la fin des temps […]. Ce Jésus qui nous a laissé son Église et l’a faite de telle manière que les portes de l’enfer ne peuvent rien contre elle. Enfin, ce même Jésus ressuscité, qui est présent, vivant, partout » (ibid., 654-655).

Que Sa présence et Sa compagnie soient la totalité de notre vie chrétienne.

P. Juan Manuel Rossi IVE.

“La paix sur la terre ? Non, mais bien plutôt la division”

Homélie pour le Dimanche XX, année C. Évangile de saint Luc 12, 49-53

Au centre de l’évangile de ce dimanche il y a une expression du Seigneur qui peut nous étonner et qu’il faut bien comprendre. « Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, mais bien plutôt la division ».

Nous devons nous rappeler avant tout, que Jésus est toujours en chemin spirituel vers Jérusalem, vers sa Pâque, vers la croix. Le Seigneur est donc encore plus clair avec les exigences qu’implique le fait de Le suivre, le fait d’être ses disciples. En même temps, Il est conscient que son heure s’approche, c’est-à-dire le moment de sa Passion.

Mais avant de commencer avec la méditation sur l’évangile de ce dimanche, nous allons tout d’abord revenir sur la première lecture.

Il s’agit d’un moment très difficile de la vie du prophète Jérémie, la lecture dit « pendant le siège de Jérusalem »  (Jr 38, 4-6.8-10) . En vérité, toute la vie de ce prophète n’était pas facile. Il a été envoyé par Dieu pour prêcher contre sa propre volonté le malheur que subira son peuple à cause de son infidélité à Dieu. La charge de sa mission sera tellement grande que Jérémie arrivera à détester le fait d’avoir été conçu : « Malheur à moi, ô ma mère ! Pourquoi m’avoir enfanté, moi qui suis un élément de contestation et de dispute pour tout le pays ? Je ne suis le créancier ni le débiteur de personne, et pourtant tout le monde me maudit ! ».   

Dans la lecture d’aujourd’hui, Jérémie est enfermé dans une citerne pleine de boue à cause du fait de ne pas vouloir prophétiser en faveur de son roi (ce qui impliquait le fait de dire un mensonge) et d’annoncer par contre, la ruine de sa ville (ce qui se passera vraiment).

Dieu avait permis le siège de Jérusalem à cause des péchés d’idolâtrie de son peuple. Et c’est le prophète qui exhorte le peuple à se rendre à l’envahisseur et à partir en exil. Cela est compris par ses compatriotes comme un acte de trahison de la part de Jérémie ; mais c’est Dieu qui ordonne de faire cela dans sa Providence pour éviter un mal plus grand, ce qui arrivera effectivement car ils n’écouteront pas Jérémie. Le prophète annonce donc que la ville sera saccagée et beaucoup de ses habitants mourront par l’épée à cause de ne pas avoir écouté la Parole de Dieu.

Il est finalement et à cause de ses prophéties, condamné à la mort, bien qu’un officier éthiopien demandera au roi de lui sauver la vie.

Alors, en plus d’être prophète, Jérémie est aussi image de Notre Seigneur Jésus-Christ. Sa personne prophétise ce que le Seigneur viendra accomplir dans ce monde. Mais Jérémie n’est pas seulement l’image du Messie, il est aussi image de chaque chrétien. Dans quel sens ?

Dans le sens que le chrétien doit aussi rencontrer des hostilités dans ce monde, il est la plupart du temps à contre-courant, dire la vérité et surtout vivre la vérité, ce qui es la même chose que dire vivre en plénitude l’évangile, implique souvent prêcher comme « du malheur pour ce monde », ne pas être d’accord avec le péché et l’exprimer implique toujours une persécution ; comme Jérémie qui se fait persécuter à cause de prêcher ce qui allait arriver à une ville qui pensait s’en sortir sans Dieu  tout en continuant à vivre dans le péché. En plus, l’attitude du roi est très semblable à celle de Pilate au moment de la condamnation de Notre Seigneur : « Il est entre vos mains », dit à ceux qui accusent le prophète, « le roi ne peut rien contre vous ! ». Pensons combien de chrétiens ont été condamnés et sont encore condamnés sans que la justice humaine qui devrait toujours défendre l’innocent, ne fasse rien et se montre impuissante devant le pouvoir du mal.

Maintenant revenons au texte de l’évangile. Chaque phrase mérite son commentaire, et pour cela nous devons relire ce que les pères de l’Eglise ont médité et on comprit par l’aide de l’Esprit Saint dans ces paroles du Christ.

Nous avons écouté que Notre Seigneur parle d’un feu et d’un baptême, d’un feu qu’il a lui-même porté et qu’Il désire qu’il soit déjà allumé ; c’est le feu du véritable amour de Dieu, cet amour qui est authentique. Selon un père de l’église : « c’est le feu salutaire et utile qui embrase d’ardeur, pour la vie de la piété, les habitants de la terre qui sont froids, et comme éteints sous les glaces du péché ». « Cette terre dont parle le Sauveur, dit saint Jean Chrysostome, n’est pas celle que nous foulons aux pieds, mais celle que Dieu a formée de ses mains, c’est-à-dire l’homme à qui Dieu inspire un feu tout divin pour détruire ses péchés et renouveler son âme. » En définitive, Jésus est venu apporter le feu de la conversion totale, l’image qui nous est très probablement le feu de la Pentecôte et c’est précisément ce Feu de Dieu qui vient rappeler tout ce que Jésus a dit et qui vient pousser les disciples du Christ à la proclamation de l’Evangile sachant qu’ils seront persécutés à cause de cela.

Ce feu viendra, mais il faut que le Seigneur reçoit d’abord « un baptême » comme dit le texte. De quel baptême parle-t-il ? Il avait déjà reçu au début de son ministère le baptême de saint Jean Baptiste. 

En effet, ce que le texte grec dit littéralement c’est : « je dois être baptisé d’un baptême ». Le verbe « baptizein » veut dire immerger et pour cela avant surtout, le sacrement du baptême était par immersion. Mais le verbe peut être utilisé aussi de façon métaphorique. Il s’agit ici plutôt de celui qui est immergé dans une situation difficile, Jésus parle évidement de sa passion, il doit entrer dans la Passion, ou plutôt, vivre sa Pâque.

« Quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli ! » cette expression du Seigneur a besoin d’être bien comprise, car Il ne parle pas d’une angoisse de tristesse, comme si affronter la mort lui causait de la tristesse, c’est plutôt une tension, un désir d’arriver à ce moment, qu’il soit déjà là pour le faire. Comme lorsque nous devons accomplir une mission et que nous voudrions déjà la réaliser. Pour le Seigneur, il s’agit de donner sa vie en rançon pour une multitude, bien que cela implique pour Lui sa passion et sa mort. « ‘Je dois être baptisé d’un baptême’, c’est-à-dire ‘je dois être d’abord comme inondé de mon propre sang avant d’embraser les cœurs des fidèles du feu de l’Esprit Saint’ explique un autre père de l’Eglise, saint Bède.

Et nous arrivons ainsi à la phrase centrale du texte. « Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non »

Nous pouvons penser que Celui qui s’exprime avec ces paroles est Celui qui a été salué à sa naissance avec les paroles « Paix sur la terre aux hommes » et qu’Il est le Prince de la paix selon le prophète Isaïe. 

” Toute personne connaissant un minimum l’Évangile du Christ sait qu’il s’agit d’un message de paix par excellence ; Jésus lui-même, comme écrit saint Paul, “est notre paix” (Ep 2, 14), mort et ressuscité pour abattre le mur de l’inimitié et inaugurer le Royaume de Dieu qui est amour, joie et paix”.

“Comment expliquer alors ces paroles ? À quoi le Seigneur se réfère-t-il lorsqu’il dit être venu apporter – selon le récit de saint Luc – la “division”, ou – selon celui de saint Matthieu – “l’épée” (Mt 10, 34) ?”

“Cette expression du Christ signifie que la paix qu’Il est venu apporter n’est pas synonyme d’une simple absence de conflits. Au contraire, la paix de Jésus est le fruit d’un combat permanent contre le mal. La lutte que Jésus mène avec détermination n’est pas une lutte contre des hommes ou des puissances humaines, mais contre l’ennemi de Dieu et de l’homme, Satan. Celui qui veut résister à cet ennemi en restant fidèle à Dieu et au bien, doit nécessairement faire face à des incompréhensions et parfois à de véritables persécutions. Par conséquent, ceux qui entendent suivre Jésus et s’engager pour la vérité sans faire de compromis, doivent savoir qu’ils rencontreront des oppositions et deviendront, malgré eux, signe de division entre les personnes, y compris au sein de leurs propres familles. L’amour pour les parents est bien un commandement sacré mais on ne doit jamais le placer avant l’amour de Dieu et du Christ si l’on veut le vivre de manière authentique. “

Il s’agit donc de voir quelles sont la paix et l’unité que Jésus est venu apporter dans ce monde et quelles sont la paix et l’unité qu’Il est venu abolir. Il est venu apporter la paix et l’unité qui conduisent à la vie éternelle et enlever cette paix et cette unité fausses et apparentes qui ne font qu’assoupir les consciences et amener l’humanité vers sa ruine. Un « chrétien » qui soit d’accord avec une société et un système politique qui approuve les lois contre la vie, des lois qui proclament licites les désordres de la nature, en accord avec une société gouvernée par le relativisme, qui dise que toute croyance ou religion est authentique et vraie, qui mette tout finalement dans le même rang, ne peut pas être considéré comme un vrai disciple du Christ.   

“La paix du Christ n’est pas une paix inconsistante et apparente, mais réelle, poursuivie avec courage et persévérance dans l’engagement quotidien à vaincre le mal par le bien (cf. Rm 12, 21) et en payant personnellement le prix que cela comporte.” (Benoît XVI, 19/08/07)

« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix », nous répétons toujours cela à la messe, mais le Seigneur en ajoute « ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne » (Jn. 14,27). 

Nous devons savoir finalement que l’essentiel de l’Evangile c’est la fidélité au Christ, et que cela est au-dessus de toutes les autres priorités de ce monde. Si le Seigneur a dit qu’Il est venu apporter une séparation cela commence dans le cœur de chacun de nous, nous séparer de ce qui ne peut pas nous unir à notre Seigneur.

Alors, comme dit la deuxième lecture de ce dimanche « Débarrassés de tout ce qui nous alourdit – en particulier du péché qui nous entrave si bien –, courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de la foi. » Demandons cette grâce à la très Sainte Vierge Marie.

P. Luis Martinez IVE.